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mercredi 13 octobre 2010

Cab Calloway (4)

fin de règne et survivance

En 1950 Broadway voit le revival de l'opéra de Gershwin "Porgy and Bess" démarrer avec Cab Calloway dans le rôle de Sportin Life aux côtés de Leontyne Price, spectacle qui restera trois ans et demi à l'affiche, incluant une année complète à Londres.
Les années 60 sont des années de "survivance" avec quelques tournées en compagnie des basketteurs des Harlem Globe Trotters. En 1967 un bail de trois ans dans le rôle de Horace Vandergelder, personnage de la comédie musicale "Hello Dolly" lui permettra de rester dans le monde du spectacle, cette comédie étant entièrement montée et jouée par des noirs.
Son talent et son sens de la scène, son art de captiver le public lui vaudront de nombreux fans de tous âges qui continuent à entretenir un noyau dur de fidèles, lui permettant de se produire dans les années 70-80 dans de petits cabarets pour interprêter entre autre "Minnie the Moocher".
Cab Calloway s'éteint le 18 Novembre 1994 à Hockessin, Delaware. Le président des Etats-Unis en exercice, Bill "Cigar" Clinton, grand fan de jazz, lui rend hommage en déclarant lors d'un discours officiel: "le Hi-De-Ho Man est mort".
Son influence sur le monde de la musique se vérifia de plusieurs façons, dont cette mode typiquement française née dans les années 30 et qui perdura jusque dans les années 50: les zazous. Cab Calloway enregistre "Zah Zuh Zah" à New-York en Novembre 1933. Moins de six mois après l'enregistrement, Calloway et son "formidable orchestre nègre", dixit les critiques journalistiques de l'époque, obtient un grand succès à la salle Pleyel à Paris. Les zazous emprunteront leur tenue vestimentaire à Cab Calloway: veste longue avec martingale, poches plaquées, pantalons très courts, resserrés aux chevilles (slim comme on dit de nos jours).
Cette mode doit aussi au jazzman Freddie Taylor ( le bien nommé!) qui passera plus de temps que Cab en France.
Les filles zazous portent une jupe courte et plissée, sac en bandoulière, semelles de chaussures en bois à talon haut sans oublier un maquillage souligné.
Leur musique préférée est bien entendu le swing, la nouvelle forme de jazz qui fait passer les amateurs de Dixieland-New-Orleans pour des vieux croulants réactionnaires et les onomatopées du scat pour le nec plus ultra de l'anticonformisme, scat pourtant pratiqué depuis plus d'une dizaine d'années quand Ukulele Ike, Cliff Edwards de son vrai nom, comédien et chanteur du Missouri, enregistre "Old Fashioned Love" en Décembre 1923, morceau qui contient le premier exemple sur disque de chant scat.
Néanmoins, en 1917, le chanteur de vaudeville Gene Greene chante déjà la moitié d'un refrain en proto-scat pseudo-chinois dans son enregistrement chez Victor de "From Here to Shanghaï" signé Irving Berlin, le compositeur futur du "Star Spangled Banner", hymne des Etats-unis d'Amérique.
Pour parfaire vos connaissances sur Cab Calloway, lecture conseillée de l'autobiographie "Of Minnie the Moocher and Me" écrit en collaboration avec Bryant Rollins, édité par Crowell en 1976 dont toutes les citations de ce texte sont extraites et traduites par votre serviteur.
Merci aux notes de pochettes de disques, à l'excellent ouvrage de Bill Milkowski "Swing It, an Annotated History of Jive" édité chez Billboard Books en 2001.
Un blog en français est très bien fait, fourmille d'illustrations, d'anecdotes et de petites vidéos:
www.thehidehoblog.com.
Merci à l'ouvrage de Gérard Régnier ( que je n'ai pas encore terminé à l'heure à laquelle j'écris ces lignes) "Jazz et Société sous l'Occupation" édité chez L'Harmattan en 2009 dans la collection "Musiques et Champ Social".
Coté discographie, Sony Legacy a sorti "Are You hep to the Jive" couvrant la période 39-47 alors que chez RCA c'est "Calloway and Company" qui couvre une période plus large allant de 1931 à 1949.

mercredi 6 octobre 2010

Cab Calloway (3)

Le cinéma et la fin de règne des big-bands

Calloway fit plusieurs apparitions au cinéma. Il chante "Minnie the Moocher" et "Hot Toddy" en 1932 dans "The Big Broadcast" puis, chose très risquée à l'époque, deux hymnes à la drogue en 1933 dans la comédie de W.C. Fields "International House": "Reefer Man" pour l'herbe qui fait rire et "Kicking the Gong Around" pour la poudre à priser qui fait dire des conneries à Van Damme.
On le voit également cartoonisé avec Betty Boop, chantant "The Old Man of the Mountain", St James Infirmary" et "You Gotta Hi-De-Ho".
En 1942 il est évidemment de la partie dans le film "Stormy Weather" qui assoit encore plus sa popularité hors du circuit un peu fermé des amateurs de clubs et de musique. Dans ce film, Hollywood table aussi sur les grandes vedettes noires américaines telles que le tap-dancer (danseur de claquettes) Bill Robinson, le grand Fats Waller (par la taille et par le talent) ainsi que la chanteuse Lena Horne pour faire venir un public plus large, plus "bigarré" dans ses salles de cinéma.
La donne change un peu dans les années 50 concernant les mélanges inter-raciaux, surtout dans les états traditionnellement plus ouverts historiquement parlant et des films blacks peuvent voir le jour dans des productions respectables mais néanmoins en-deçà des grosses productions hollywoodiennes. "St Louis Blues" d'Allen Reisner en 1958 porte à l'écran la vie de W.C. Handy, ancien ménestrel reconverti en pionnier du jazz (et passablement enrichi grâce aux droits d'auteurs sur de nombreux titres qu'il s'est approprié de façon plus ou moins honorable). Ce film fait cohabiter une pléiade de grands artistes, reconnus ou en devenir: Cab Calloway bien sûr, Nat King Cole et Ella Fitzgerald dans son propre rôle, Eartha Kitt et Billy Preston enfant, lui qui jouera plus tard, fin des années 60 et début des années 70, avec des membres des Beatles et avec les Rolling Stones entre autre, excusez du peu!
Calloway apparait en 1965 dans le film de Norman Jewison ( Peckinpah avait été viré du film pour avoir voulu y intégrer des scènes un peu trop osées du goût des producteurs) "The Cincinnati Kid" dans lequel un jeune Steve McQueen se voyait donner la réplique par les matures et déjà consacrés Karl Malden et Edward G. Robinson.
Début 80, James Belushi et Dan Aykroyd lui rendent hommage dans le film "Blues Brothers" de John Landis dans lequel Cab chante, comme de bien entendu,"Minnie the Moocher".

"L'ère des big-bands s'est achevée pour moi en 1947... Je suis passé du type qui se faisait 200 000$ en une année au gars qui avait du mal à trouver un engagement. Pas de boulot, plus d'entrées d'argent. Jesus, c'était démoralisant."

Les tournées pendant la guerre avec engagements ici et là, au Coconut Grove ou au Cafe Zanzibar à New-York dont les concerts sont retransmis à la radio dans tout le pays lui permettent de supporter les temps de guerre ainsi que l'interdiction d'enregistrer sans trop de dommages. Mais en1947, Cab Calloway réduit son orchestre à un septet appelé "The Cab Jivers" composé d'Ike Quebec au saxo ténor, Al Gibson à la clarinette, Jonah Jones à la trompette, Danny Barker à la guitare, Tyree Glenn au vibraphone et Milt Hinton à la basse.
Essayant de jouer sur la nostalgie et la réussite passée il enregistre "The Hi-De-Ho Man (That's Me) puis "The Calloway Boogie", un morceau plus raccord avec les tendances du moment, le jump-blues ayant pris le pas sur le swing, prémonitoire du futur rock'nroll amorcé par des émules du maître Calloway tels que Louis Jordan, Roy Brown ou Big Joe Turner pour ne citer que quelques noms.

mercredi 29 septembre 2010

Cab Calloway (2)

Hi-De-Ho au Cotton Club

Duke Ellington et son orchestre sont "le" groupe du Cotton Club de Harlem à cette époque, jouissant d'une renommée et d'un statut qui leurs ouvrent les portes de Hollywood. Pendant l'été 1930 ils participent au tournage du film "Check and Doublecheck" dont les vedettes principales sont les comiques Amos'n'Andy.
De ce fait, les Missourians de Cab Calloway se retrouvent en attraction principale tous les soirs au Cotton Club, présentant un spectacle intitulé "Brown Sugar, Sweet and Refined", une revue mêlant vaudeville, burlesque ainsi que musique et danse. Les paroles et la musique sont l'oeuvre du célèbre duo de Tin Pan Alley, Ted Koehler et Harold Arlen. Et plus tard dans l'année, il s'avère qu'Ellington décroche de plus en plus de contrats extérieurs (peut-être pour se libérer de l'emprise de ses "patrons") ce qui permet à Cab de devenir l'attraction principale du Cotton Club. En 1931 l'orchestre devient le Cab Calloway Cotton Club Orchestra.

"Partout où j'allais, les gens me reconnaissaient. Et, Jésus!, je gagnais plein d'argent, plus que je n'aurais pu imaginer."

C'est l'année de son premier gros tube, resté dans les mémoires grâce au scat renvoyé au chanteur solo par les choeurs Hi-De-Hi-De-Hi-De-Ho de la chanson "Minnie the Moocher" composée d'après deux airs très populaires cette année-là: "Minnie the Mermaid" et "Willie the Weeper". Si le thème de "Minnie the Moocher" est la drogue, autre source de revenus non négligeable des employeurs de Calloway, ce fut l'un des hits majeurs de l'année 1931, à tel point que Calloway réutilisera la formule en 1932 avec "Minnie the Moocher's Wedding Day" et "You Gotta Hi-De-Ho", en 1935 avec "Keep that Hi-De-Ho in Your Soul", en 1936 avec "The Hi-De-Ho Miracle Man", en 1937 avec "Hi-De-Ho Romeo", "Mr Paganini' Swing for Minnie" en 1938 et "Hi-De-Ho Serenade" en 1939.
Jimmy Lunceford achèvera la bête en 1940 en enregistrant "Minnie the Moocher is Dead".
Cette chanson initiale restera Le morceau de Cab Calloway jusqu'à la fin de sa vie, retrouvant même le chemin des hit-parades à l'occasions de la sortie des films "Blues Brothers" de John Landis et "Cotton Club" de Francis Ford Coppola.
Durant près d'une décennie (le Cotton Club ferme ses portes en 1940) Cab Calloway sera l'un des plus grand performer sur scène grâce à son style exhubérant, ses libertés concernant le rythme et la mélodie, ses tenues de scène qui feront des émules dans la mouvance swing, jive et zazou, Kid Creole étant l'un des meilleurs exemples. De plus, ses musiciens, tous de premier ordre, furent plus que de simples faire-valoir, ce qui se vérifia par leur carrière en dehors de l'orchestre de Cab. Les saxophonistes ténors Chu Berry, Ben Webster et Walter "Foots" Thomas, les trompettistes Lammae Wright, Jonah Jones et Doc Cheatham, le guitariste Danny Barker, les batteurs Panama Francis et Cozy Cole furent quelques uns des plus connus à avoir usé leur fond de pantalon derrière leur pupitre au Cotton Club. Calloway engagera un trompettiste qu'il virera assez rapidement pour avoir osé jouer des "chinoiseries" mais qui allait s'illustrer un peu plus tard en provoquant une révolution dans ce qu'on appelait alors sous le terme générique "jazz", un certain Dizzie "Birks" Gillespie.

mercredi 22 septembre 2010

Cab Calloway: 1ere partie

Entrée en matière

Le jour de Noël est le jour préféré des enfants. Mais nombreux sont ceux et celles qui ont dû, et doivent encore, bénir le 25 Décembre 1907, jour de naissance de Cabell Calloway, 3ème du nom après son père et son grand-père à Rochester dans l'état de New-York.
Son enfance se passe tranquillement à Baltimore, ses dons physiques naturels le voient envisager une carrière de basketteur professionnel après le collège dont il est le meilleur joueur. Calloway se met en tête de devenir chanteur et commence à fréquenter le Gaiety, un speakeasy jouxtant une maison de burlesque pour "faire ses gammes". Comme Chick Webb est son artiste préféré, il passe à la batterie et intègre un temps l'orchestre de 10 musiciens "Johnny Jones Arabian Tent Orchestra" à Baltimore, ensemble qui pratique le style New-Orleans Dixieland très en vogue à l'époque.
Après avoir réussi ses examens de fin de collège, Cab Calloway est engagé dans un quartet tournant dans une revue black nommée "Plantation Days". La tournée se produit à Chicago en septembre 1927, ville où Cab habite chez sa soeur Blanche, celle-ci lui ayant trouvé cet engagement dans la revue où elle-même est actrice.
Début 1928, Cab Calloway chante au Dreamland Cafe situé en face du Sunset Cafe où se produit Louis Armstrong dans l'orchestre de Carroll Dickerson. Au printemps il est chanteur principal et M.C. (master of ceremony) au Sunset où il travaillera avec Armstrong pendant six mois. C'est d'ailleurs Armstrong qui, deux ans plus tard, aidera Cab à décrocher son premier gros contrat à New-York et qui le guidera musicalement vers le chant scat qui fera sa renommée et sa marque de fabrique.

"Louis fut le premier à me libérer du carcan des paroles écrites pour essayer de scatter".

Après le départ d'Armstrong et Dickerson pour New-York, Calloway chante dans l'orchestre de Marion Hardy, les "Alabamians" toujours au Sunset Cafe où ils développent un show pendant lequel, aidés par des mégaphones (les micros étaient très rares à l'époque et très peu fiables en concert) ils captivent le public et font danser sans retenue grâce au jump'n'jive qui sera bientôt la norme avec le swing des big-bands.
Les Alabamians partent en tournée pendant trois mois pour atterrir à New-York au Savoy Ballroom pour un concert en novembre 1929, trois mois après le Krach boursier. C'est à cette occasion que Cab, comme évoqué plus haut, reste en ville pour intégrer la revue "Hot Chocolate" grâce à Louis Armstrong, revue qui tournera aussi en "province" jusqu'à ce que Calloway, de retour à New-York au printemps 1930, s'adjoigne les "Missourians" originaires de Kansas City et fortement influencés par le Bennie Moten's Band.
Les engagements se succèdent, d'abord au Savoy puis au Plantation Club de Lenox Avenue quand ils sont "persuadés" par des hommes de main de la mafia de jouer au Cotton Club:
"La mafia du Cotton Club racheta mon contrat et celui des Missourians assez facilement: "pure muscle"( en anglais)".