dimanche 21 novembre 2010

Bill Monroe (4)

New Muleskinner Blues

Bill Monroe et les Blue Grass Boys débarquent à Nashville pour enregistrer au Castle Studios, un ancien restaurant du Tulane Hotel reconverti en studio d'enregistrement fixe, ce qui en fait l'un des premiers en tant que tel. Ce studio est utilisé en majeure partie par le label Decca chez qui Bill Monroe a signé après avoir largué Columbia CBS. Un contrat assez facilement négocié par les deux parties car Paul Cohen qui voulait faire de Nashville l'épicentre de la country music avait depuis un certain temps Monroe dans son viseur.
Seul Rudy Lyle, banjoïste, suit Monroe chez Decca pour ces premiers enregistrements mais les nouveaux recrutés ne sont pas des seconds couteaux: James Henry Martin, plus connu sous le nom de Jimmy Martin, tient la guitare et va se révéler très bon chanteur, Jimmy Martin dont les parents étaient si pauvres qu'ils ne pouvaient se payer un poste radio. Ce natif de Sneedville dans le Tennessee sortait le samedi soir en ville et hélait les conducteurs de voiture pour qu'ils branchent leur autoradio sur la fréquence qui retransmettait le Grand Ole Opry afin qu'il puisse écouter Bill Monroe.
Vassar Clements, violoniste virtuose mais également joueur de violoncelle et de mandoline fera aussi partie du nouveau groupe requis pour enregistrer cette première session pour Decca où ces Blue Grass Boys vont sortir sept titres dont l'un des morceaux les plus fameux ( et beaucoup repris) de jimmie Rodgers: le "Blue Yodel#8" sous-titré "Muleskinner Blues".
Outre ce titre figurent deux morceaux écrits par Hank Williams: "I'm Blue, I'm Lonesome" et "Alabama Waltz". mais si le deuxième titre est crédité à Williams, le premier, "I'm Blue, I'm Lonesome" a été écrit par Williams en 1949 alors que Monroe et lui tournaient ensemble, ce qui fit dire à Bill qu'ils avaient co-écrit le morceau alors que d'autres témoignages directs font état d'un Hank Williams chantant le titre à Bill avant de lui laisser l'interpréter.
Bill Monroe va s'approprier un autre titre, hommage à celui qui l'a beaucoup aidé dès son plus jeune âge. lors de la deuxième session d'enregistrement pour Decca à Nashville, trois faces seront gravées dont "The old Fiddler" écrit et composé par Hugh Ashley et Ira Wright, "uncle pen" composé par le violoniste Red Taylor sur lequel Bill écrit ce qui est un hommage évident rendu à son oncle, mais les crédits du disque ne mentionneront aucunement red Taylor.
Malheureusement pour Paul Cohen, le producteur artistique chez Decca, les ventes ne seront pas à la hauteur des hits que Monroe a pu réaliser à la fin des années 40 alors qu'il était chez Columbia, quoique du fait du genre très spécifique de musique que jouait Monroe ces succès restaient néanmoins confinés à une frange relativement étroite de consommateurs de disques.
Aidé par Owen Bradley, autre producteur qui est l'un des créateurs du "Nashville Sound", country édulcorée pour plaire au plus grand nombre qui règne encore en maître de nos jours pour le plus grand malheur des vrais talents artistiques du genre, ils vont persuader monroe de se mettre au goùt du jour, expérimentant au fil des sessions des intruments tels que le vibraphone, la batterie, l'orgue ou la guitare électrique, mettant en boite plusieurs titres de Jimmie Rodgers dont le revival à travers d'autres artistes comme Hank Snow ou Lefty Frizell faisait vendre.
Mais ces expérimentations ne sont rien en comparaison de deux accidents de la route qui vont avoir des conséquences plus ou moins graves pour la carrière de Bill Monroe.
oubliant la rivalité artistique, et commerciale, passée, Monroe avait fait quelques dates avec les Stanley Brothers et avait réussi à les engager dans son groupe. Malheureusement, Ralph Stanley, impliqué dans une collision frontale avec une autre voiture, se retrouve cloué dans un fauteuil roulant pour plusieurs mois. L'association Monroe-Stanley capote avant d'avoir commencé.
puis en janvier 1953, Bill Monroe et son bassiste Bessie Lee Mauldin reviennent de la chasse au renard, un des passe-temps favori de Monroe, quand à trois heures du matin un véhicule les percute. Si Bessie Lee s'en tire sans trop de dommages, Bill est plus sérieusement touché. On dénombrera 19 fractures qui le laisseront couché à l'hôpital pendant trois mois.
Les années 50 pour Bill Monroe seront la décennie d'une popularité toujours présente bien qu'en baisse au niveau des ventes de disques et des contrats de tournées, obligeant ses musiciens à travailler dans la ferme des Monroe pour faire un peu de monnaie en attendant le prochain cachet.
Ses ex-musiciens lester Flatt et Earl Scruggs sont alors plus populaires que leur ancien patron avec leur Foggy Mountain Boys mais l'arrivée dans le paysage musical d'un jeune loup dont les premiers enregistrements sont des reprises de morceaux qu'il aime bien va changer la donne pour Bill.
La version de "Blue Moon of Kentucky" d'un certain Elvis Presley, bien que jouée sur un tempo plus rapide, va connaitre un certain succès et garantir un apport non négligeable de royalties à leur auteur, un certain Bill Monroe.

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