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lundi 2 janvier 2012

Bob Wills (9)

"The End Of The Line"

Bob Wills n'enregistre pas en 1948. L'année suivante, devant par contrat des sessions à la MGM, il essaie plusieurs vocalistes pris parmi ses instrumentistes. Tiny Moore chante sur "Ida Red Likes To Boogie", Luke Wills et Jack Lloyd, tous deux bassistes au sein des Texas Playboys s'essaieront au chant sans toutefois parvenir à l'aisance vocale de Tommy Duncan. Durant la session est également enregistré un instrumental, "Boot Heel Rag" surfant sur le succès du morceau de Leon McAuliffe "Panhandle Rag". Johnny Gimble qui tient le violon et la mandoline électrique exécute les soli de chaque instrument.

Cette même année, en 1949 donc, Wills décide de retourner en Oklahoma, l'Etat dans lequel on l'avait accueilli et protégé de Will Lee O'Daniel et qui lui avait permis de s'affirmer commercialement et musicalement parlant. Il s'installe au Trianon Ballroom de Oklahoma City et anime un show radio sur KBYE.

C'est là qu'a lieu une session d'enregistrement d'un genre un peu particulier en janvier 1950. Le boss de la MGM étant au Trianon Ballroom alors que le groupe se produisait à la radio, c'est par ligne téléphonique branchée sur un microphone que sont enregistrés 4 morceaux (dont 2 ont disparus). Sur "Jolie Blon Likes To Boogie" c'est Tiny Moore qui chante, Jimmy Widener posant sa voix sur "Pastime Blues".

De retour à Hollywood quatre mois plus tard, dix morceaux sont mis en boite utilisant les capacités vocales de sept musiciens différents dont Billy Jack Wills (encore un!), Johnny Gimble, Jimmy Widener, Myrl "Rusty" McDonald et Bill Bowman. "Faded Love" un classique de chez les classiques, d'origine très ancienne (passé de génération en génération chez les songsters au 19ème siècle) joué par John Wills un demi-siècle plus tôt déjà est interprété par Bill Bowman au lead-vocal, Widener et McDonald faisant les choeurs. Sortent également de cette session "Rock-A-Bye Baby Blues", I'll Be Lucky Someday" et le faussement prophétique "The End Of The Line" chanté par le trio Bowman, Gimble et Billy Jack Wills.

Mais Bob et ses Texas Playboys sont désormais soumis à la concurrence artistique d'autres orchestres tels que ceux de Spade Cooley, de Tex Williams et même de ses jeunes frères Johnny Lee et Billy Jack. Bob Wills avait eu la bonne idée, pour occuper le terrain et l'esprit des fans de multiplier les groupes ayant un Wills à leur tête pour que le public aie, sinon l'original, au moins une copie plus qu'acceptable du style Texas Playboys, les groupes se partageant différents endroits et Etats pour élargir la notoriété de Wills, Bob se réservant la Californie alors que Johnny Lee s'occupe du Texas, Luke et Billy Jack faisant office de doublure, assurant de la Californie jusqu'à l'Etat de Washington.

Le contrat qui lie Bob Wills à la MGM prend fin au printemps 1954. Celui-ci va s'engager avec Decca jusqu'en 1957, sans succès conséquent, dû autant à son caractère voire sa paranoïa qu'à l'essor et la diversification des courants dans la country-music tels que le bluegrass, le honky-tonk ainsi que le rockabilly sans oublier les genres nouveaux qui allaient bientôt bouleverser le paysage musical.

Son public qui lui est resté fidèle vieillit en même temps que lui et Bob, qui reprend en 1954 les membres du Western Swing Band de son frère Billy Jack pour en faire des Texas Playboys à raison de 300 concerts par année, est un homme fatigué, malade. Il est terrassé par une première crise cardiaque sur scène en 1962.

Après un essai avorté de s'installer à Las Vegas, il est à nouveau frappé par une crise cardiaque en plein concert pendant une tournée nationale. L'avertissement est plus sérieux cette fois-ci et Bob Wills décide de mettre fin à la formation qu'il à créée plus de trente années plus tôt. Mais le démon de la musique l'incite à recommencer, seul avec son violon, engageant des musiciens différents dans chaque ville, renouant avec Tommy Duncan. Ces retrouvailles seront couronnées par une tournée de concerts sold-out.

Le revival country, par le biais de jeunes artistes s'inspirant de ses oeuvres passées, de Merle Haggard qui enregistre " A Tribute To The Best Damn Fiddler, My Salute To Bob Wills" en 1970 pour Capitol "réhabilite l'artiste. Deux ans plus tôt c'est Nashville qui lui réserve un triomphe en l'intronisant au Country Music Hall Of Fame; lui qui avait été interdit de Grand Ole Opry pendant des années reçoit sa récompense sur la scène du Ryman Auditorium.

Le lendemain du 30 mai 1969, date à laquelle il est fait citoyen d'honneur et décoré pour services rendus par le gouverneur du Texas, il est terrassé par une crise d'hémiplégie. Les efforts de sa femme Betty lui permettront quand même de rejouer du violon.

En 1973, sa maison de disques Liberty lui propose d'enregistrer un double album en compagnie des anciens Texas Playboys augmentés de Merle Haggard qui annule tous ses concerts dès qu'il a vent du projet, demandant humblement à participer au projet. C'est pendant une session d'enregistrement qu'il est à nouveau frappé par une crise cardiaque, sombrant dans un coma profond dont il ne sera libéré que par la mort le 13 mai 1975. Haggard et les Texas Playboys achèveront quand même le double album "Together For The Last Time", une photo de Bob Wills affichée dans le studio.

Sources et discographie sélective:
La biographie référence est celle de Charles R. Townsend éditée chez University of Illinois Press: "San Antonio Rose".
Malgré quelques rares erreurs de date les notes de livret d'Adam Komorwski chez Proper Records synthétisent très bien la carrière de Bob Wills, sa source principale étant la bio de Townsend.
Pour avoir la totale ou pratiquement des enregistrements de Wills c'est chez Bear Family Records (des allemands):
Bob Wills & his Texas Playboys: "San Antonio Rose" (11 CD & 1 DVD) pour la période années 30-fin des années 40.
Bob Wills & his Texas Playboys: "Faded Love" 1947-1973 (13 CD & 1 DVD).
Attention car c'est pas donné!

Pour les bourses un peu plus modestes :
Bob Wills & his Texas Playboys: "Take Me Back To Tulsa" chez Proper Records (des anglais) coffret 4 CD avec livret.
Bob Wills & his Texas Playboys: Anthologie 1932-1947 chez Frémeaux et associés (des français) coffret 2 CD avec livret.

lundi 26 décembre 2011

Bob Wills (8)

"Brain Cloudy Blues"

Les Tiffany Transcriptions laissent le temps aux Texas Playboys d'honorer leur contrat avec Columbia. En septembre 1946, trois jours permettent d'enregistrer 17 titres. Bob Wills n'ayant pas pu trouver des musiciens pour les cuivres, ce sera l'une des rares sessions sans cette section. Art Satherley, l'anglais émigré qui produit les enregistrements de Wills depuis son arrivée à la Columbia tire sa révérence.

Parmi les titres gravés, "Cotton Eyed joe", un tube qui reste populaire au Texas de nombreuses années (Hank Williams l'incluait dans son show radio "Health & Happiness") avant d'être à nouveau numéro 1 dans les années 90, passé à la moulinette techno-dance par un trio scandinave. De petites perles confirment si besoin était le talent de chanteur de Tommy Duncan, arrivé à maturité: "Milk Cow Blues" de Kokomo Arnold (Johnny Lee Wills en fera une meilleure version, plus "habitée" et Elvis Presley en accélérera le tempo dans son "Milk Cow Blues Boogie en 1956) et "Brain Cloudy Blues" dont les yodels sont un hommage direct à Jimmie Rodgers.

La dernière séance pour Columbia a lieu à Chicago, Illinois. Les morceaux enregistrés alors sont plus western, le swing étant presque passé de mode. De plus, avec Fred Rose comme producteur, un des personnages les plus influents dans la country-music, l'orientation est presque naturelle. Rose est un compositeur dans la ligne Tin Pan Alley qui s'est tourné vers la country, a fondé avec Roy Acuff une compagnie destinée à découvrir de nouveaux talents dont un certain Hank Williams en 1946.

L'une des raisons de cette dernière séance était que Bob Wills, s'en remettant encore et toujours à son "sens des affaires", s'était fait promettre un bonus exceptionnel s'il signait pour la MGM mais le bonus finira dans les poches du prétendu "ami" qui avait arrangé le transfert, laissant Wills sous contrat avec une maison de disques qui venait également de signer Hank Williams dont la carrière commençait à décoller. l'autre raison qui le fait changer de compagnie était la jalousie éprouvée à l'égard de Spade Cooley, autre artiste Columbia, qu'il disait être favorisé par rapport à lui-même.

Le western-swing laisse la place à un style plus honky-tonk, ce terme étant apparu à la fin du 19ème siècle dans les journaux américains pour désigner un bar populaire, mal famé où la clientèle essentiellement masculine, à l'exception des prostituées, passait son temps à se bourrer la gueule, que ce soit à l'alcool ou aux poings.

La première séance d'enregistrement pour MGM a lieu deux semaines après la dernière de Columbia. Les titres sont orientés western-ballads, "Keeper Of My Heart" et "Thorn In My Heart" mettant une fois de plus les qualités vocales de Duncan. Wills adapte à sa main la chanson de Cindy Walker "Don't Be Ashamed Of Your Age", Bubbles In My Beer" et le "Crazy Rythm" de Lee J. Pockriss.
L'orchestre est sensiblement le même si ce n'est la présence au banjo d'Ocie Stockard, membre originel des Musical Brownies de Milton Brown.

Mais sans la présence d'un producteur audacieux comme Satherley, sachant lui laisser expérimenter certaines choses tout en gardant le contrôle, Wills et les Texas Playboys ne livrent plus de morceaux novateurs, inventifs, se contentant d'appliquer des recettes qui, si elles ont fait leurs preuves de par le passé, apparaissent à présent un peu has-been.

L'alcoolisme de Bob Wills a toujours été, depuis son plus jeune âge, le problème majeur; côté vie personnelle, ses divorces successifs avant sa rencontre avec Betty Anderson ajoutés à des choix financiers assez déplorables vont l'empêcher d'arrêter de tourner, les concerts et autres ballroom-parties lui permettant de se renflouer et de payer ses traites dues à des choix et des opérations immobilières lamentables.

Si le fait de vouloir garantir une aisance immobilière pour lui et sa famille était fondé, ses opérations visant à investir dans des locaux dévolus à des concerts furent des échecs cinglants, le laissant sur la paille plus d'une fois. l'exemple le plus marquant, qui par un hasard malheureux lui fait rejoindre la grande Histoire, est l'achat du Bob Wills Ranch House Ballroom à Dallas, Texas en 1950.

Des employés peu scrupuleux qui le volaient presque ouvertement et son aveuglement du à de très larges quantités d'alcool conduisent l'entreprise à la banqueroute, laquelle entreprise sera rachetée et gérée par un certain Jack Ruby qui connaîtra la "célébrité" dans les années 60 en assassinant Lee Harvey Oswald.

La popularité de Bob Wills, dès le début des années 30, n'empêcha nullement les pontes du Grand Ole Opry de lui interdire de se produire là-bas pour "alcoolisme et atteinte aux bonnes moeurs (il était divorcé!!)".

Et si l'union de façade qu'affichaient les Texas Playboys ont maintenu Wills en haut de l'affiche pas mal de temps, les dissensions, jalousies, problèmes d'égo et engueulades vont finir par avoir la peau de Tommy Duncan, lui qui, de par sa position dans l'orchestre en tant que chanteur, se prenait pour le leader des Playboys. En septembre 1948, après une engueulade au sujet de l'alcoolisme de Bob, de son absentéisme lors de certains concerts imputable à la bibine bien sur, Wills vire alors le seul membre originel restant des Playboys avec lui-même après quinze ans de bons et loyaux services. Duncan s'en ira fonder les Western All-Stars, un orchestre composé en majorité d'anciens de chez Wills tels que Noel Boggs, jimmy Wyble, Millard Kelso ou Ocie Stockard. Ses disques enregistrés pour le label Capitol ne rencontreront pas le succès escompté malgré leur qualité musicale intrinsèque. Duncan et Wills ne se retrouveront que bien plus tard, à la fin des années 50.

lundi 19 décembre 2011

Bob Wills (7)

"Texas Playboy Rag"

Les Texas Playboys réenregistrent en studio à Los Angeles fin janvier 1945 après avoir gravé quelques titres pour le Armed Forces Radio Service Transcription entre octobre 1943 et décembre 1944 (les V-Discs, réservés aux radios émettant pour les forces armées, le V signifiant Victory. Le line-up de cette formation comprend entre autres Noel Boggs, steel-guitariste ayant joué pour Hank Penny et qui intégrera l'orchestre de Spade Cooley pour y rester une dizaine d'années, Jimmy Wyble à la guitare, Tommy Duncan de retour et, chose nouvelle, une chanteuse, Laura Lee Owens.

C'est durant cette période que Bob Wills, au grand dam des pontes du Grand Ole Opry, imposera la batterie de Monte Mountjoy: cet instrument était interdit, tabou dans la country-music, ayant une connotation trop musique nègre dans un milieu très largement conservateur pour ne pas dire raciste et ségrégationniste (cf article antérieur).

L'enregistrement pour Columbia fin janvier 1945 nécessite plusieurs jours mais permet à Wills d'ajouter à sa liste quelques classiques en devenir tels que "Roly Poly" écrit par Fred Rose mais transformé par les Texas Playboys en un mélange de fiddle-tune et de New-Orleans alors qu'Alex Brashear à la trompette est le seul cuivre du groupe. Au programme figurent aussi "Texas Playboy Rag" qui met en valeur la dextérité de Noel Boggs. Le violoniste Joe Holley, repéré en 1941 dans un studio d'enregistrement à Fort Worth, fait ses classes en "ligue mineure" dans l'orchestre du petit frère Johnny Lee Wills à Tulsa avant d'intégrer la formation de Bob aux côtés de Jesse Ashlock.

Bob Wills ayant signé un contrat de management pour les concerts avec MCA en 1944, l'argent n'est pas vraiment un problème pour celui qui, déjà au début de sa carrière, savait ou croyait savoir placer ses sous et innover en matière de promotion artistique sans se douter que l'après-guerre allait donner un coup d'accélérateur dans tous les domaines, laissant inexorablement sur le côté ceux qui refusaient la nouveauté.

Tout roule alors, la guerre est finie, Betty met au monde leur premier enfant nommé James Robert Wills II et Columbia réédite les anciens morceaux de Bob dont les disques se vendent jusqu'à épuisement des stocks; le public vient nombreux à ses concerts bien évidemment sold-out, concerts qui rapportent plus d'argent que les royalties générées par les ventes de disques.

De plus, et cela va causer jalousies et défiances de la part de ses proches et employés car Wills, en bon campagnard, exigeait toujours de se faire payer en liquide, refusant les chèques au grand désarroi de ses employeurs et des proches qui s'inquiétaient de le voir se balader avec d'énormes rouleaux de billets pouvant attirer la convoitise de gens mal intentionnés. Les dépenses quelquefois inconsidérées telles que l'achat d'un ranch près de Fresno ainsi que de troupeaux faisaient partie de ce que craignaient ceux qui auraient voulu qu'il mette la pédale douce sur ses investissements mais Wills, devenant très autoritaire avec son monde n'écoutait absolument personne, s'enfermant dans une paranoïa aggravée par sa consommation d'alcool.

Après plus de trente ans sur les planches, il est tiraillé par l'idée de prendre sa retraite artistique, préférant rester près des siens en famille plutôt que de parcourir les Etats pour ses concerts bien que l'argent rentrant dans ses poches était toutefois très tentant.

En octobre 1945, 4 titres sont enregistrés à Hollywood dont "I'm Feelin' Bad" qui reflète bien quel est l'état d'esprit de Bob Wills à l'époque. Début 1946 et jusque fin 1947, les Texas Playboys vont enregistrer des émissions de radio (the Tiffany Transcriptions) destinées à être vendues et diffusées sur les ondes des stations de tous les Etats ou presque. 370 émissions sont ainsi mises en boite, commençant toutes par le "Texas Playboy Theme". La particularité de ces émissions était que l'enregistrement se faisait en prise directe dans les mêmes conditions qu'un concert, sans répétitions préalables ni même un conducteur précis, reproduisant l'ambiance (sans public) des "dances" qui ramenaient un public nombreux mais aussi beaucoup d'argent.

La formation des Texas Playboys voit passer de nombreux excellents musiciens tels que Billy "Tiny" Moore qui développe la mandoline amplifiée dans le western-swing et qui jouera pour de nombreux autres groupes ensuite tout en gérant un magasin de disques à Sacramento; profitant du revival des années 70 il enregistrera avec Merle Haggard et Commander Cody & His Lost Planet Airmen. Herb Remington joue de la steel-guitar, bercé et influencé par la musique hawaïenne dès son plus jeune age et rejoindra par la suite Hank Penny puis Dickie McBride.Ainsi, avec le revenant Eldon Shamblin à la guitare électrique, le trio compose une section de cordes comparable à une section de cuivres. La famille n'est pas oubliée avec Jack Wills à la basse alors que Luke possède, à l'instar de Johnny Lee, son propre groupe.

lundi 12 décembre 2011

Bob Wills (6)

"Take Me Back To Tulsa"

En ces premières années des Fourties, Bob Wills et ses Texas Playboys vont enregistrer trois sessions (dont celle évoquée plus haut) avant l'arrêt complet de la production de disques due au Petrillo Ban, une mesure prise après l'entrée en guerre des Etats-Unis afin de contribuer à l'effort de guerre, la matière première qui servait de support aux disques étant employée prioritairement par l'industrie militaire.

En 1941, à Dallas, Texas, treize morceaux sont enregistrés dont "Take Me Back To Tulsa", un morceau que Wills jouait déjà avec les Light Crust Doughboys intitulé "Take Me Back To Texas. "Twin Guitar Special" permet aux guitaristes Leon McAuliffe et Eldon Shamblin de prouver, si besoin était, leur virtuosité grâce à un solo en duo d'une complexité assez rare pour ce style de musique.

Cinq mois plus tard c'est à Hollywood, Californie, que sont enregistrés "Please Don't Leave Me" écrit par Jesse Ashlock, "Dusty Skies" composé par Cindy Walker, pur morceau western qui figurera dans un film et "Cherokee Maiden" dont la reprise par Merle Haggard grimpera au sommets des charts en 1976.Eldon Shamblin fait d'ailleurs partie du groupe de Haggard, les Strangers lors de cette reprise. La collaboration Walker-Wills permettra aux Playboys d'enregistrer plusieurs dizaines de titres. Cindy Walker, débarquant à Hollywood au début des années 40 avait eu l'audace de proposer un de ses morceaux à Bing Crosby qui en avait fait un tube, propulsant son auteure au rang des top-songwriters.

L'attaque de Pearl Harbour le 7 décembre 1941 provoque des bouleversements à tous les échelons de la société américaine y compris dans l'industrie musicale. Outre l'interdiction d'enregistrer, de nombreux groupes voient certains membres partir, volontairement ou non, pour contribuer à mettre hors d'état de nuire "l'axe du mal". Les Texas Playboys verront partir leur chanteur Tommy Duncan qui s'enrôle dès le début du conflit pour servir comme instructeur militaire, le pianiste Al Stricklin rejoint Fort Worth pour y intégrer une unité de défense.

Leon McAuliffe rejoindra l'US Air-Force pour devenir "flight instructor" après la session du 14 juillet 1942, la dernière avant 1945. Pour l'occasion, les parties vocales sont partagées, en l'absence de Duncan, entre McAuliffe, le nouveau guitariste Leon Huff et le trompettiste Danny Alguire. Le morceau "Miss Molly" chanté par McAuliffe figurera dans le film "Silver City Raiders" alors que "Home In San Antone" chanté par Alguire est crédité à un certain Floyd Jenkins, pseudo utilisé par Fred Rose, "le" Rose du duo Acuff/Rose dont il sera encore question plus loin Bob. Wills prête sa voix au morceau"My confession" et un duo assez excitant de violons se fait entendre dans "Liberty".

1942 est l'année du sixième mariage de Bob Wills, son dernier car Betty Anderson restera à ses côtés jusqu'à la fin de sa vie. Après une lune de miel dans leur maison de Muleshoe, Texas, Wills,à l'instar d'autres membres du groupe déjà enrôlés dans l'armée selon différentes affectations, n'échappe pas à la conscription à quelques mois près car l'âge limite est fixé à 38 ans mais sa célébrité lui vaut d'être quand même appelé sous les drapeaux.

Après avoir fait ses classes à Fort Still, Oklahoma, Il est affecté à Camp Howse près de Gainsville, Texas où il restera tout le temps de son service. Son caractère hérité de ses jeunes années passées en roue libre sitôt parti de la maison familiale, son inaptitude à l'obéissance et son alcoolisme rendront son "séjour" militaire difficile, conflictuel. Un mauvais début dû à son retard dès l'incorporation lui valent l'hostilité des gradés et la luxueuse Cadillac dont il se sert pour ses déplacements provoque des inimitiés de la part de ses camarades incorporés.

De plus la condition physique de Bob, éprouvée par plusieurs décades de vie sur la route, d'excès d'alcool n'est pas raccord avec les exigences de la vie de soldat. Ainsi, le 27 juillet 1943, Wills est dégagé de ses obligations militaires.

A son retour à la vie civile, sachant que la majorité de son orchestre sert encore sous la bannière d'Oncle Sam, il décide de s'installer en Californie. Les quelques musiciens non enrôlés travaillent pour Johnny Lee Wills et la conjoncture économique, voire culturelle fait se terminer l'époque bénie des big-bands à l'exception notable de grands noms tels que Duke Ellington, Glenn Miller ou Benny Goodman.

Ce qui ne l'empêchera pas, fidèle à son instinct artistique et peut-être à son égo surdimensionné, de former en 1944 un orchestre de 22 musiciens, le plus grand de toute sa carrière, composé en partie d'anciens venus de chez Jimmy Dorsey ou Glenn Miller, même si cette formation ne dure que quelques mois, son public étant également plus friand de chansons où le violon, la guitare et le banjo se taillent la plus belle part.

lundi 5 décembre 2011

Bob Wills (5)

"Prosperity special"

Les Texas Playboys travaillent dur, six jours par semaine, deux soirs dans le même ballroom à Tulsa et quatre autres soirées au gré des engagements, se farcissant plusieurs centaines de miles pour rallier les lieux de concert. Malgré ce rythme frénétique l'entente est excellente entre les musiciens malgré le caractère difficile de Bob dû à son penchant pour la bibine car, outre l'aspect financier, le public est une très bonne source de motivation. Bob Wills en tant que patron et chef d'orchestre arrive à maintenir l'émulation et la cohésion en variant les prises de solo durant les morceaux.

Vers la fin des années 30 ils sont le big-band (d'après le chef du jazz sur France musique, à partir de onze musiciens on dit big-band) le plus connu et le plus populaire de tout le Sud-ouest. Bob achète une grande propriété à Tulsa pour y loger toute sa famille, aménage un local pour que le groupe puisse y répéter. La maison surnommée "Big House" permet même aux familles des musiciens d'y loger quand ceux-ci sont en répétitions.

Il n'y aura pas d'enregistrement en 1939 mais, à posteriori, cela s'avèrera bénéfique car la session d'avril 1940 restera comme étant l'une des meilleures de la carrière de Bob Wills.

Un des premiers morceaux qu'il avait enregistré,"Spanish Two-Step" plaisait tellement à Art Satherley que celui-ci lui demanda, lors de la session de 1938, de jouer un morceau dans la même veine. Bob joua le morceau à l'envers et ça donna "San Antonio Rose" que malheureusement Wills oublia de déposer au copyright. Ce morceau dépassa en popularité la sphère western-swing et un certain Irving Berlin (le compositeur de l'hymne officiel américain, Israël Baline de son vrai nom d'immigré juif russe) émit le souhait de publier le morceau à New-York.

Lors de cette session de 1940, dix-huit musiciens (record pour les Texas Playboys) enregistrèrent "New San Antonio Rose" pour que Wills puisse déposer le copyright et donc pouvoir vendre le morceau à d'autres interprètes. L'original sera l'un des grand "tubes" des Playboys qui gravent également "Corrine, Corrina" avec Bob Wills au chant, "Big Beaver" que Wills avait entendu fredonner par un esclave noir dans les champs de coton."New San Antonio Rose" sera classé dans les charts pop, grimpant jusqu'à la onzième place, battu par Bing Crosby qui en fit une reprise.

Durant l'été 1940, c'est le cinéma qui fait apparaître les Texas Playboys sur grand écran par l'entremise de Tex Ritter, autre countryman célèbre de cette décennie qui vient de s'achever, qui réalise le film "Take Me Back To Oklahoma".
le groupe est à présent visible par de nombreux fans qui, jusqu'à présent, ont du se contenter de photos et de disques.

Néanmoins, les studios imposent un line-up réduit, Bob Wills apparaissant aux côtés de Johnny Lee (son frère), Leon McAuliffe, Eldon Shamblin et Wayne Johnson. C'est l'occasion des premiers accrocs dans l'union sacrée entre les membres des Playboys, ceux laissés de côté laissent poindre rancoeurs et jalousies aussi bien artistiques que financières.

La présence scénique de Bob Wills est assez limitée du point de vue strictement cinématographique, ses talents d'acteur également. Mais le business étant ce qu'il est, il apparaîtra dans une flopée d'autres films, des westerns bien sur: "Go West Young Ladies" avec Glenn Ford (et les Texas Playboys au complet pour une fois). Durant la seule année 1942 "A Tornado In The Saddle", "The Lone Prairie", "Silver City Raiders", "The Vigilante's Ride", "The Last Horseman" et quelques autres sont tournés et projetés en salle, consolidant l'image du Bob Wills "western" alors que sa musique en est finalement assez éloignée de par ses arrangements swing "jazzy dixieland blues" ainsi que par la composition de son orchestre (cuivres, batterie); Bob Wills est plus swing que western malgré le costume, portant Stetson, chemises à franges et bottes de cow-boy.


lundi 28 novembre 2011

Bob Wills (4)

"Texas Playboy Rag"

Wills et Brown, malgré leur séparation, resteront en estime et amitié mutuelle, le campagnard préférant la sécurité de l"emploi car la Dépression avait également ruiné son père et c'est Bob qui assurait les rentrées d'argent pour toute la famille, soit les parents et neuf enfants.

Mais si d'un côté O'Daniel est prêt à aider la famille en offrant un toit et un emploi à John Wills, Jim Bob va provoquer la rupture en manquant des shows pour cause d'ébriété, ce qui amènera son patron à le virer en aout 1939. La majeure partie des membres du groupe vont suivre Bob Wills qui rebondit aussi sec en trouvant un autre contrat à Waco, un show radio sur WACO (ça ne s'invente pas!) dont le sponsor est Jones Fine Bread.

Le groupe s'appelle les Playboys et se compose de Tommy Duncan au chant, Kermit Whalin à la basse et steel-guitar, Johnnie Lee Wills (le petit frère) au banjo et June Whalin à la guitare rythmique. Mais l'acharnement de O'Daniel à vouloir la perte de Bob Wills couplée au fait que leur nouveau sponsor les annonçaient comme "les anciens Light Crust Doughboys" provoquent leur départ pour Oklahoma City fin 1933. Début 1934 ils jouent sur WKY et s'appellent désormais "Bob Wills & The Texas Playboys".

O'Daniel récidive dans son dessein de nuire et, fort de sa puissance commerciale du genre "je sponsorise un show sur votre radio si Bob Wills ne joue pas", force WKY à virer les Playboys, obligés d'émigrer à Tulsa où, par chance et avec un peu de bagout et de culot, ils parviennent à obtenir 1 heure de show quotidien sur KVOQ répartie en 2 demi-heures.

Avec six soirées sur sept de dance-parties, les finances redeviennent saines malgré un dernier essai de Will Lee O'Daniel qui mettra ensuite un terme à ses activités dans le show-business pour se consacrer à la politique. Ses idées franchement réactionnaires, racistes et ségrégationnistes ne l'empêcheront nullement de se faire élire gouverneur du Texas en 1939, devenant de facto sénateur.

Bob Wills signe alors un contrat courant sur 24 années (!!!) de passages à la radio, permettant ainsi à ses frères de le remplacer lors de ses déplacements en tournée. Il fait encore plus fort, se révélant négociateur et publiciste hors-pair en négociant directement avec Red Star Milling Company (encore de la farine) un contrat exclusif de publicité lui permettant de revendre des annonces à la radio, chose complètement inédite à l'époque et qui va renforcer la puissance commerciale des stations radios. Ce contrat lui fait gagner 12000$ par année et des royalties sur chaque sac de farine vendu, permettant à la compagnie de se hisser au niveau des plus grandes.

En septembre 1935 le groupe dont seuls Duncan, J. L. Wills, Everett Stoner et Son Lansford (cousin de Bob) faisaient partie lors de leurs "déménagements" successifs s'enrichit avec le retour de Herman Arnspiger, Jesse Ashlock et Sleepy Johnson ainsi que l'incorporation d'un jeune steel-guitariste nommé Leon McAuliffe, du pianiste de jazz Alton Stricklin et du saxophoniste Robert "Zeb" McNally.

Une session d'enregistrement pour Brunswick à Dallas leur permet de mettre en boite 9 morceaux en deux jours dont "Get With it", "I Ain't Got Nobody" (déjà gravé par Emmett Miller et quelques autres dans les années 20, Miller étant l'influence majeure du chanteur Tommy Duncan), "Spanish Two-Step" composé en 1927 et "Oklahoma Rag" non crédité a Bob Wills car il oublie de faire enregistrer le copyright, lui qui par cette chanson remercie l'Etat qui lui a permis de se renflouer financièrement et artistiquement.

A cette occasion, Wills innove une fois de plus sur le plan musical en embauchant un batteur, William Eschol "Smokey" Dacus, bien que la batterie soit un instrument très rarement utilisé par les western-swing bands et qui restera non grata dans la country même après les années 40. Il veut surtout incorporer une note "jazzy" dans sa musique déjà fortement influencée par le style Dixieland grâce aux cuivres, ce qui va causer des frictions avec Art Satherley, le producteur de la Brunswick pour la session, qui trouve que les arrangements de Wills sont très éloignés de l'idée qu'il se fait de la country-music.

Déjouant les pronostics de Satherley, les ventes de disques seront excellentes et Brunswick programme une autre session d'enregistrement un an plus tard à Chicago, session pendant laquelle seront mis en boite 31 morceaux avec un line-up légèrement modifié, Lansford étant remplacé par Joe Ferguson et Art Haines (trombone et violon) par le saxophoniste de jazz Ray De Geer. On peut d'ailleurs reconnaître certains classiques jazz enregistrés lors de cette session: "Basin' Street Blues", "Darktown Strutters Ball", "Red Hot Gal of Mine";

De plus, fort de son succès en terme de ventes, Bob Wills impose à Satherley d'enregistrer l'instrumental écrit par Leon McAuliffe "Steel Guitar Rag" adapté d'un blues de Sylvester Weaver en 1925 et qui deviendra un classique de la steel-guitar. De fait, à raison d'une session d'enregistrements par an, la pléthore de titres gravés permettent de fournir suffisamment de matériau pour contenter la maison de disques au niveau des galettes à éditer.

En 1938, Brunswick tombe dans l'escarcelle de Columbia Records. Lors de l'annuelle session seront enregistrés des morceaux plus en accord avec l'idée qu'on se fait du Western-swing, moins jazzy, plus orienté fiddle-tunes (violon). Quelques titres deviendront des morceaux de bravoure fréquemment demandés par le public même des decennies plus tard: "San Antonio Rose (un "Spanish Two-Step" retravaillé) qui aura un énorme succès en terme de vente de disques, "Beaumont Rag", Whoa Baby" (avec Leon McAuliffe au chant) ou encore "Twinkle Twinkle Little Star".

lundi 21 novembre 2011

Bob Wills (3)

"Never No More Hard Times Blues"

1929 est une année restée gravée dans la mémoire de tous ceux qui ont eu à souffrir des séquelles du Krach boursier de Wall Street puis de la Grande Dépression, aggravée dans certains Etats par des conditions climatiques extrêmes qui poussèrent des centaines de milliers de personnes à émigrer plus à l'Ouest.

Jim Rob arrive à Fort Worth, vivote tant qu'il peut, travaillant dans des medicine-shows ou pour la radio WKAP. C'est d'ailleurs dans un de ces spectacles itinérants qu'il transforme son nom en Jim Bob car ses premiers prénoms sont déjà utilisés dans un show concurrent.

Une rencontre musicale cruciale a lieu à cette époque quand le guitariste Herman Arnspiger lui trouve une place dans un medicine-show. Ils joueront ensemble pour d'autres stations de radio, ce qui leur permet d'enregistrer leur premier disque à Dallas, Texas en novembre 1929 pour Brunswick Records où ils graveront "Gulf Coast Blues" de Bessie Smith ainsi qu'une composition familiale "Wills Breakdown" mais l'aventure manque de tourner court quand, écoeuré par la difficulté de trouver du travail, fauché, Jim Bob se décide à retourner près de sa famille dans l'ouest du Texas.

Une carrière tient des fois à un petit coup de pouce de Dame Chance et c'est ce qui arrive quand Herman lui trouve alors une audition dans une station de radio afin de remplacer un violoniste défaillant; l'essai est concluant et Jim Bob est embauché pour 15$ par semaine par le sponsor de l'émission, la Arlington Chicken Hatchery.

En plus de ce show radio, Jim Bob anime des house-parties, l'équivalent urbain des ranches-parties, et c'est à l'occasion d'une soirée qu'il va rencontrer celui qui va devenir avec lui l'un des pères fondateurs du western swing et de la country "moderne". Milton Brown, chanteur, accompagné de son jeune frère Derwood, guitariste, encore lycéen à ce moment-là, va tout d'abord provoquer la méfiance de Wills, campagnard bon teint.

Mais musicalement, la mayonnaise va prendre et Jim Bob accepte les frangins comme membres du groupe qui anime ces "parties". Son bagage musical s'enrichit énormément, poussé par le besoin d'élargir, d'augmenter son répertoire afin de pouvoir répondre aux demandes variées des participants de ces dance-parties. Vers la fin des années 1935, le répertoire de Milton Brown & His Musical Brownies était d'environ 5000 morceaux dans tous les styles, allant de la valse au blues, du Dixieland à la musique mexicaine, bref, un juke-box vivant.

Si la majeure partie de l'argent était gagné dans ces soirées, la radio était tout de même nécessaire pour se faire un peu de publicité personnelle, le quart d'heure ou la demi-heure quotidienne étant elle-même sponsorisée par une marque, tranches horaires dans lesquelles se succédaient musiciens, comiques ou acteurs racontant des histoires ou lisant des extraits de romans. les orchestres changeaient de nom selon le sponsor, Jim Bob et se collègues joueront successivement sous le nom des Alladin Laddies du nom de la compagnie de lampes et ampoules électriques Alladin puis des Light Crust Doughboys pour la farine Light Crust.

Le groupe s'agrandit avec l'incorporation de Clifton "Sleepy" Johnson au banjo ténor et de Jesse Ashlock au violon. L'argent commence à rentrer et Bob Wills propose à Will Lee O'Daniel, président de la Burrus Mill Elevator Company de payer un salaire fixe aux membres du groupe en échange duquel, en plus de leur show radio sur KFJZ à 7 heures du matin, ils travailleraient également à la minoterie. O'Daniel, au vu du succès et des rentrées commerciales générées par le show les augmentent à 15$ la semaine, leur achète une voiture dernier cri et toutes options pour parcourir la campagne et faire la promotion de la farine Light Crust (ce mode de vente et de promotion, originellement dérivé des medicine-shows était la seule façon d'aller trouver les clients potentiels chez eux en des temps ou certains coins reculés ne voyaient pas passer grand monde); et dire que le nom du groupe était au départ une boutade de Bob Wills, doughboy signifiant péjorativement mitron.

En 1932 ils enregistrent 2 titres pour Victor: "Nancy Jane" et "Sunbonnet Sue" sous le nom des Fort Worth Doughboys. Leur show radio passe en prime-time sur une radio plus importante, WBAP,qui couvrait tout le sud-ouest du Texas, et qui les propulsent groupe numéro 1 de la région. Tout a l'air de rouler mais des dissensions vont provoquer la cassure entre Bob Wills et Milton Brown.

Si O'Daniel les contrôle de plus en plus, s'invitant lors de leurs émissions pour y participer en écrivant des poèmes et des chansons, faisant construire un studio de répétition dans l'usine, les augmentant à raison de 25$ par semaine, il exige aussi qu'ils laissent tomber les dance-parties du soir.

Brown, sachant qu'il pouvait gagner 40$ par soirée dans ces "parties" quitte le groupe en septembre 1932. Les contraintes imposées par O'Daniel n'empêchait nullement Bob Wills de travailler le soir mais le succès et la popularité grandissante rendait la tâche un peu plus compliquée pour animer ces soirées en douce.

Milton Brown forme les Musical Brownies et son line-up composé de 2 violons, de la steel-guitar amplifiée de Bob Dunn (l'une des premières du genre), du banjo et de la contrebasse ajouté à l'expérience acquise vont poser les bases de ce qu'on appellera bientôt le Western-Swing. Brown enregistrera un nombre important de titres, en grande majorité pour Decca, avant de connaître une fin prématurée dans un accident de voiture fatal en 1936.

lundi 14 novembre 2011

Bob Wills (2)

"Oozlin' Daddy Blues"

Jim Rob n'a que dix ans lorsque à l'occasion d'une soirée dansante, étant arrivé le premier sur place avec les instruments, il se trouve obligé de remplacer son père absent et acquiert la confiance et l'enthousiasme du public au fur et à mesure du "récital", devenant la star du show même quand son père, complètement saoul, arrive enfin sur scène pour assurer le spectacle. L'alcoolisme de John Wills n'empêchait nullement celui-ci d'être reconnu et très demandé dans cette partie du Texas, le bouche-à-oreille amenant aux "ranch-dances" du public venu d'assez loin.

Jim Rob se familiarise musicalement avec l'assemblage du violon jouant la mélodie et la guitare, la mandoline et le piano assurant la partie rythmique entraînante, trame de base qui sera sa marque de fabrique tout au long de sa carrière.

Mais cette vie rurale ne mène pas bien loin; il décide de s'émanciper et part vers l'Est dans un train de marchandises sans prévenir sa famille. Il va ainsi sillonner tout le Texas, expérimentant la vie de durs labeurs, les contremaîtres sadiques et bornés qui traitent les journaliers (noirs ou blancs) comme du bétail, rencontrant toutefois de temps à autre des hommes de meilleure nature.

Ces années-là le transformeront en jeune rebelle, jouant aux cartes, pariant et buvant plus que de raison, une habitude qui se muera en vice. L'alcool le suivra jusqu'à sa mort. Mais le mal du pays et l'éloignement le font rentrer épisodiquement dans le foyer familial, lui qui, même à des centaines de miles de chez lui, envoie régulièrement de l'argent pour fournir sa quote-part aux besoins de la famille Wills.

Au mitan des années 20, Jim Rob rencontre Edna Posey. Le mariage a lieu à Canadian, Texas en Août 1926. Le couple s'installe quelques temps chez la tribu Wills puis déménage pour filer un coup de main à un cousin possédant du bétail avant de retourner sous le toit familial jusqu'en 1927. Mais la vie dure de la campagne va le pousser à envisager une autre carrière, si possible dans la musique car les travaux manuels risquaient de lui abîmer les mains, outils indispensables pour pratiquer le violon ou la mandoline.

Jim Rob part pour Amarillo, Texas, trouve un travail comme vendeur d'assurances puis apprend le métier de coiffeur, un emploi stable la journée pour garantir un salaire qui ne l'empêche pas d'animer des soirées quand le couple s'installe à Roy, Nouveau-Mexique où il forme un orchestre composé pour partie de musiciens mexicains afin de pouvoir répondre aux goûts musicaux des autochtones, plus habitués aux sonorités et compositions à dominante tejano, ranchera et autres corridos.

C'est la formation typique de Tejano Conjunto où l'accordéon est mis en avant, instrument ramené par les immigrants d'Europe centrale ou d'Allemagne, le pays où est né cet instrument seulement quelques décennies plus tôt. La guitare, le bajo sexto 'basse 12 cordes) et le tambour sont les autres instruments de cette formation typique en trio ou quatuor qui s'américanise en s'appelant tex-mex.
Une de ses premières compositions sera d'ailleurs "Spanish Two-Step" qu'il retravaillera pour aboutir plus tard au tube "San Antonio Rose".

Les deux emplois cumulés lui permettent de repartir vivre au Texas près de sa famille et c'est à Turkey, Texas que naît la première fille de Wills.
Tout se passe alors pour le mieux, coiffeur le jour et musicien la nuit. il participe à des concours de violonistes, devant à plus d'une occasion défier son père lors des finales. Un seul musicien est alors au-dessus du lot, A. C. "Eck" Robertson que papa Wills arrive quand même de temps en temps à battre en finale de concours.

Mais un soir, Jim Rob se fait embarquer et jeter en prison alors qu'il est complètement saoul. Dégoûté par tant d'ingratitude (???) alors qu'il faisait la fierté des habitants, il quitte la ville pour toujours. On érigera quand même bien plus tard une statue à son effigie.

lundi 7 novembre 2011

Bob Wills (1)

Le XXème siècle a vu passer de nombreux artistes reconnus et admirés de leur vivant, de moins nombreux encore présents dans les mémoires, les oreilles, les juke-box (du moins si ça existe encore!), les K7 ou les I-Pod, mais rares sont ceux dont on peut dire qu'ils ont, mine de rien, révolutionné la musique.
C'est l'apanage des grands comme Armstrong, Elvis, les Beatles et de quelques autres dont Bob Wills fait partie.

"You're from Texas"

En 1845, l'arrière-grand-père de James Robert Wills, lui-même descendant d'immigrants anglais installés dans le Tennessee, pose ses baluchons dans l'est du Texas. C'est là que John Wills rencontre Emmaline Foley, ses ancêtres anglais et irlandais ayant également posé leurs valises au Texas.

Et comme en ces temps reculés la contraception n'est même pas une vue de l'esprit, ils auront dix enfants, l'aîné portant les mêmes prénoms que son grand-père James Robert, assez doué déjà violon en mains.

Jim Rob naît le 6 mars 1905 à Kosse, Limestone County, Texas. Après lui, Ruby, Eloïse et Johnny Lee respireront leur première bouffée d'air texan avant que Saladin, demi-frère de John, ne les persuade de s'installer ailleurs, plus à l'ouest, à Memphis, Texas. Un voyage de 800 kilomètres qu'ils accomplissent en deux mois vers la fin de l'année 1913.


Pour gagner un peu d'argent durant le trajet, ils travaillent dans les champs de coton en tant que journaliers et John (atavisme familial) anime des soirées dansantes (barn-dances ou ranch-dances) avec son violon, accompagné à la mandoline par Jim Rob qui profite de la situation pour se familiariser avec la musique noire, côtoyant les afros-américains dans les champs, s'imprégnant de leur feeling musical(j'aurais pu écrire nègre mais de nos jours ce n'est pas politiquement correct alors qu'à l'époque ce n'était pas du tout péjoratif,quoique quand même un peu).


Les airs traditionnels joués par son père (fiddle tunes) étaient d'origine européenne (français, irlandais, écossais) et Jim Rob mélangera plus tard le folk-blues, les chants entonnés durant le ramassage du coton ainsi que le jazz.
Il faut signaler que l'image d'Epinal du noir chantant pendant son dur labeur n'était pas une généralité.

La famille Wills s'installe aux alentours proches de Memphis, Texas; le père est métayer et les déménagements sont assez fréquents, le métayer étant une sorte de contremaître travaillant pour un propriétaire terrien, organisant le travail, les récoltes et l'élevage.

Jim Rob adopte un style de vie propre à son environnement, aidant au travail à la ferme, se familiarise avec la monte de toutes sortes d'animaux (bon, quand même pas les volailles! je vous vois venir!) et participe du coup à quelques rodéos locaux. A cette époque, l'école n'était pas une priorité pour les parents qui préféraient que leurs enfants travaillent pour faire bouillir un peu plus la marmite.

Et donc, après une bonne journée de travail, John accompagné de Jim Rob à la mandoline ou à la guitare et de ses filles Ruby et Eloïse au piano anime des soirées dansantes; Jim Rob ne ressent d'ailleurs aucune envie de pratiquer l'instrument de son père bien qu'à l'occasion il démontre une certaine aisance à en jouer.

dimanche 28 novembre 2010

Bill Monroe (5)

Knee Deep in Blue Grass

Dans les années 50 pas mal de raisons peuvent expliquer le déclin de Bill Monroe. Outre son accident et la popularité des Foggy Mountain Boys de Flatt et Scruggs entretenue par le management habile de la femme de Scruggs, Louise, femme d'affaires avisée, il y a le peu d'intérêt de Bill Monroe pour le business en général.
Les changements incessants de personnel au sein des Blue Grass Boys n'aident pas non plus à fidéliser le public mais dans ce cas on peut parler de torts partagés car avoir fait partie du groupe est un atout non négligeable dans la carrière d'un musicien.
L'émergence de nouveaux courants musicaux plus vendeurs, le pouvoir d'achat augmenté d'une catégorie d'âge plus jeune, la concurrence naissante du rock'n'roll (ou rockabilly) ou la "sécurité de l'emploi" plus ou moins garantie par le "Nashville sound" plus pop, plus commercial fait de l'ombre au bluegrass de Bill Monroe qui de toute façon n'a jamais été un courant super-vendeur.
Son premier album sort en 1957 et est intitulé "Knee Deep in Blue Grass".
Mais si sa musique a été une source d'inspiration pour les nouvelles vedettes rockabilly, le public ne s'intéresse plus guère au genre hormis les "montagnards" et autres "hillbillies" de la région des Appalaches ainsi que quelques puristes et nostalgiques.
Au début des années 60 le folk-boom prône, tout en véhiculant des idées contestataires, un retour à la musique "pure", acoustique et plus proche des origines du genre. Bill Monroe, en bon sudiste, aura du mal s'accommoder de ces nordistes et restera assez longtemps en marge de ce mouvement quand bien même de nombreux jeunes succomberont au charme de la musique bluegrass. il revient en grâce après une performance au festival de folk de Newport en compagnie de Doc Watson, autre "oublié" exhumé et idolâtré par la jeune génération.
le marché du bluegrass reprend de l'ampleur avec la création de plusieurs labels spécialisés ainsi que des revues ou fanzines consacrés au genre. Bill Monroe, sans cesser de jouer et de sortir des albums, va devenir le "gardien de la ligne pure et dure" en ce qui concerne "sa" musique, critiquant la nouvelle génération, Guthrie, Dylan, Cash et consorts qui pourtant respectent les canons du bluegrass.
L'évolution instillée par les Osborne Brothers (passés par les Blue Grass Boys) à travers l'utilisation de guitare amplifiée, de batterie donnera naissance à la "progressive bluegrass grâce aux Country Gentlemen, aux Dillards et bien d'autres puis au "newgrass", mélange de bluegrass et de rock. le "jazzgrass" sera aussi mis en valeur par des musiciens utilisant uniquement des instruments acoustiques et faisant état de leur super-virtuosité, les cuivres entrant également dans la liste des instruments.
Monroe sort "Bluegrass Ramble" en 1962, "The High Lonesome Sound of Bill Monroe" en 1966, "Bill Monroe Hall of Fame" en 1971, "Uncle Pen" en 1972, "Bean Blossom" en 1973 du nom du festival qu'il a créé à Bean Blossom en 1967, double album live où l'on retrouve Jimmy Martin, Lester Flatt, Jim and Jesse ainsi que plusieurs violonistes.
Les années 80 seront la décennie des albums hommages avec "Bill Monroe and Friends" en 1983, véritable Hall of Fame de la country avec Johnny Cash, Waylon Jennings, Ricky Skaggs, les Oak Ridge Boys, Willie Nelson et d'autres suivi en 1985 de, Selon la même formule, "Bill Monroe and Stars" où Ralph Stanley, Jim and Jesse, Mac Wiseman (ancien des Blue Grass Boys), the Country Gentlemen ainsi que les Osborne Brothers rendent hommage au "père fondateur". Des rééditions en coffrets de ses oeuvres plus anciennes (et plus roots) sortent dès la fin des années 70-début des années 80 (ce sont souvent les compilations les plus respectueuses de l'oeuvre de Bill Monroe dans les années 30-40-50.
En 1988 il reçoit le Grammy Award du meilleur album de bluegrass (ha!ha!ha!) pour "Southern Flavor" enregistré live en studio (une seule prise avec tous les musiciens mais sans public, pour ceux qui auraient du mal à suivre).
En bon sudiste puritain, il partira en Israël pour se faire baptiser dans le Jourdain. Un cancer est diagnostiqué en 1990 mais ne l'empêche pas de continuer à tourner jusqu'en 1996 quand une attaque le laisse partiellement paralysé. Il meurt peu de temps après, le 9 septembre 1996.
Bill Monroe laisse un fils, James, né en 1941, bassiste au sein des Blue Grass Boys à partir de 1964 mais également guitariste et chanteur qui crée en 1972 les Midnight Ramblers,enregistre avec son père l'album "Father and Son" en 1973 et avec son oncle "James Monroe Sings Songs of Memory Lane with his Uncle Charlie Monroe" en 1976, puis se consacre à la gestion des affaires de son père.
Melissa Monroe, aînée de 5 ans de James tourna un peu avec les Blue Grass Boys dans les années 40-50 avant de tenter une petite carrière solo. Elle meurt en 1990.
Deux ouvrages en anglais sont des sources de renseignement et anecdotes concernant la musique bluegrass:
"Bluegrass-A History" de Neil V. Rosenberg, University of Illinois Press en 1990
"Bluegrass, An Informal Guide" de Richard D. Smith, A Cappella en 1995
Sans oublier "guide de la Country-Music et du Folk" de G. Herzaft et J. Brémond chez Fayard.

dimanche 21 novembre 2010

Bill Monroe (4)

New Muleskinner Blues

Bill Monroe et les Blue Grass Boys débarquent à Nashville pour enregistrer au Castle Studios, un ancien restaurant du Tulane Hotel reconverti en studio d'enregistrement fixe, ce qui en fait l'un des premiers en tant que tel. Ce studio est utilisé en majeure partie par le label Decca chez qui Bill Monroe a signé après avoir largué Columbia CBS. Un contrat assez facilement négocié par les deux parties car Paul Cohen qui voulait faire de Nashville l'épicentre de la country music avait depuis un certain temps Monroe dans son viseur.
Seul Rudy Lyle, banjoïste, suit Monroe chez Decca pour ces premiers enregistrements mais les nouveaux recrutés ne sont pas des seconds couteaux: James Henry Martin, plus connu sous le nom de Jimmy Martin, tient la guitare et va se révéler très bon chanteur, Jimmy Martin dont les parents étaient si pauvres qu'ils ne pouvaient se payer un poste radio. Ce natif de Sneedville dans le Tennessee sortait le samedi soir en ville et hélait les conducteurs de voiture pour qu'ils branchent leur autoradio sur la fréquence qui retransmettait le Grand Ole Opry afin qu'il puisse écouter Bill Monroe.
Vassar Clements, violoniste virtuose mais également joueur de violoncelle et de mandoline fera aussi partie du nouveau groupe requis pour enregistrer cette première session pour Decca où ces Blue Grass Boys vont sortir sept titres dont l'un des morceaux les plus fameux ( et beaucoup repris) de jimmie Rodgers: le "Blue Yodel#8" sous-titré "Muleskinner Blues".
Outre ce titre figurent deux morceaux écrits par Hank Williams: "I'm Blue, I'm Lonesome" et "Alabama Waltz". mais si le deuxième titre est crédité à Williams, le premier, "I'm Blue, I'm Lonesome" a été écrit par Williams en 1949 alors que Monroe et lui tournaient ensemble, ce qui fit dire à Bill qu'ils avaient co-écrit le morceau alors que d'autres témoignages directs font état d'un Hank Williams chantant le titre à Bill avant de le laisser l'interpréter.
Bill Monroe va s'approprier un autre titre, hommage à celui qui l'a beaucoup aidé dès son plus jeune âge. lors de la deuxième session d'enregistrement pour Decca à Nashville, trois faces seront gravées dont "The Old Fiddler" écrit et composé par Hugh Ashley et Ira Wright, "Uncle Pen" composé par le violoniste Red Taylor sur lequel Bill écrit ce qui est un hommage évident rendu à son oncle, mais les crédits du disque ne mentionneront aucunement Red Taylor.
Malheureusement pour Paul Cohen, le producteur artistique chez Decca, les ventes ne seront pas à la hauteur des hits que Monroe a pu réaliser à la fin des années 40 alors qu'il était chez Columbia, quoique du fait du genre très spécifique de musique que jouait Monroe ces succès restaient néanmoins confinés à une frange relativement étroite de consommateurs de disques.
Aidé par Owen Bradley, autre producteur qui est l'un des créateurs du "Nashville Sound", country édulcorée pour plaire au plus grand nombre qui règne encore en maître de nos jours pour le plus grand malheur des vrais talents artistiques du genre, ils vont persuader Monroe de se mettre au goùt du jour, expérimentant au fil des sessions des intruments tels que le vibraphone, la batterie, l'orgue ou la guitare électrique, mettant en boite plusieurs titres de Jimmie Rodgers dont le revival à travers d'autres artistes comme Hank Snow ou Lefty Frizell faisait vendre.
Mais ces expérimentations ne sont rien en comparaison de deux accidents de la route qui vont avoir des conséquences plus ou moins graves pour la carrière de Bill Monroe.
Oubliant la rivalité artistique, et commerciale, passée, Monroe avait fait quelques dates avec les Stanley Brothers et avait réussi à les engager dans son groupe. Malheureusement, Ralph Stanley, impliqué dans une collision frontale avec une autre voiture, se retrouve cloué dans un fauteuil roulant pour plusieurs mois. L'association Monroe-Stanley capote avant d'avoir commencé.
En janvier 1953, Bill Monroe et son bassiste Bessie Lee Mauldin reviennent de la chasse au renard, un des passe-temps favori de Monroe, quand à trois heures du matin un véhicule les percute. Si Bessie Lee s'en tire sans trop de dommages, Bill est plus sérieusement touché. On dénombrera 19 fractures qui le laisseront couché à l'hôpital pendant trois mois.
Les années 50 pour Bill Monroe seront la décennie d'une popularité toujours présente bien qu'en baisse au niveau des ventes de disques et des contrats de tournées, obligeant ses musiciens à travailler dans la ferme des Monroe pour faire un peu de monnaie en attendant le prochain cachet.
Ses ex-musiciens Lester Flatt et Earl Scruggs sont alors plus populaires que leur ancien patron avec leur Foggy Mountain Boys mais l'arrivée dans le paysage musical d'un jeune loup dont les premiers enregistrements sont des reprises de morceaux qu'il aime bien va changer la donne pour Bill.
La version de "Blue Moon of Kentucky" d'un certain Elvis Presley, bien que jouée sur un tempo plus rapide, va connaitre un certain succès et garantir un apport non négligeable de royalties à leur auteur, un certain Bill Monroe.

dimanche 14 novembre 2010

Bill Monroe (3)

Blue Moon of Kentucky

La chance va tourner pour les Monroe Brothers. l'époque est aux shows radios sponsorisés par des compagnies en tous genres qui voient dans ce médium qu'est la radio une bonne opportunité de vendre leurs produits.
C'est à Shenandoah dans l'Iowa que Bill (mandoline et chant) et Charlie (guitare et chant) vont saisir l'occasion d'essayer de percer dans la musique grâce à une marque d'eau minérale, la Texas Crystal Company, qui va sponsoriser leur show radio qui commence à avoir du succès, sans Birch qui a décidé de lâcher l'affaire. En 1936, un concurrent plus important, la Crazy Water Crystal Company, remplace la Texas Crystal qui a décidé d'abandonner le filon Country Old Time String Band.
Cette même année ils signent un contrat d'enregistrement avec le label RCA Victor. Les Monroe Brothers enregistreront six sessions entre 1936 et 1938 pour un total de 60 faces de disques édités, tous à la première prise de son en studio.
Mais Charlie ne supporte plus la popularité de son petit frère, son succès dû à sa dextérité à la mandoline lors de solos joués sur des tempos rapides. Bill Monroe prend ses valises, sa femme et sa fille pour partir dans l'Arkansas à Little Rock pour former son groupe, les Kentuckians dont on sait peu de choses vu que le groupe n'aura que quelques mois d'existence et aucun enregistrement sur disque, vivotant grâce aux shows radios.
Après cela, c'est à Atlanta en Georgie que Bill pose sa mandoline en compagnie du guitariste -chanteur Cleo Davis, puis à Asheville en Caroline du Nord. Bill Monroe se met à chercher et à trouver des musiciens pour son nouveau groupe grâce aux annonces qu'il passe pendant son show radio et annonce à Cleo Davis que désormais le groupe s'appellera Bill Monroe and his Blue Grass Boys.
Il fait sa première apparition au Grand Ole Opry en octobre 1939 et interprète entre autre "Mule Skinner Blues" de Jimmie Rodgers et le traditionnel "John Henry". mais si la carrière de Bill Monroe et ses Blue Grass Boys a décollé, jouant ici et là, étant une des valeurs sures du Grand Ole Opry, le versant discographique est un peu plus cahotique. Non pas que ses disques ne se vendent pas, au contraire, mais Bill sent que les businessmen de ces labels ne l'estime pas à sa juste valeur.
Monroe quitte RCA Victor en 1941 parce que son frère Charlie est signé sur le même label sous le nom Charlie Monroe's Boys. Après un passage chez un label indépendant, il signe chez Columbia mais ses enregistrements ne peuvent sortir à cause de l'arrêt, pour cause de guerre mondiale, de la production de disques, la matière première étant réservée à des fins militaires.
Columbia qui signera les Stanley Brothers en 1949, imitateurs et adorateurs avérés de Bill Monroe au point de reprendre ses morceaux après l'avoir écouté pendant les retransmissions du Grand Ole Opry. La version de "Molly and Tenbrooks" des Stanley Brothers sort même avant l'original de Bill Monroe, Columbia ayant laissé le morceau dans un tiroir pendant la guerre.
Mais la goutte qui fait déborder le vase est "Let Me Be Your Friend" sorti en 1949 sur leur nouveau label Columbia, morceau qui ressemble à s'y méprendre au "It's A Hard Road To Travel" de Bill Monroe sur ce même label.
Chez les Blue Grass Boys les changements de musiciens sont fréquents. Si le line-up reste classique jusqu'en 1945 avec quand même Clyde Moody, Bill Westbrook et Tommy Magness dans l'un des premiers groupes, c'est à ce moment qu'arrivent chez les Blue Grass Boys un duo qui allait faire parler de lui, plus après leur séparation d'avec Monroe que pendant les trois années passées avec lui, quoique...
Lester Flatt, chanteur guitariste originaire du Tennessee est d'abord embauché par Charlie Monroe dans ses Kentucky Pardners puis chez Bill un an plus tard.
Earl Scruggs, banjoïste virtuose dont le maître à jouer est Snuffy Jenkins, va passer dans les Blue Grass Boys, les quitter avec Lester Flatt pour fonder les Foggy Mountain Boys, groupe qui durera jusqu'au début des années 70. Ils voleront la vedette à Monroe et deviendront connus, d'abord dans tout le pays grâce à leur chanson "The Ballad of Jed Clampett" popularisée par la série télévisée "the Beverly Hillbillies" puis mondialement avec "Foggy Mountain Breakdown" dans la B.O. du film d'Arthur Penn "Bonnie and Clyde".
Mais c'est avec Bill Monroe et les Blue Grass Boys que Flatt et Scruggs vont poser les bases de la musique bluegrass qui doit plus à l'amalgame réussi entre les différents instruments (mandoline, guitare, basse, banjo, violon) ainsi qu'aux parties instrumentales avec solos hautement virtuoses qu'à une construction mélodique spécifique tant les apports, les adaptations et les inspirations sont nombreux, comme cités plus haut: gospel, country, blues, western swing, boogie et même le jazz.