Shake, Rattle and Roll
Mais c'est la séance du 15 février 1954 qui restera gravée dans les mémoires (et sur vinyle) avec ces trois morceaux: "Well Allright" (co-écrite par Charles Calhoun, Ahmet Nugetre et Gerry Wexler), "In the evening -when the sun goes down" (écrite par Leroy Carr) et "Shake, Rattle and Roll" (écrite par Charles Calhoun -Jesse Stone de son vrai patronyme, qui ne pouvait pas, à ce moment, contractuellement, signer de son nom véritable.). Jesse Stone est au piano (il écrit et arrange pour Atlantic "Money Honey" par les Drifters, "It should have been me" par Ray Charles, etc...), Mickey Baker à la guitare et les choeurs sont tenus par Ahmet Ertegun (inversez le nom, pour voir!!), Jerry Wexler et Jesse Stone. "Shake, Rattle and Roll" restera sept mois en tête des charts Rythm and Blues (une expression inventée par Jerry Wexler en 1949 quand il travaillait au Billboard, pour remplacer la catégorie "Race Records"): c'est l'heure de gloire pour Big Joe Turner. La version expurgée de toute connotation sexuelle, enregistrée par le yodeleur hillbilly Bill Haley, sera un plus grand succès commercial, en partie grâce à son passage en générique du film "Blackboard Jungle", tiré du bouquin d'Evan Hunter, alias Ed Mc Bain.
Big Joe enregistrera la suite de "Shake, Rattle and Roll" dans le même style: "Flip, Flop and Fly", "Hide and Seek", "Morning, noon and night", "Corrine, Corrina" et "Lipstick, powder and paint" (il apparaitra en 1956 dans le film du même nom).
Pete Johnson et lui sortiront "The boss of the Blues", album de leurs vieux morceaux favoris mais Pete manque de succomber à une crise cardiaque qui le laissera en dehors de la musique jusqu'en 1967, où il participera à quelques concerts en compagnie de son pote, avant de décéder en mars 67.
Joe Turner traversera les années 60 et 70 à la faveur de quelques revivals et hommages rendus, plus particulièrement en Europe.
Mais le coureur (il eut plusieurs femmes, une seule à la fois, rassurez-vous!), flambeur et gros buveur, à force de brûler la chandelle par les deux bouts, casse sa pipe en 1987 (d'une défaillance rénale), laissant sa dernière épouse sans un sou, endettée et incapable de payer son enterrement. C'est Ahmet Ertegün qui payera cette dernière représentation et qui, après avoir re-calculé le montant des royalties dues et des rééditions de disques, reversera pas mal d'argent pour d'autres artistes noirs dans le besoin, créant même une fondation pour aider les musiciens de rythm and blues dans le besoin.
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dimanche 1 novembre 2009
dimanche 25 octobre 2009
Big Joe Turner (cinquième partie)
Jumpin' Tonight
Début 1950, Big Joe Turner tourne au gré des contrats dans des clubs de Louisiane -Bâton Rouge et la Nouvelle Orléans- où il fait la connaissance de Frank Fania, propriétaire du New Drop Inn, qui l'embauche pour jouer dans son club ainsi que dans d'autres endroits. C'est tout naturellement que Big Joe Turner entre en contact avec Dave Bartholomew dont il adorait l'orchestre, ne manquant presque jamais leurs concerts.
Ils enregistreront deux singles pour le label Imperial, l'orchestre de Dave Bartholomew étant le groupe de sessions d'enregistrement attitré du label. "Jumpin' Tonight"/"Story to tell" ainsi que "Lucille"/"Love my baby" avec un certain Antoine "Fats" Domino au piano, seront néanmoins des échecs commerciaux cuisants. Big Joe va continuer à tourner, avec Lowell Fulsom et Pee Wee Crayton entre autres, puis remonte vers le nord.
C'est dans le nord que la carrière de Big Joe Turner va l'amener à son plus haut niveau de gloire à la faveur du contrat qu'il signe avec le label Atlantic des frangins Ertegun.
Comme Jimmy Rushing venait de quitter l'orchestre de Count Basie, celui-ci engage Big Joe pour une série de concerts à l'Apollo Theatre de Harlem mais le courant ne passe pas entre eux. Ertegun, qui connaissait Big Joe depuis les séances du Café Society, l'engage et Big Joe enregistrera régulièrement:
"Chains of Love", "Bump Miss Suzie", "Sweet Sixteen", "Poor lover's blues", "Still in love with you" en 1951 et 1952 avec "Piano man" Walls, Taft Jordan, Joe Morris et d'autres.
1953 le voit enregistrer "Honey Hush" et "Crawdad hole" avec Pluma Davis, Fats Domino puis "Oke-she moke-she pop" et "TV Mama" avec les Blues Kings comprenant Elmore James, Johnny Jones et Red Saunders.
Début 1950, Big Joe Turner tourne au gré des contrats dans des clubs de Louisiane -Bâton Rouge et la Nouvelle Orléans- où il fait la connaissance de Frank Fania, propriétaire du New Drop Inn, qui l'embauche pour jouer dans son club ainsi que dans d'autres endroits. C'est tout naturellement que Big Joe Turner entre en contact avec Dave Bartholomew dont il adorait l'orchestre, ne manquant presque jamais leurs concerts.
Ils enregistreront deux singles pour le label Imperial, l'orchestre de Dave Bartholomew étant le groupe de sessions d'enregistrement attitré du label. "Jumpin' Tonight"/"Story to tell" ainsi que "Lucille"/"Love my baby" avec un certain Antoine "Fats" Domino au piano, seront néanmoins des échecs commerciaux cuisants. Big Joe va continuer à tourner, avec Lowell Fulsom et Pee Wee Crayton entre autres, puis remonte vers le nord.
C'est dans le nord que la carrière de Big Joe Turner va l'amener à son plus haut niveau de gloire à la faveur du contrat qu'il signe avec le label Atlantic des frangins Ertegun.
Comme Jimmy Rushing venait de quitter l'orchestre de Count Basie, celui-ci engage Big Joe pour une série de concerts à l'Apollo Theatre de Harlem mais le courant ne passe pas entre eux. Ertegun, qui connaissait Big Joe depuis les séances du Café Society, l'engage et Big Joe enregistrera régulièrement:
"Chains of Love", "Bump Miss Suzie", "Sweet Sixteen", "Poor lover's blues", "Still in love with you" en 1951 et 1952 avec "Piano man" Walls, Taft Jordan, Joe Morris et d'autres.
1953 le voit enregistrer "Honey Hush" et "Crawdad hole" avec Pluma Davis, Fats Domino puis "Oke-she moke-she pop" et "TV Mama" avec les Blues Kings comprenant Elmore James, Johnny Jones et Red Saunders.
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dimanche 18 octobre 2009
Big Joe Turner (quatrième partie)
My gal's a jockey
Le contrat avec Decca expire fin 1944 et voilà Big Joe Turner, qui avait laissé son pote de toujours, Pete Johnson, suivre son chemin de son côté, qui signe avec National Records dès le début de 1945.
La première séance d'enregistrement pour ce label est dirigée par Herb Abramson qui, parallèlement, poursuit ses études à l'université de New York en vue de devenir dentiste. Sont présentes de vieilles connaissances telles que Frankie Newton à la trompette, Carlos "Don" Byas au ténor sax, Leon Ware à la guitare, pour graver "S.K. blues" (pour Saunders King, compositeur du morceau), "Johnson and Turner blues", morceau qui signe les retrouvailles en studio des deux compères, ainsi que "Watch that jive". Turner enregistrera sept singles pour National Records jusqu'en 1947. Un seul sera vraiment un hit: "My gal's a jockey".
National Records le laisse partir pour Alladin, un label indépendant basé à Los Angeles, sur Santa Monica boulevard, créé par les frères Eddie et Leo Messner, qui avaient d'abord appelé leur label Philo, avant d'en changer le nom en 1946. Ce label, jazz à l'origine, comptait dans ses rangs des artistes tels que Illinois Jacquet, Lester Young, Jay McShann et Billie Holiday mais passa, avec le changement de nom, à des artistes jump-blues tels qu'Amos Milburn ou Charles Brown qui avait quitté les Three Blazers de Johnny Moore en 1948.
Pendant un séjour à San Francisco, Big Joe Turner, toujours sous contrat avec Alladin, enregistrera "Around the clock blues" pour le label local Stag sous le nom de Big Vernon, avec Pete Johnson au piano (Vernon est son second prénom, rappelez-vous!). Mais malgré le rythme soutenu des sessions d'enregistrement, malgré l'arrêt de ceux-ci pendant 11 mois en 1948, encore une fois à cause de J.C. Pétrillo, Big Joe Turner vivotera, de contrats sur scène en contrats avec différents labels, enregistrant pour un label et vendant les enregistrements à un autre.
En 1947 sort "Battle of the blues", un duo avec Wynonie Harris, qui permetta à celui-ci de mettre un terme à son contrat avec National quelques mois avant Big Joe, qui, lui, sortira "Wine-o-baby", "Old Piney Brown is gone" et "Radar blues", entre autres, pour Swingtime.
Après MGM pour sa série "Ebony", ce sera la tournée des petits labels tels que Coast ("Born to gamble") fin 1948 et Excelsior début 1949 ("I don't dig it" et "Ooh Ouch Stomp") pour la côte ouest. La Louisiane du label Rouge (situé à Bâton Rouge, quelle originalité!) verra Joe Turner avec Joe Houston graver "Wish I had a dollar" et "Fuzzy Wuzzy honey". Puis un peu plus tard, fin 1949, direction le Texas et son label Freedom appartenant à Saul Kahl (qui lâchera le business de la musique pour investir son argent dans Shipley's Donuts). Cinq singles sortiront dont le premier, "Still in the dark", couplé avec "Adam bit the apple", connaitra un petit succès local, le système de distribution ne permettant pas une plus sérieuse répartition au niveau national.
Le contrat avec Decca expire fin 1944 et voilà Big Joe Turner, qui avait laissé son pote de toujours, Pete Johnson, suivre son chemin de son côté, qui signe avec National Records dès le début de 1945.
La première séance d'enregistrement pour ce label est dirigée par Herb Abramson qui, parallèlement, poursuit ses études à l'université de New York en vue de devenir dentiste. Sont présentes de vieilles connaissances telles que Frankie Newton à la trompette, Carlos "Don" Byas au ténor sax, Leon Ware à la guitare, pour graver "S.K. blues" (pour Saunders King, compositeur du morceau), "Johnson and Turner blues", morceau qui signe les retrouvailles en studio des deux compères, ainsi que "Watch that jive". Turner enregistrera sept singles pour National Records jusqu'en 1947. Un seul sera vraiment un hit: "My gal's a jockey".
National Records le laisse partir pour Alladin, un label indépendant basé à Los Angeles, sur Santa Monica boulevard, créé par les frères Eddie et Leo Messner, qui avaient d'abord appelé leur label Philo, avant d'en changer le nom en 1946. Ce label, jazz à l'origine, comptait dans ses rangs des artistes tels que Illinois Jacquet, Lester Young, Jay McShann et Billie Holiday mais passa, avec le changement de nom, à des artistes jump-blues tels qu'Amos Milburn ou Charles Brown qui avait quitté les Three Blazers de Johnny Moore en 1948.
Pendant un séjour à San Francisco, Big Joe Turner, toujours sous contrat avec Alladin, enregistrera "Around the clock blues" pour le label local Stag sous le nom de Big Vernon, avec Pete Johnson au piano (Vernon est son second prénom, rappelez-vous!). Mais malgré le rythme soutenu des sessions d'enregistrement, malgré l'arrêt de ceux-ci pendant 11 mois en 1948, encore une fois à cause de J.C. Pétrillo, Big Joe Turner vivotera, de contrats sur scène en contrats avec différents labels, enregistrant pour un label et vendant les enregistrements à un autre.
En 1947 sort "Battle of the blues", un duo avec Wynonie Harris, qui permetta à celui-ci de mettre un terme à son contrat avec National quelques mois avant Big Joe, qui, lui, sortira "Wine-o-baby", "Old Piney Brown is gone" et "Radar blues", entre autres, pour Swingtime.
Après MGM pour sa série "Ebony", ce sera la tournée des petits labels tels que Coast ("Born to gamble") fin 1948 et Excelsior début 1949 ("I don't dig it" et "Ooh Ouch Stomp") pour la côte ouest. La Louisiane du label Rouge (situé à Bâton Rouge, quelle originalité!) verra Joe Turner avec Joe Houston graver "Wish I had a dollar" et "Fuzzy Wuzzy honey". Puis un peu plus tard, fin 1949, direction le Texas et son label Freedom appartenant à Saul Kahl (qui lâchera le business de la musique pour investir son argent dans Shipley's Donuts). Cinq singles sortiront dont le premier, "Still in the dark", couplé avec "Adam bit the apple", connaitra un petit succès local, le système de distribution ne permettant pas une plus sérieuse répartition au niveau national.
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dimanche 11 octobre 2009
Big Joe Turner (troisième partie)
Rock me Mama
Joe Turner signe chez Decca et enregistre le 11 novembre 1940 "Piney Brown Blues" avec le Hot Lips Page band (Don Bass au ténor, Pete Johnson au piano). Piney Brown était le manager du Sunset Club de Kansas City. Le disque se vendra à plus de 40000 exemplaires à sa sortie sous le nom "Joe Turner and his Fly Cats".
Pendant son contrat avec Decca, Joe Turner va enregistrer avec différents orchestres, accompagné par Willie "The lion" Smith au piano fin novembre 40, Art Tatum and his band en janvier 41 puis en juin pour "Lucille", "Rock me Mama", "Corrine, Corrina" et "Lonesome graveyard blues", Sam Price et Leon Ware en juillet pour "Nobody in mind" et "Ice man". Après ces sessions new-yorkaises, il s'envole pour Los Angeles, enrôlé par Duke Ellington qui produisait une revue "Jump for joy" sous-titrée "A sunTanned Revu-sical" au Mayan theatre de L.A.
Outre l'orchestre de Duke, le spectacle comprenait également l'actrice Dorothy Dandridge, l'acteur Wonderful Smith et le poète Langston Hughes. Cette revue entièrement black avait pour objectif de démonter les stéréotypes concernant les spectacles et revues de "couleur" en vogue à Broadway et Hollywood. Du 10 juillet au 27 septembre, ce spectacle sera l'un des premiers à semer les graines de ce qui deviendra, près d'une décennie plus tard, le mouvement pour les droits civiques. Et concernant Joe Turner, ce spectacle lui permit d'admirer celle qu'il adulait, Ethel Waters, qui jouait dans le théâtre d'à côté le classique de Broadway "Cabin in the sky".
Fin 1941 voit l'entrée en guerre des Etats-Unis . Big Joe Turner (car c'est à cette époque que Joe commence à se faire appeler Big Joe Turner) travaillera jusqu'à la fin des hostilités, enregistrant à Los Angeles avec Freddie Slack, se produisant sur scène quand l'interdiction d'enregistrer, initiée par James Caesar Petrillo, président du syndicat américain des musiciens, fut effective du 1er août 1942 à la presque fin de l'année 1943.
Mais toutes les compagnies avaient fait enregistrer à leurs artistes suffisamment de disques pour tenir durant cette période qui s'avéra très faste en terme de ventes, car le public avait besoin de distractions en cette période de guerre.
Joe Turner signe chez Decca et enregistre le 11 novembre 1940 "Piney Brown Blues" avec le Hot Lips Page band (Don Bass au ténor, Pete Johnson au piano). Piney Brown était le manager du Sunset Club de Kansas City. Le disque se vendra à plus de 40000 exemplaires à sa sortie sous le nom "Joe Turner and his Fly Cats".
Pendant son contrat avec Decca, Joe Turner va enregistrer avec différents orchestres, accompagné par Willie "The lion" Smith au piano fin novembre 40, Art Tatum and his band en janvier 41 puis en juin pour "Lucille", "Rock me Mama", "Corrine, Corrina" et "Lonesome graveyard blues", Sam Price et Leon Ware en juillet pour "Nobody in mind" et "Ice man". Après ces sessions new-yorkaises, il s'envole pour Los Angeles, enrôlé par Duke Ellington qui produisait une revue "Jump for joy" sous-titrée "A sunTanned Revu-sical" au Mayan theatre de L.A.
Outre l'orchestre de Duke, le spectacle comprenait également l'actrice Dorothy Dandridge, l'acteur Wonderful Smith et le poète Langston Hughes. Cette revue entièrement black avait pour objectif de démonter les stéréotypes concernant les spectacles et revues de "couleur" en vogue à Broadway et Hollywood. Du 10 juillet au 27 septembre, ce spectacle sera l'un des premiers à semer les graines de ce qui deviendra, près d'une décennie plus tard, le mouvement pour les droits civiques. Et concernant Joe Turner, ce spectacle lui permit d'admirer celle qu'il adulait, Ethel Waters, qui jouait dans le théâtre d'à côté le classique de Broadway "Cabin in the sky".
Fin 1941 voit l'entrée en guerre des Etats-Unis . Big Joe Turner (car c'est à cette époque que Joe commence à se faire appeler Big Joe Turner) travaillera jusqu'à la fin des hostilités, enregistrant à Los Angeles avec Freddie Slack, se produisant sur scène quand l'interdiction d'enregistrer, initiée par James Caesar Petrillo, président du syndicat américain des musiciens, fut effective du 1er août 1942 à la presque fin de l'année 1943.
Mais toutes les compagnies avaient fait enregistrer à leurs artistes suffisamment de disques pour tenir durant cette période qui s'avéra très faste en terme de ventes, car le public avait besoin de distractions en cette période de guerre.
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biographie
dimanche 4 octobre 2009
Big Joe Turner (deuxième partie)
Roll'em Pete
Pete Johnson et Joe Turner passent quelques mois à New York à partir de l'été 36, Hammond leur ayant trouvé un contrat au Famous Door ainsi qu'un concert à l'Apollo Theatre. Mais le retour à Kansas City est terrible car leurs rêves de gloire sont tournés en dérision par leurs proches. Vivotant tant bien que mal au Sunset Club, Joe Turner et Pete Johnson se contentent de quelques gigs çà et là. 1938 est une année charnière pour Joe et pour Kansas City.
Tom Pendergast, leader du parti démocrate à Kansas City depuis 1910, maire "off" de la ville , complètement corrompu, à la tête d'un réseau rassemblant magistrats, flics, businessmen, bref, tout le gratin, tombe pour corruption et fraude fiscale.
En mai 1938, Joe et Pete sont invités, par l'entremise de John Hammond, à participer au Benny Goodman's Camel Show, émission de radio qui cartonne. Plus tard dans l'année, Hammond les invite aux concerts "Spirituals to swing" des 23 et 24 décembre 1938 au Carnegie Hall de New York. Hammond voulait populariser la musique noire et présenta à cette occasion un large spectre -blues, boogie, rythm'n'blues, jazz- incarné par le Count Basie Orchestra, Albert Ammons, Meade Lux Lewis, le Golden Gate Quartet et Rosetta Tharpe, Ida Cox et Helen Humes.
Robert Johnson aurait dû être de la partie mais sa mort violente plus tôt dans l'année dans le Mississipi l'empêcha de participer à l'événement. Il fut remplacé par Big Bill Broonzy.
Ces concerts seront déterminants pour la carrière de Joe Turner; lui et Pete Johnson sont logés dans le même hôtel que Meade Lux Lewis et Albert Ammons, pianistes reconnus de boogie woogie (mais pas que!). Ils fraternisent et créeront les Boogie Woogie Boys. Turner se voit proposer un contrat et enregistre son morceau fétiche "Roll'em Pete" couplé avec "Going away blues" le 30 décembre 1938.
Le feu d'artifice continue dès le début de l'année 1939. Un vendeur de chaussures du New Jersey (Barney Josephson) investit quelques milliers de dollars, associé à Benny Goodman et Willard Alexander, et ouvre le Café Society à New York, dans Greenwich Village. Le Boogie Woogie Trio avec Joe Turner fait l'ouverture du Café Society le 4 janvier en compagnie de l'orchestre de Francis Newton et de Billie Holiday ("Joe Turner just killed them" dit-elle dans "Lady sings the blues").
Joe Turner jouera jusqu'en 1941 de manière régulière au Café Society. Lui qui gagnait (officiellement) 3$ par soirée au Sunset Club de Kansas City voit son salaire grimper de 40$ la semaine à 250$. Durant cette période, il enregistre, lors de nombreuses sessions, des morceaux tels que "Cherry Red", "Café Society rag", "How long how long blues" avec l'orchestre de Benny Carter comprenant Coleman Hawkins au ténor sax, "Joe Turner blues", "écrit" par W.C. Handy (et déjà enregistré au milieu des années 30 par Milton Brown).
Pete Johnson et Joe Turner passent quelques mois à New York à partir de l'été 36, Hammond leur ayant trouvé un contrat au Famous Door ainsi qu'un concert à l'Apollo Theatre. Mais le retour à Kansas City est terrible car leurs rêves de gloire sont tournés en dérision par leurs proches. Vivotant tant bien que mal au Sunset Club, Joe Turner et Pete Johnson se contentent de quelques gigs çà et là. 1938 est une année charnière pour Joe et pour Kansas City.
Tom Pendergast, leader du parti démocrate à Kansas City depuis 1910, maire "off" de la ville , complètement corrompu, à la tête d'un réseau rassemblant magistrats, flics, businessmen, bref, tout le gratin, tombe pour corruption et fraude fiscale.
En mai 1938, Joe et Pete sont invités, par l'entremise de John Hammond, à participer au Benny Goodman's Camel Show, émission de radio qui cartonne. Plus tard dans l'année, Hammond les invite aux concerts "Spirituals to swing" des 23 et 24 décembre 1938 au Carnegie Hall de New York. Hammond voulait populariser la musique noire et présenta à cette occasion un large spectre -blues, boogie, rythm'n'blues, jazz- incarné par le Count Basie Orchestra, Albert Ammons, Meade Lux Lewis, le Golden Gate Quartet et Rosetta Tharpe, Ida Cox et Helen Humes.
Robert Johnson aurait dû être de la partie mais sa mort violente plus tôt dans l'année dans le Mississipi l'empêcha de participer à l'événement. Il fut remplacé par Big Bill Broonzy.
Ces concerts seront déterminants pour la carrière de Joe Turner; lui et Pete Johnson sont logés dans le même hôtel que Meade Lux Lewis et Albert Ammons, pianistes reconnus de boogie woogie (mais pas que!). Ils fraternisent et créeront les Boogie Woogie Boys. Turner se voit proposer un contrat et enregistre son morceau fétiche "Roll'em Pete" couplé avec "Going away blues" le 30 décembre 1938.
Le feu d'artifice continue dès le début de l'année 1939. Un vendeur de chaussures du New Jersey (Barney Josephson) investit quelques milliers de dollars, associé à Benny Goodman et Willard Alexander, et ouvre le Café Society à New York, dans Greenwich Village. Le Boogie Woogie Trio avec Joe Turner fait l'ouverture du Café Society le 4 janvier en compagnie de l'orchestre de Francis Newton et de Billie Holiday ("Joe Turner just killed them" dit-elle dans "Lady sings the blues").
Joe Turner jouera jusqu'en 1941 de manière régulière au Café Society. Lui qui gagnait (officiellement) 3$ par soirée au Sunset Club de Kansas City voit son salaire grimper de 40$ la semaine à 250$. Durant cette période, il enregistre, lors de nombreuses sessions, des morceaux tels que "Cherry Red", "Café Society rag", "How long how long blues" avec l'orchestre de Benny Carter comprenant Coleman Hawkins au ténor sax, "Joe Turner blues", "écrit" par W.C. Handy (et déjà enregistré au milieu des années 30 par Milton Brown).
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biographie
dimanche 27 septembre 2009
Big Joe Turner (première partie)
Dans la liste des musiciens injustement délaissés par les critiques, oubliés des tablettes, voire, méprisés par l'intelligentsia musicale inrockuptible, le gros Joseph Vernon Turner a certainement une place de choix. Si son heure de gloire fut occultée au profit d'un ex-disc jockey blanc passé à la country yodelisante puis aux prémisses de ce qui a été appelé rock n' roll (Bill Haley l'opportuniste) , sa carrière mérite un hommage autrement plus sérieux que quelques parenthèses ou annotations servies pour faire mousser un texte et son auteur.
Kansas City, Missouri
Joseph Vernon Turner naît le 18 mai 1911 dans une famille sans aucune tradition musicale, contrairement à la majorité des musiciens jazz, blues ou country, qui commencèrent très jeunes, aidés ou poussés par un ou des parents qui pratiquaient déjà un instrument.
Heureusement, son beau-frère, Charlie Fisher, est pianiste et joue dans des bars locaux. A l'époque, Kansas City est, pendant les années de Prohibition, presque l'égale de Chicago dans le Midwest en ce qui concerne l'alcool, les femmes et le jeu. Mais ce sont surtout les grands noms qui y passèrent, s'y installèrent, durant cette période, qui firent de Kansas City une place forte de la musique, un terreau pour les évolutions du jazz et des artistes.
Et si c'est Charlie Fischer, qui essayant ses nouvelles chansons sur le piano des Turner, a allumé l'étincelle dans les yeux et les oreilles de Joe, ce sont le hasard et la nécessité qui l'ont poussé à monter sur scène. Le père de Joe meurt lorsqu'il a 15 ans: il est alors obligé de travailler et va de petits boulots en petits boulots (cireur de chaussures, vendeur de journaux, cuistot d'hôtel, comme son défunt père). Sa passion pour la musique lui vient également des disques qu'il écoutait à la maison, en particulier Bessie Smith, Clarence Rand et celle qu'il vénérait entre tous: Ethel Waters.
A l'âge de seize, dix-sept ans, il se met à fréquenter le Backbiter's Club pour écouter Pete Johnson, pianiste de boogie woogie. Lui qui n'avait alors chanté que dans la rue avec des potes armés d'instruments rudimentaires (vieux banjo rafistolé, cruche (jug), tuyaux de gaz semi bouchés) franchit le pas de porte du Backbiter's Club, aidé par son beau-frère qui y était également videur et par une moustache dessinée sur son visage avec l'eye-liner de sa mère pour paraitre plus vieux (l'âge légal pour entrer en boite est fixé à 20 ans) et après s'être plusieurs fois fait rembarrer par les musiciens, il réussit à monter sur scène pour chanter quelques blues qu'il avait expérimenté dans la rue.
La mayonnaise prend et il se voit offrir, à 18 ans, un contrat pour chanter tous les week ends.
De 1929 à 1933 (fin de la Prohibition), Turner et Johnson vont tourner à Kansas City au Black & Tan, où Turner officiera également comme barman et bootlegger. Puis ce sera au Cherry Blossom et au Sunset Club. Le Sunset Club était l'endroit où jouait également l'orchestre de Count Basie, ainsi que Coleman Hawkins, Ben Webster, Lester Young, pour des jams qui duraient toute la nuit, pavant la voie pour d'autres évolutions du jazz qui ne nous regardent pas (pour l'instant!). Turner et Johnson, ainsi que le batteur Murl Johnson, tournèrent dans le Midwest après la fin de la Prohibition, passant par St Louis, Omaha et même Chicago. C'est en 1936 que John Hammond qui voulait embaucher Count Basie propose à Joe Turner de monter à New York.
Kansas City, Missouri
Joseph Vernon Turner naît le 18 mai 1911 dans une famille sans aucune tradition musicale, contrairement à la majorité des musiciens jazz, blues ou country, qui commencèrent très jeunes, aidés ou poussés par un ou des parents qui pratiquaient déjà un instrument.
Heureusement, son beau-frère, Charlie Fisher, est pianiste et joue dans des bars locaux. A l'époque, Kansas City est, pendant les années de Prohibition, presque l'égale de Chicago dans le Midwest en ce qui concerne l'alcool, les femmes et le jeu. Mais ce sont surtout les grands noms qui y passèrent, s'y installèrent, durant cette période, qui firent de Kansas City une place forte de la musique, un terreau pour les évolutions du jazz et des artistes.
Et si c'est Charlie Fischer, qui essayant ses nouvelles chansons sur le piano des Turner, a allumé l'étincelle dans les yeux et les oreilles de Joe, ce sont le hasard et la nécessité qui l'ont poussé à monter sur scène. Le père de Joe meurt lorsqu'il a 15 ans: il est alors obligé de travailler et va de petits boulots en petits boulots (cireur de chaussures, vendeur de journaux, cuistot d'hôtel, comme son défunt père). Sa passion pour la musique lui vient également des disques qu'il écoutait à la maison, en particulier Bessie Smith, Clarence Rand et celle qu'il vénérait entre tous: Ethel Waters.
A l'âge de seize, dix-sept ans, il se met à fréquenter le Backbiter's Club pour écouter Pete Johnson, pianiste de boogie woogie. Lui qui n'avait alors chanté que dans la rue avec des potes armés d'instruments rudimentaires (vieux banjo rafistolé, cruche (jug), tuyaux de gaz semi bouchés) franchit le pas de porte du Backbiter's Club, aidé par son beau-frère qui y était également videur et par une moustache dessinée sur son visage avec l'eye-liner de sa mère pour paraitre plus vieux (l'âge légal pour entrer en boite est fixé à 20 ans) et après s'être plusieurs fois fait rembarrer par les musiciens, il réussit à monter sur scène pour chanter quelques blues qu'il avait expérimenté dans la rue.
La mayonnaise prend et il se voit offrir, à 18 ans, un contrat pour chanter tous les week ends.
De 1929 à 1933 (fin de la Prohibition), Turner et Johnson vont tourner à Kansas City au Black & Tan, où Turner officiera également comme barman et bootlegger. Puis ce sera au Cherry Blossom et au Sunset Club. Le Sunset Club était l'endroit où jouait également l'orchestre de Count Basie, ainsi que Coleman Hawkins, Ben Webster, Lester Young, pour des jams qui duraient toute la nuit, pavant la voie pour d'autres évolutions du jazz qui ne nous regardent pas (pour l'instant!). Turner et Johnson, ainsi que le batteur Murl Johnson, tournèrent dans le Midwest après la fin de la Prohibition, passant par St Louis, Omaha et même Chicago. C'est en 1936 que John Hammond qui voulait embaucher Count Basie propose à Joe Turner de monter à New York.
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