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dimanche 3 mai 2009

Jett Williams

Dans la catégorie "usurpatrice", voilà quelqu'un qui se pose là.
Née le 6 janvier 1953 de l'union hors mariage de Bobbie Jett avec Hank Williams (il avait signé une reconnaissance en paternité quatre jours avant son mariage avec Billie Jean le 19 octobre 1952) elle est adoptée sous le faux nom de Cathy Stone par la mère de Hank mais celle-ci meurt deux ans plus tard.
D'abord confiée à l'Etat d'Alambama, Jett est adoptée en 1956 par un couple habitant Mobile.

En 1980 elle apprend qui est son vrai père et entame une procédure judiciaire pour récupérer une partie de l'héritage, aidée par un avocat avec qui elle finira par se marier une fois l'argent récupéré.
Jett Williams exploite alors son nom en se produisant sur scène, elle est toujours en activité, d'ailleurs.

dimanche 5 avril 2009

Hank Williams (6ème partie)

Men with broken heart (Williams, 51)

L'année 1951 va ressembler à la précédente avec ses sessions d'enregistrements, ses tournées, ses passages radio et ses apparitions au Grand Ole Opry.
Mais comme on ne change pas comme ça du jour au lendemain, les mêmes travers, même minorés, verront Fred Rose perdre patience après son éviction de l'Opry en août 1952 (devinez pourquoi), le départ des membres de son groupe qui iront travailler avec Ray Price et son deuxième divorce (celui-là pour de bon) d'avec Audrey en mai 1952.
Ces deux années verront sortir des morceaux tels que "I can't help it", "Hey good lookin" (dont la version de Johnny Cash est une vraie merde) ou encore "Crazy Heart" et le "Half as much" de Curley Williams dont la version ultérieure de Rosemary Clooney (la tata de George) montera à la 2ème place des charts pop.
Hank se remarie le 16 octobre 1952 avec Billy Jean Jones.
Dans la soirée, ou la nuit (le mystère reste entier) du passage de 52 à 53, Hank Williams est retrouvé mort à l'arrière de la Cadillac conduite par un jeune fan de 18 ans, Charles Carr, qui l'emmenait à Canton, Ohio, pour un show. Une bouteille de whisky traine sur le siège arrière à côté de lui.
La cause exacte de sa mort, crise cardiaque, étouffement (vomissures) ou overdose ne sera jamais connue.

A 29 ans, Hank Williams, qui a tout le temps été de santé fragile, meurt de ses excès d'alcool, de drogues (un "médecin" lui fournit des produits pour soigner son dos mais en profite pour le rendre dépendant). Pourtant, cette vie dans l'air du temps d'alors (au sortir de la guerre, le taux d'alcoolisme et de suicides est le plus élevé enregistré aux Etats Unis) et surtout sa production feront de lui une vraie superstar, à l'exemple de son mariage avec Billie Jean recommencé le lendemain pour les nombreux fans qui n'avaient pu assiter au premier.
Pas mal du tout pour un type qui ne savait ni lire ni écrire la musique.

Sources:
A. Komororowski: Livret coffret Proper Records
G. Herzhaft et Jacques Bremond: Guide de la country music et du folk.

Biographies conseillées par ces auteurs:
"Your cheatin heart" de Chet Flippo
"Hank Williams: the biography" de Colin Escott

dimanche 29 mars 2009

Hank Williams (5ème partie)

Lovesick blues (Mills Friend 1922)

Sorti le 11 février 1949 avec "Never again", une chanson enregistrée alors sur le label Sterling, "Lovesick blues" atteint la première place des charts le 7 mai et y reste 16 semaines, puis se maintient encore dans le classement pendant 42 semaines.
Randall Hank, fils de Hank Williams, naît le 26 mai, mettant fin à la procédure de divorce intentée par Audrey. "Never Again" atteint la 6ème place du Billboard, "Wedding Bells" couplé avec "I've just told Mama goodbye" grimpe à la 2ème place et "Mansion on the hill" la 12ème. Cerise sur le gâteau, les vieux intégristes de l'Ole Opry acceptent enfin de laisser Hank se produire sur leurs planches, succès de "Lovesick blues" oblige.
Le 11 juin, Williams chante son tube "Lovesick blues" puis règle ses comptes avec les badernes qui ne voulaient pas de lui quelques années plus tôt en leur assénant "Mind your own business" la même soirée. Pour l'occasion, et quelques émissions suivantes, il est accompagné par le groupe maison, mais va réunir à nouveau ses Drifting Cowboys pour jouer à la mi-juillet à l'Opry.
En août, nouvelle séance d'enregistrement à Cincinnati pour quatre morceaux: "I'm so lonesome I could cry" couplé avec "My bucket's got a hole in it" et "I just don't like this kind of living" avec "A house without love". C'est dans le morceau "My bucket..." écrit par Clarence Williams en 1923 (aucun lien de parenté) et tube pour T. Texas Tyler deux ans plus tôt que Hank délivre le seul solo de guitare enregistré de toute sa carrière. Jusqu'à la fin de l'année, Hank tournera au Canada et en Europe pour les G.I's des bases américaines.

L'année 1950 est celle des enregistrements à Nashville au Castle Rock Studio avec de titres aussi joyeux que "Long gone lonesome blues", "Too many parties and too many pals", "The Funeral", "My son calls another man daddy" ou "Cold cold heart", écrit après l'admission à l'hôpital d'Audrey suite à un avortement à la maison qui s'est mal passé.

dimanche 22 mars 2009

Hank Williams (4ème partie)

"I saw the light" (Williams, 1947)

Williams entre en studio pour enregistrer "Move it on over" avec les Drifting Cowboys dont c'est la première séance en studio mais Rose se rend compte des limites du groupe et fait réenregistrer Hank avec des musiciens confirmés. Le titre montera à la quatrième place du Billboard et Hank gagne pour la première fois quelques milliers de dollars.
D'autres sessions vont suivre jusqu'à ce que le premier désaccord entre Hank et Fred Rose s'amorce car Hank veut qu'Audrey, qui partageait la scène avec Hank et les Drifting Cowboys (au grand désespoir de ceux-ci) enregistre en duo avec lui.
Malgré ce petit accroc, Rose ne fit aucune faveur à Audrey, Hank sortit "Rootie Tootie" , "I'm a long gone daddy" (6ème place dans les charts), "Honky Tonkin" (14ème place) en 1948.
Côté privé, c'est la catastrophe: Audrey demande le divorce en avril 48.

Fred Rose, qui avait aussi taquiné la bouteille avant de devenir "Christian Scientist", demande à Williams de se calmer avec l'alcool, les coups de téléphone en pleine nuit complètement bourré et les demandes continuelles d'avance d'argent. Les choses s'arrangent quand Rose parvient à faire jouer Hank dans l'émission de radio "Louisiana Hayride" tout en le faisant quitter son point d'attache, Montgomery, pour s'installer à Shreveport, Louisiane, où il se remet en ménage avec Audrey, celle-ci découvrant qu'elle est enceinte.
Hank va se produire plusieurs fois dans cette émission qui a débuté en avril et qui veut concurrencer la référence en la matière: le Grand Ole Opry. Un petit garçon de 13 ans écoutait religieusement cette émission tous les samedis soirs et ajouta à sa liste de plus grands chanteurs de tous les temps Hank Williams (les autres étaient Al Jolson et Jimmie Rodgers). Quelques fois, Hank se faisait virer du programme par le responsable du show car trop bourré, mais revenait toujours, au plus grand bonheur du petit Jerry Lee Lewis, 13 ans.

Rétrospectivement, cette période en Louisiane sera, avec son année chez ses cousins, la meilleure de sa vie.

Retour en studio fin 48 pour mettre en boite plusieurs duos Hank-Audrey: "Lost on the River" et "I heard mother praying for me" ansi que " There'll be no teardrops tonight" et "Lovesick blues", une chanson que Rose détestait et que Hank avait soi-disant achetée à Rex Griffin, autre artiste tombé dans l'oubli à cause de l'alcool. Il s'avèrera que Griffin s'était injustement accordé les crédits de cette chanson écrite en 1922 par Irving Mills et Cliff Friend et enregistrée en 1925 par Emmett Miller.

dimanche 15 mars 2009

Hank Williams (3ème partie)

Move it on Over (Williams, 1947)

L'opportunisme était de mise à cette époque et chacun essayait, honnêtement (et il faut le dire vite) ou pas, de s'approprier les chansons ou les mélodies qu'il avait entendues en concert ou à la radio. De plus, l'ignorance, l'illettrisme de certains leur a joué des tours au bénéfice de ceux qui n'hésitaient pas à signer des morceaux qui ne leur appartenaient pas ou à acheter les droits pour une somme dérisoire.
Hank vendra les droits d'une chanson à Pee-Wee King pour une paire de bouteilles de whisky.
La chanteuse Molly O'Day avait vu Hank sur scène jouer le morceau "Tramp on the street" et l'avait incorporé à son répertoire. Et l'éditeur Fred Rose, la moitié de Acuff-Rose, un duo qu'on peut trouver sur une immense majorité de morceaux de l'époque, contacta Hank qui lui envoya quelques démos qu'il avait enregistrées, histoire d'avoir quelque chose à faire écouter aux patrons de honky tonk susceptibles de l'engager. Parmi ces chansons on trouve "Calling you", "Pan American" et "Wealth won't save your soul". Molly O'Day enregistrera quatre chansons de Hank durant 1946-47.
L'autre fait déterminant est la signature de Hank sur le label de Al Middleman, Sterling Records, contrat d'enregistrement avec un petit salaire et pas de royalties. Hank est à Nashville, lui qui avait tenté déjà une fois par le passé de jouer au Grand Ole Opry. Le premier enregistrement a lieu en décembre 1946, sans les Drifting Cowboys, parce-que c'était trop cher de les faire venir à Nashville. Quatre morceaux seront mis en boite pendant cette session dont "Calling you" et "Never again" sortis sur galette en janvier 1947.
Les deux autres morceaux sortent un mois plus tard alors qu'une deuxième session d'enregistrement en février 47 permet à Hank de sortir "Pan American" et "Hey Good Lookin". Malgré des critiques favorables et des ventes honorables, Hank, qui a touché 500$ pour solde de tout compte, retrouve les Drifting Cowboys pour d'autres gigs dans des salles miteuses.
Mais Fred Rose sent qu'il y a quelque chose et va démarcher les maisons de disques à New York. Malgré ses bons rapports avec les patrons des labels Decca (label des Rolling Stones dans les années 60), Columbia (qui deviendra CBS) ou RCA (qui après son association avec Victor rachètera le contrat d'Elvis à Sam Phillips), Fred Rose rentre bredouille car la réputation de Hank est remontée jusqu'à New York. Mais Rose a de nombreux contacts et fait signer Williams sur le tout nouveau label MGM Records le 1er avril 1947.
"Honky Tonkin", dernier titre sorti sur Sterling, sera la meilleure vente du label.

dimanche 1 mars 2009

Hank Williams (2ème partie)

Honky Tonkin' (Williams, 1947)

Hank Williams avait commencé par jouer quelques gigs avec Braxton Sheffert et Smith "Hezzy" Adair sous le nom de "Hezzy and Hank" qui va vite se transformer en "Hank and Hezzy".
Quand les engagements commenceront à être sérieux et plus fréquents, le groupe tournera sous le nom de "Hank and Hezzy's Driftin Cowboys". C'est à cette époque que Hank prend une direction musicale inspirée par Roy Acuff.

Les tournées dans les "honky tonk" se passent avec leur lot de faits divers, ces endroits étant propices aux bagarres. Hank y cassera quelques guitares, échappera même de peu à une accusation de meurtre suite à une baston qui laissera son adversaire à demi mort.
En ce temps-là, il n'y avait pas beaucoup d'opportunités pour un musicien qui voulait gagner sa vie avec sa musique: les concerts, les passages radio (les morceaux sont joués en direct par tout le groupe dans le studio) et les ventes de disques et de partitions (pour ceux dont la carrière était déjà lancée).
Le père Williams sort de l'hôpital, mais divorce en 1942 de Lilliebelle; ils se remarieront presque aussitôt, chacun de son côté.
Hank échappe à la conscription, se faisant réformer alors que la guerre éclate. Mais l'alcool lui joue déjà des tours. Colérique, irritable et agressif quand il est fin saoul, il a quand même le mérite de garder plus ou moins son groupe ensemble mais Hank et les Driftin Cowboys se verront maintes fois déchargés de leurs engagements à cause de l'alcoolisme de Hank. Le découragement prend le dessus et Hank Williams est prêt à tout laisser tomber, se mettant au travail pour gagner sa vie.

Et c'est sa mère Lilliebelle qui le remettra sur les rails, elle qui aux débuts des Driftin Cowboys s'était transformée en manager pour le groupe. Elle propose à Hank une tournée d'une soixantaine de dates, alors que Hank est au 36ème dessous, pour l'été 1943.
C'est pendant cette tournée que Hank rencontre Audrey Mac Sheppard, mariée à 17 ans et déjà mère d'une petite fille. Audrey n'est plus avec son mari quand elle rencontre Hank mais ils ne se marieront qu'en décembre 1944. Hank laisse Audrey chanter avec lui malgré les réticences du reste du groupe, et pour cause: il suffit d'écouter les morceaux chantés en duo, co-écrits par Audrey et Hank, pour se rendre compte qu'elle n'avait aucun talent pour le chant, sans compter son timbre de voix assez horripilant. Mais Audrey a d'autres qualités qui seront très utiles à la carrière de son mari dont une, l'ambition, sera certainement une des clefs du succès futur de Hank. Lui se voyait bien continuer son chemin pavé de concerts dans les honky tonk (voir l'explication de ce mot dans la biographie d'Al Dexter), de cuites, d'enregistrements radio.
Mais l'alcool aidant, il rate des concerts, se taillant une réputation peu flatteuse auprès des tourneurs, des organisateurs de spectacles et des patrons de radios de la région de Montgomery, Alabama.

La suite dimanche 15 mars

dimanche 22 février 2009

Hank Williams (1ère partie)

Quand, au fil des lectures concernant la country, un nom revient avec force, le profane se demandera certainement quels sont ces petits (ou grands) plus qui font de cet homme une personnalité, un artiste à part, hors normes.

Il m'a fallu pas mal d'années, des détours musicaux assez improbables et enfin une approche raisonnée pour appréhender celui que tous ou presque désignent comme étant l'archétype de la country-music, l'homme qui a amalgamé les nombreuses influences américaines, celui qui a montré avec quelques autres le chemin qui mène au rock'n'roll, la première superstar country.
Paradoxalement, et malgré les apparences, Hank Williams n'avait rien d'un cow-boy ni même du redneck moyen, si ce n'est son costume de scène.
Sa carrière brève, météoritique (1946-1952) dura à peine plus longtemps que celle de Jimmie Rodgers (1926-1933). Son enterrement en grandes pompes rassemblera 25000 personnes ainsi que de nombreux artistes tels que Ernest Tubb, Roy Acuff, Webb Pierce, Red Foley et bien d'autres.
Il y a certainement de nombreuses raisons pour expliquer ce qui a pu faire que la mayonnaise prenne à ce point: la principale (et là, ça n'engage que moi) étant les sujets et thèmes évoqués dans ses chansons, une écriture toute personnelle. La presque totalité des chansons qu'il a écrites (environ 125) racontent sa vie, ses déboires, ses joies et ses peines, ses rapports aux femmes et à la religion. Bref, essentiellement ce que De La Soul titrera bien plus tard "Me, Myself and I".

"When God Comes and Gathers His Jewel" (Williams, 1946)

Hank Williams naît le 7 septembre 1923 à Mount Olive, Alabama.
Ses parents, Elonzo Huble Williams et Lilliebelle Skipper qui ont déjà une petite fille née l'année précédente (après un premier bébé mort peu de temps après sa naissance), sont originaires d'Alabama. Son prénom, Hiram (le roi de Tyr), sera transformé en Hiriam lors de l'inscription sur les registres de naissance. Le père travaille comme charpentier, la famille déménageant au gré des chantiers et des emplois que Williams père peut trouver.
Le jeune Hiram est un enfant frêle, décharné et solitaire.
A l'âge de 7 ans, il accompagne sa mère à l'église tous les dimanche, elle joue de l'orgue alors qu'il reprend les chants et les cantiques assis à côté d'elle.
Les "blessures de guerre" de papa Williams le font arrêter de travailler dur, puis de travailler tout court. (En fait de blessure, une bouteille fracassée sur le crâne pendant son incorporation dans l'armée à cause d'une "demoiselle", la scène ayant eu lieu en France).
Lilliebelle le fait interner dans un hôpital pour vétérans de la guerre où il restera plus de 10 ans.
En 1933, Hiram est obligé de partir habiter chez ses cousins, les McNeil. En effet, sa cousine Opal suit des études et doit aller à la ville; elle restera avec Lilliebelle jusqu'à la fin de sa scolarité. Une année passera, semble-t-il une des meilleures dans la vie du jeune garçon qui se voit initié aux "joies" de la pêche et de la chasse aux opossums et autres ratons laveurs. Il a onze ans et commence à boire de l'alcool avec son cousin. C'est également pendant cette année que Hiram découvre la country-music. Et peu après son retour à la maison familiale, il commence à prendre des cours de violon.
Ayant appris quelques accords de guitare pendant son séjour chez ses cousins, il va se perfectionner auprès d'un musicien noir itinérant appelé Rufus "Teet-Tot" Payne.
Le duo bizarre, souvent fourré ensemble pour jouer et pour boire se fera surnommer "The Greenville Troubadours".
"Teet-Tot", de près de quarante ans son aîné, apprendra à Hiram le sens du rythme, l'importance de l'attitude sur scène et la manière de captiver et d'entretenir l'attention du public. Il ne pourra malheureusement pas constater de visu les résultats de son enseignement car il décède en 1939.
Hiram quite l'école à l'âge de 16 ans, déjà persuadé qu'il deviendra country singer. Il adopte alors le diminutif "Hank", peut-être à cause de Hank Penny, mais surtout parce-que cela sonne mieux.
La famille est alors installée à Montgomery et Hank commence à fréquenter les concours et autres radio-crochets pour se faire la main. Sa mère, constatant que Hank est très sérieux quant à son désir de devenir country singer, lui offre une Gibson Sunburst pour Noël 1937. Lors d'un concours de nouveaux talents, il va composer un morceau intitulé "WPA blues". (Le Work Project Administration est dans la continuité de l'engagement de F.D.Roosevelt et de son New Deal) Il gagne les 15$ du concours et va tout dépenser en faisant la fête avec ses potes.

à suivre dimanche prochain, 1er mars