lundi 21 novembre 2011

Bob Wills (3)

"Never No More Hard Times Blues"

1929 est une année restée gravée dans la mémoire de tous ceux qui ont eu à souffrir des séquelles du Krach boursier de Wall Street puis de la Grande Dépression, aggravée dans certains Etats par des conditions climatiques extrêmes qui poussèrent des centaines de milliers de personnes à émigrer plus à l'Ouest.

Jim Rob arrive à Fort Worth, vivote tant qu'il peut, travaillant dans des medicine-shows ou pour la radio WKAP. C'est d'ailleurs dans un de ces spectacles itinérants qu'il transforme son nom en Jim Bob car ses premiers prénoms sont déjà utilisés dans un show concurrent.

Une rencontre musicale cruciale a lieu à cette époque quand le guitariste Herman Arnspiger lui trouve une place dans un medicine-show. Ils joueront ensemble pour d'autres stations de radio, ce qui leur permet d'enregistrer leur premier disque à Dallas, Texas en novembre 1929 pour Brunswick Records où ils graveront "Gulf Coast Blues" de Bessie Smith ainsi qu'une composition familiale "Wills Breakdown" mais l'aventure manque de tourner court quand, écoeuré par la difficulté de trouver du travail, fauché, Jim Bob se décide à retourner près de sa famille dans l'ouest du Texas.

Une carrière tient des fois à un petit coup de pouce de Dame Chance et c'est ce qui arrive quand Herman lui trouve alors une audition dans une station de radio afin de remplacer un violoniste défaillant; l'essai est concluant et Jim Bob est embauché pour 15$ par semaine par le sponsor de l'émission, la Arlington Chicken Hatchery.

En plus de ce show radio, Jim Bob anime des house-parties, l'équivalent urbain des ranches-parties, et c'est à l'occasion d'une soirée qu'il va rencontrer celui qui va devenir avec lui l'un des pères fondateurs du western swing et de la country "moderne". Milton Brown, chanteur, accompagné de son jeune frère Derwood, guitariste, encore lycéen à ce moment-là, va tout d'abord provoquer la méfiance de Wills, campagnard bon teint.

Mais musicalement, la mayonnaise va prendre et Jim Bob accepte les frangins comme membres du groupe qui anime ces "parties". Son bagage musical s'enrichit énormément, poussé par le besoin d'élargir, d'augmenter son répertoire afin de pouvoir répondre aux demandes variées des participants de ces dance-parties. Vers la fin des années 1935, le répertoire de Milton Brown & His Musical Brownies était d'environ 5000 morceaux dans tous les styles, allant de la valse au blues, du Dixieland à la musique mexicaine, bref, un juke-box vivant.

Si la majeure partie de l'argent était gagné dans ces soirées, la radio était tout de même nécessaire pour se faire un peu de publicité personnelle, le quart d'heure ou la demi-heure quotidienne étant elle-même sponsorisée par une marque, tranches horaires dans lesquelles se succédaient musiciens, comiques ou acteurs racontant des histoires ou lisant des extraits de romans. les orchestres changeaient de nom selon le sponsor, Jim Bob et se collègues joueront successivement sous le nom des Alladin Laddies du nom de la compagnie de lampes et ampoules électriques Alladin puis des Light Crust Doughboys pour la farine Light Crust.

Le groupe s'agrandit avec l'incorporation de Clifton "Sleepy" Johnson au banjo ténor et de Jesse Ashlock au violon. L'argent commence à rentrer et Bob Wills propose à Will Lee O'Daniel, président de la Burrus Mill Elevator Company de payer un salaire fixe aux membres du groupe en échange duquel, en plus de leur show radio sur KFJZ à 7 heures du matin, ils travailleraient également à la minoterie. O'Daniel, au vu du succès et des rentrées commerciales générées par le show les augmentent à 15$ la semaine, leur achète une voiture dernier cri et toutes options pour parcourir la campagne et faire la promotion de la farine Light Crust (ce mode de vente et de promotion, originellement dérivé des medicine-shows était la seule façon d'aller trouver les clients potentiels chez eux en des temps ou certains coins reculés ne voyaient pas passer grand monde); et dire que le nom du groupe était au départ une boutade de Bob Wills, doughboy signifiant péjorativement mitron.

En 1932 ils enregistrent 2 titres pour Victor: "Nancy Jane" et "Sunbonnet Sue" sous le nom des Fort Worth Doughboys. Leur show radio passe en prime-time sur une radio plus importante, WBAP, couvrant tout le sud-ouest du Texas, qui les propulsent groupe numéro 1 de la région. Tout a l'air de rouler mais des dissensions vont provoquer la cassure entre Bob Wills et Milton Brown.

Si O'Daniel les contrôle de plus en plus, s'invitant lors de leurs émissions pour y participer en écrivant des poèmes et des chansons, faisant construire un studio de répétition dans l'usine, les augmentant à raison de 25$ par semaine, il exige aussi qu'ils laissent tomber les dance-parties du soir.

Brown, sachant qu'il pouvait gagner 40$ par soirée dans ces "parties" quitte le groupe en septembre 1932. Les contraintes imposées par O'Daniel n'empêchait nullement Bob Wills de travailler le soir mais le succès et la popularité grandissante rendait la tâche un peu plus compliquée pour animer ces soirées en douce.

Milton Brown forme les Musical Brownies et son line-up composé de 2 violons, de la steel-guitar amplifiée de Bob Dunn (l'une des premières du genre), du banjo et de la contrebasse ajouté à l'expérience acquise vont poser les bases de ce qu'on appellera bientôt le Western-Swing. Brown enregistrera un nombre important de titres, en grande majorité pour Decca, avant de connaître une fin prématurée dans un accident de voiture fatal en 1936.

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