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mardi 6 janvier 2009

UKULELE

Le mot "Ukulele" signifie "puce sauteuse" en hawaiien.
L'instrument du même nom vient également de Hawaii mais son origine est sujette à plusieurs histoires.
La plus connue rend le portugais Joao Fernandes responsable de son apparition. Il arrive à Honolulu en août 1879 à bord du "Ravenscrag" en compagnie de 400 autres immigrants portugais, après un voyage de 4 mois en provenance de Madère, pour récolter la canne à sucre. Dès son arrivée, pour fêter leur voyage sans encombre, il joue des airs populaires sur un instrument appelé "braguinha". Les autochtones, impressionnés par sa dextérité, rebaptisent l'instrument "ukulele".
C'est également un autre joueur de "braguinha" que l'histoire retient pour origine de l'ukulele: l'officier de l'armée britannique Edward Purvis, alors détaché à la cour du roi Kalakava.
D'autres font remonter son origine à un instrument hawaiien à trois cordes appelé "ukeke lele" dont l'appellation aurait dérivé en "ukulele" au fil des années.
C'est néanmoins Joao Fernandes qui, invité à la cour du roi David Kalakava, animait les fêtes et les réceptions, convertit le roi qui en apprit les rudiments auprès d'un autre portugais arrivé sur le même bateau que Fernandes, Augusto Dias. Les autres membres de la famille royale se mirent également à pratiquer l'instrument.
Augusto Dias se verra autorisé à apposer le sceau royal sur les instruments qu'il fabriquait dans sa boutique. Il ne fut pas le seul à fabriquer des instruments car on vit d'autres immigrants lui emboiter le pas et ouvrir des petits ateliers de fabrication d'ukulele.

L'instrument sera découvert par les continentaux américains à l'occasion de l'exposition internationale Panama-Pacific de 1915 où se produisit George E.K. Awai and his Royal Hawaiian Quartet avec Jonah Kumalac à l'ukulele. Le groupe fit également découvrir la lap steel guitar. Les fabricants américains Regal, Harmony et Martin ajoutèrent l'ukulele à leur catalogue d'instruments.
La guitare fut amenée à Hawaii dans les années 1830 par les "vaqueros" mexicains également enrôlés pour travailler dans les champs. Les musiciens locaux adaptèrent et développèrent leur propre style de jeu en posant la guitare sur leurs cuisses et en distordant les cordes.
C'est Frank Ferera, descendant portugais, né à Honolulu en 1885 qui introduit la steel guitar aux USA. Egalement nommé Palakiko Ferreira, il arrive aux States au début du XXème siècle et se produit dans des spectacles de vaudeville. Ses premiers enregistrements, pour Edison, sont crédités du nom Palakiko's Hawaiian Orchestra.

Après ces pionniers, d'autres viendront, tel Benjamin Keakahiawa Nawahi, multi-instrumentiste baptisé "The King of the Ukulele", qui enregistrera, après être passé par le vaudeville, avec les Hawaiian Beach Combers ou avec son propre groupe King Nawahi's Hawaiians. Son groupe suivant, après le déclin du vaudeville, verra débuter un chanteur appelé Len Slye, qui par la suite deviendra Roy Rogers. Sol Hoopi, partenaire occasionnel de Nawahi, émigrera aux States en 1919, formant plusieurs groupes pendant la décennie suivante, leur line-up incluant souvent Dick et Lani Mc Intire. Lani Mc Intire jouait de la trompette étant jeune et s'engage dans la Navy. Il apprend la guitare puis trouve des engagements avec Sol Hoopi et son Waikiki Hawaiian Trio. Il enregistre de nombreux disques dans les années 20 avec son propre groupe, participe à des enregistrements de Jimmie Rodgers en 1930. Lani Mc Intire joue aux côtés de Bing Crosby pour les morceaux "Sweet Leilani" et "Blue Hawaii" qui figurent dans le film "Waikiki Wedding", gagnant un Oscar tout en vendant plusieurs millions de disques.
"Blue Hawaii" sera repris un quart de siècle plus tard par un certain Elvis Presley dans le film du même nom.

La popularité outre- atlantique de l'ukulele fut due en majeure partie à des artistes de vaudeville tels que Cliff "Ukulele Ike" Edwards, Roy Smeck, Johnny "Ukulele Ace" Marvin ou George Hoy Booth, un anglais né dans le Lancashire, plus connu sous le nom de George Formby.
Cliff Edwards atteint la postérité non pas grâce à sa maîtrise de l'ukulele mais grâce à son interprétation de Jiminy Cricket dans le film animé Pinocchio de Walt Disney. On le verra un peut plus tard dans un rôle secondaire du film "Gone with the wind" (Autant en emporte le vent).
Louis Armstrong enregistra plusieurs morceaux "hawaiiens", à l'instar d'autres jazzmen dans les années 20-30.

Source: Adam Komorovski : Notes de pochette du coffret 4 cd "With my little ukulele in my hand" - Proper Records (traduit et adapté par Dusport)

samedi 27 décembre 2008

A la Campagne

Le mot campagne se traduit par "country" en anglais.
Sous ce terme générique "country" se cachent plusieurs styles de musique (blues, swing, polka, valse...), le point commun étant les instruments de musique utilisés (le violon étant très souvent l'instrument principal) et dont l'origine plus ou moins commune était des chansons traditionnelles, parfois vieilles de plusieurs siècles, amenées par les immigrants venus de différents pays européens, avec bien sûr, une majorité de ballades venues d'Ecosse et d'Irlande.
Ce matériau sera repris, transformé, consciemment ou inconsciemment, par les musiciens et les compositeurs qui le modifient et l'adaptent à leur nouvelle situation géographique.
Ajoutons à cela l'émergence, au début du 19ème siècle, des artistes ménestrels blackface qui reprenaient des chants, des musiques et les situations des esclaves noirs qui se changeaient les idées en se moquant des blancs (on a voulu voir, surtout par opposition avec les spectacles établis de théâtre et de vaudeville, ou faire croire à un racisme primaire très courant à l'époque: des blancs qui se griment en noir (nègre) pour se moquer des noirs).
Dès les prémices du spectacle blackface, des noirs sont également de la partie, jouant en se grimant le visage et les mains au bouchon de liège brûlé pour accentuer leur noirceur, mais aussi pour jouer de ce paradoxe: Louis Armstrong est l'exemple le plus connu car il commença sa carrière en blackface.
Le mélange de tout cela donnera les musiciens du début du 20ème siècle, partagés entre l'influence des spectacles blackface et vaudeville.
Dans la deuxième décennie de ce siècle, le jazz commence à faire son trou, aidé en cela (mais pas seulement) par la technologie naissante de reproduction de musique (cylindres Edison puis galettes acétate puis vinyl). Mais si le jazz est plus présent dans les grandes métropoles, le déclin des spectacles blackface-vaudeville (dû à l'émergence du cinéma, muet ou parlant, et à d'autres facteurs plus généraux) amènera des producteurs avisés à enregistrer et à éditer une pléiade de musiciens qui essayaient de faire leur trou en jouant n'importe où, n'importe quand, souvent en travaillant à côté.
Quelques artistes vont donner le coup d'envoi à cette musique qui avant de s'appeler "country" (le terme, bien que déjà souvent utilisé, apparait dans les classements de ventes de disques du Billboard à la fin des années 40) était plus connue sous le nom de western swing, dénomination due à l'origine de la majorité des musiciens ainsi qu'aux thèmes abordés dans les chansons.
Un nom apparait souvent, source d'inspiration et de vocation pour l'immense majorité des musiciens appelés à devenir les rois du western swing, c'est celui de Jimmie Rodgers (1897-1933). Surnommé le grand-père de la country, Jimmie Rodgers, après une carrière professionnelle dans les chemins de fer et comme artiste de cirque, va enregistrer pendant six ans, de 1927 à 1933 (il enregistre ses derniers morceaux alors qu'il se sait condamné par la tuberculose, maladie fréquente mais non curable à l'époque). Il connaitra la fortune, la gloire et la renommée (surtout dans le milieu de la musique et du spectacle du sud des Etats Unis) et sera l'artiste catalyseur qui va inspirer beaucoup de musiciens, country ou autres.

Les biographies qui suivent (et qui suivront) sont indicatives et concernent des musiciens qui ont marqué l'histoire du western swing. La qualité musicale de leur production est variable, allant du passable au sublime, en passant par le médiocre.