mercredi 22 septembre 2010

Cab Calloway: 1ere partie

Entrée en matière

Le jour de Noël est le jour préféré des enfants. Mais nombreux sont ceux et celles qui ont dû, et doivent encore, bénir le 25 Décembre 1907, jour de naissance de Cabell Calloway, 3ème du nom après son père et son grand-père à Rochester dans l'état de New-York.
Son enfance se passe tranquillement à Baltimore, ses dons physiques naturels le voient envisager une carrière de basketteur professionnel après le collège dont il est le meilleur joueur. Calloway se met en tête de devenir chanteur et commence à fréquenter le Gaiety, un speakeasy jouxtant une maison de burlesque pour "faire ses gammes". Comme Chick Webb est son artiste préféré, il passe à la batterie et intègre un temps l'orchestre de 10 musiciens "Johnny Jones Arabian Tent Orchestra" à Baltimore, ensemble qui pratique le style New-Orleans Dixieland très en vogue à l'époque.
Après avoir réussi ses examens de fin de collège, Cab Calloway est engagé dans un quartet tournant dans une revue black nommée "Plantation Days". La tournée se produit à Chicago en septembre 1927, ville où Cab habite chez sa soeur Blanche, celle-ci lui ayant trouvé cet engagement dans la revue où elle-même est actrice.
Début 1928, Cab Calloway chante au Dreamland Cafe situé en face du Sunset Cafe où se produit Louis Armstrong dans l'orchestre de Carroll Dickerson. Au printemps il est chanteur principal et M.C. (master of ceremony) au Sunset où il travaillera avec Armstrong pendant six mois. C'est d'ailleurs Armstrong qui, deux ans plus tard, aidera Cab à décrocher son premier gros contrat à New-York et qui le guidera musicalement vers le chant scat qui fera sa renommée et sa marque de fabrique.

"Louis fut le premier à me libérer du carcan des paroles écrites pour essayer de scatter".

Après le départ d'Armstrong et Dickerson pour New-York, Calloway chante dans l'orchestre de Marion Hardy, les "Alabamians" toujours au Sunset Cafe où ils développent un show pendant lequel, aidés par des mégaphones (les micros étaient très rares à l'époque et très peu fiables en concert) ils captivent le public et font danser sans retenue grâce au jump'n'jive qui sera bientôt la norme avec le swing des big-bands.
Les Alabamians partent en tournée pendant trois mois pour atterrir à New-York au Savoy Ballroom pour un concert en novembre 1929, trois mois après le Krach boursier. C'est à cette occasion que Cab, comme évoqué plus haut, reste en ville pour intégrer la revue "Hot Chocolate" grâce à Louis Armstrong, revue qui tournera aussi en "province" jusqu'à ce que Calloway, de retour à New-York au printemps 1930, s'adjoigne les "Missourians" originaires de Kansas City et fortement influencés par le Bennie Moten's Band.
Les engagements se succèdent, d'abord au Savoy puis au Plantation Club de Lenox Avenue quand ils sont "persuadés" par des hommes de main de la mafia de jouer au Cotton Club:
"La mafia du Cotton Club racheta mon contrat et celui des Missourians assez facilement: "pure muscle"( en anglais)".

dimanche 19 septembre 2010

Dennis Lehane et la paire Gennaro-Kenzie (2)

Les histoires:




"Un Dernier Verre avant la Guerre" Rivages noir 380


Dans cette première aventure du duo Gennaro-Kenzie on fait la connaissance des protagonistes, de leur lieu de travail, un bureau installé dans le clocher d'une église .


La mission qui leur est confiée par deux sénateurs de l'état est de retrouver une femme de ménage noire qui aurait "emprunté" des documents relatifs à un discours très important visant à faire voter une nouvelle loi. Mais ces documents semblent intéresser d'autres personnes, à tel point qu'un tueur à gages essaiera de neutraliser Kenzie et la femme de ménage pour les récupérer L'histoire va dégénérer en guerre des gangs et laisser sur le carreau quelques dizaines de protagonistes.


Lehane développe également dans ce roman une double trame à propos de l'affrontement père-fils à travers la relation que Kenzie entretient avec son père mort (voir première partie) et la relation qui unit et sépare ses principaux adversaires.


le dénouement de l'histoire va aussi distendre les relations entre Kenzie et les forces de l'ordre, Devin étant l'exception qui confirme la règle pour les aventures à venir.



"Ténèbres, Prenez-moi la Main" Rivages noir 424


Après s'être "fait la main" avec son premier roman, Lehane passe à la vitesse supérieure. Appelés par une psychiatre pour surveiller et protéger son fils, les détectives vont plonger dans une affaire de tueur en série qui crucifie et démembre ses victimes (entre autres raffinements macabres), de vengeance ourdie depuis une prison, de vigilantes qui font justice de manière implacable.

Cette affaire permet à Lehane "d'éliminer" les obstacles entre Angie et Patrick pour leur permettre de se retrouver intimement et de démarrer leur relation de couple. L'auteur arrive à renouveler le genre polar sérial-killer grâce à une vision non manichéiste du bien et du mal, thème qui sera récurrent dans les ouvrages à suivre.


"Sacré" Rivages noir 466


La précédente aventure, très sombre, a laissé des traces physiques et psychologiques. Gennaro et Kenzie vont un peu "lever le pied" pour cette histoire plus légère, plus traditionnelle, à la lisière du roman d'espionnage.

Un milliardaire atteint d'une maladie incurable, à qui il ne reste que quelques mois à vivre, kidnappe nos deux héros pour s'attacher leurs services et retrouver sa fille disparue, seule légataire de son immense fortune après la mort de sa femme dans un accident de voiture (enfin pas exactement un accident!).

Mais si la piste d'une association qui pourrait très bien cacher les ramifications d'une secte ( les mécanismes décrits ressemblent à ceux d'une secte bien implantée aux Etats-Unis dont les ambassadeurs sont souvent acteurs à Hollywood) sert plus à Lehane, par la voix de ses protagonistes, à critiquer et à démonter les rouages de cette organisation, c'est la recherche en Floride de l'enquêteur ex-mentor de Kenzie chargé avant lui du même travail qui aidera nos personnages à dénouer l'écheveau de cette histoire où les cadavres ne manquent pas, où les victimes peuvent se transformer en coupables.

Plus "léger" que les précédents romans,"Sacré" nous fait remonter aux origines du roman noir de "privé" non sans abandonner l'humour sarcastique, un brin désabusé qui allège la noirceur des situations subies par nos détectives.



"Gone, Baby, Gone" rivages noir 557


S'il existe un sujet qui exerce sur le lecteur une empathie automatique, en particulier quand celui-ci est parent, c'est bien évidemment l'enfance abandonnée, maltraitée, meurtrie, assassinée. Tant que les victimes dans les polars sont des adultes, peu importe le nombre ou la manière, aussi crade, aussi horrible ou perverse soit-elle dont elles souffriront ou mourront, cela n'égalera jamais l'horreur ou la douleur ressentie face à la mort ou aux sévices infligés à un enfant.

Dans "Gone, Baby, Gone" une petite fille âgée de quatre ans disparait de chez elle comme d'ailleurs de nombreux enfants aux Etats-Unis chaque année. Après une solide enquête de police, Gennaro et Kenzie se voient confier l'enquête alors qu'à première vue tout a été fait, et même plus que d'habitude, pour essayer de retrouver la petite Amanda.

Leur réticence initiale due en partie à l'attitude très peu maternelle de la mère se transformera en intérêt quand la vie légèrement dissolue de celle-ci paraitra être une bonne piste pour remonter aux ravisseurs ayant demandé une rançon.

De fausses pistes les mèneront au coeur de cette Amérique "white-trash" pour un dénouement somme toute très saisissant et inattendu qui aura des conséquences sur leur association affective et professionnelle.



"Prières pour la Pluie" Rivages noir 612


C'est la dernière aventure parue du "couple" Gennaro-Kenzie" qui débute avec un Patrick Kenzie en solo, séquelle du dénouement de "Gone, Baby, Gone", alors que Angela Gennaro travaille dans une compagnie de sécurité aux personnes (garde du corps quoi!).

Quand Karen Nichols vient confier son problème à Kenzie à propos d'un harceleur sexuel récidiviste, Patrick ne se doute absolument pas qu'une journée de travail et d'intimidation active (avec l'aide de Bubba) ne suffira pas pour empêcher les ennuis de Karen, sa descente aux enfers conclue par un saut mortel du 26e étage en tenue d'Eve six mois plus tard.

Culpabilisé par un message téléphonique assez anodin laissé par Karen quelques mois avant son plongeon mais effacé par erreur, Kenzie va essayer d'en savoir plus, savoir ce qui peut transformer une jeune étudiante un peu nunuche sur le point de se marier en obsédée sexuelle se prostituant pour payer sa came juste avant le grand saut ans le vide.

Mais en fouillant, on tombe parfois sur des secrets de famille qui ravivent les plaies du passé et ça, Kenzie en connait un rayon. Il sollicitera néanmoins l'aide d'Angie pour cette ultime enquête à ce jour dont la conclusion ne satisfait moralement ni les héros ni le lecteur.


vendredi 17 septembre 2010

Emission du 18 septembre

Hank Williams Jr: Ain't Misbehavin' (1985)
The Annuals: Eyes in the Darkness (2010)
The Disciplines: Yours for the Taking (2010)
Hjaltalin: Sweet Impressions (2010)
Brisa Roché: Stone Trade (2010)
Lewis Moorman: When I start to Bleed (2010)
Street Sweeper Social Club: Mama said knock you out (2010)
Rage against the Machine: How I could just kill a Man (2000)
Bob Dylan: Froggie went a-courtin' (1992)
Pete Seeger: Froggie went a-courtin'
Pete Seeger: Blue Skies (1955)
Woody Guthrie: House of the rising Sun
Billy Cheatwood: Cripple Creek
Rockridge Brothers: Cripple Creek (2009)
Tommy Blake: Koolit (1956)
Jimmy Johnson: How about my pretty Baby (1956)
Andy Starr: Rockin'Rollin'Stone (1956)
Jimmy Swan: Country Cattin'

dimanche 12 septembre 2010

Dennis Lehane et la paire Gennaro-Kenzie (1/4)

L'auteur:


Dennis Lehane est Américain, né le 4 aout 1965 à Dorchester dans l'état du Massachussets.

Après des études à Boston, il continue son cursus universitaire en Floride où il survit entre petits boulots (serveur, livreur...) et travaille comme éducateur dans le milieu de l'enfance maltraitée, sujet fréquemment évoqué dans ses romans. Il écrit et réalise un film jamais sorti, faute de distributeur et à cause de la frilosité des producteurs. Lehane est aussi l'auteur d'un épisode de "The Wire" dans lequel il apparait dans un petit rôle.


Mais Dennis Lehane, auteur américain, est surtout connu pour les adaptations de ses livres "Mystic River", "Shutter Island" et "Gone,Baby,Gone" respectivement portés à l'écran par Clint Eastwood, Martin Scorsese et Ben Affleck dont c'est d'ailleurs la première réalisation.



Sa carrière démarre en 1994 avec "Un Dernier Verre avant la Guerre" paru en France chez Rivages noir (édition poche) mettant en scène une paire de détectives privés: Angela Gennaro et Patrick Kenzie. Quatre autres romans (également chez Rivages) narreront les aventures de ce duo: "Ténèbres, prenez moi la main" en 1996, "Sacré" en 1997, "Gone, Baby, Gone" en 1998 et "Prières pour la Pluie" en 1999. Il faut noter que la traduction française est très fidèle par rapport aux titres originaux.




Les protagonistes:




Angela Gennaro et Patrick Kenzie ont grandi ensemble dans le même quartier à Boston, jusqu'à franchir le pas pendant l'adolescence, une relation intime sans lendemain, du moins au début des aventures du duo car ce couple de travail deviendra couple tout court, traversera une séparation causée par une divergence majeure de point de vue éthique à la fin de "Gone,Baby,Gone" pour se rabibocher définitivement dans leur dernière aventure parue "Prières pour la Pluie".



La filiation d'Angela leur causera quelques désagréments mais leurs vaudra aussi quelques avantages (le grand-père d'Angie est le patron "à la retraite" de la Mafia New-Yorkaise et le père, tué lors d'un règlement de comptes, faisait également partie de la "famille"); Angie essaiera toujours néanmoins d'éviter de demander quoi que ce soit à son grand-père Don Patrizio.



Patrick Kenzie a un rapport nettement plus conflictuel avec son père, mort quelques mois avant le début du premier roman. Pompier émérite de Boston, Irlandais d'origine et donc grand buveur devant l'éternel, celui-ci est raconté avec haine par notre héros. Durant toute son enfance, c'est l'image de l'homme respecté et adulé par presque tous depuis ses actes héroïques lors des pires incendies, qui rentre saoul tous les soirs après la tournée des pubs et n'hésite jamais à imposer son point de vue alcoolisé par la force sur sa femme ou son fils. Le point d'orgue sera un fer à repasser brûlant appliqué sur la poitrine de Patrick pour lui faire ressentir la vraie douleur d'une brûlure, épisode dont il gardera une cicatrice indélébile autant physique que psychologique et une haine profonde, haine qui culminera dans la fin surprenante du deuxième roman "Ténèbres, prenez moi la Main".



Patrick est également en conflit avec le mari d'Angie ("...Phil est un connard..."), pote d'enfance du duo. Car même s'il mène une vie de célibataire endurci passant d'une aventure amoureuse à une autre, il n'arrive pas à comprendre qu'Angie puisse rester avec Phil alors que celui-ci la bat régulièrement, le trop-plein d'alcool aidant, et ce même après douze années de mariage. Ce qui étonne d'ailleurs au début quand on réalise qu'Angie pourrait assez facilement se défendre voire prendre le dessus physiquement. Mais, comme pour Patrick, le tourmenteur, malgré sa rédemption, trouvera une fin tragique dans "Ténèbres, prenez moi la Main" (spoiler).


A ce duo il faut ajouter les autres personnages récurrents.


Ruprecht "Bubba" Rogowski fait partie des potes d'enfance du duo . Il est craint par tout le monde: "Il mesure 1,90m pour 105kg d'adrénaline brute et de colère discordante. Et il tuerait quiconque me ferait un clin d'oeil torve" dans "un Dernier Verre avant la Guerre" p168.



Les organisations illégales avec lesquelles il fait ses affaires (Mafia, IRA, gangs...) s'en méfient car Bubba est une force de la nature doublé d'un artificier hors-pair. C'est l'ami le plus fidèle d'Angie et Patrick. Tout au long des cinq romans, il sera la force de frappe, l'armurerie, l'intermédiaire avec les truands mais aussi le compagnon de beuverie. "Ce Bubba. Hitler aurait pu gagner la guerre avec Bubba à ses côtés" dans "Un Dernier Verre..." p125.


D'autres personnages sont aussi assez proches et reviennent au fil des histoires de Gennaro-Kenzie: l'inspecteur Devin Amronklin et Nelson Ferrare. Devin est flic et au contraire de la grande majorité considère Kenzie comme un complément parfois utile au travail et au maintien de l'ordre en ce sens que Patrick peut s'affranchir des règles pour arriver à ses fins tout en ayant la même idée de la justice. Quant à Nelson c'est de l'autre côté de la barrière qu'il agit et remplit ponctuellement quelques missions du genre protection ou surveillance de personnes, secondant Bubba lors d'opérations délicates.


Patrick Kenzie, du fait de ses enquêtes et agissements pas toujours dans les limites de la légalité et de l'usage assez fréquent d'armes pour se défendre, a aussi recours aux services d'un avocat, Cheswick Hartmann, un des meilleurs pénalistes de Boston voire de tout le pays, facturant ses services 800 dollars de l'heure. Kenzie profite gratuitement de son aide après avoir résolu une affaire dans laquelle il a sauvé la soeur de Cheswick, ceci lui valant la gratitude éternelle de l'avocat.


Enfin, il faut citer Boston, la ville et ses alentours. Tous les romans de Dennis Lehane sont situés dans cette cité ou ses environs immédiats même si une aventure nécessitera d'aller enquêter dans un autre état, la Floride dans "Sacré".




vendredi 3 septembre 2010

Emission du 4 septembre

Tex Ritter: Billy the Kid
Cheesy Lane: In a box
Dead Duck: A load off my mind
The Disciplines: Yours for the taking
Les Yeux de la Tête: FyyFF
Miss Burton: No matter
Thus Owls: Yellow Desert
Musée Mécanique: Fits and Starts
Woodpigeon: Morningside
Black Box Revelation: Sleep while moving
Bill Monroe & his Bluegrass Boys: Blue grass ramble (1950)
Bill Monroe & his Bluegrass Boys: When the cactus is in a bloom (1951)
Bill Monroe & his Bluegrass Boys: Blue moon of Kentucky (1954)
Bill Monroe & his Bluegrass Boys: I saw the light (1957)
Red Allen & the Kentuckians: Live and let die (1979)
The Rockridge Brothers: Cumberland Gap (2009)
Milt Jackson & Thelonious Monk: Epistrophy (1948)
Kenny Clarke & his 52nd Streetboys: Epistrophy (1946)
Charlie Parker & the Allstars: Blue' N' Boogie (1951)

dimanche 29 août 2010

Vaudeville

Le mot vaudeville doit son origine à un petit coin de Basse-Normandie, le Val de Vire ou Vau de Vire selon la prononciation d'antan. La ville de Vire, célèbre pour son andouillette, se situe dans le Calvados; la rivière Vire se jette dans la Manche à hauteur d'Isigny sur Mer.


C'est à Olivier Basselin qu'on attribue la création du terme qui au départ concernait des chansons populaires à boire, légères et même souvent salaces; Basselin, originaire du coin, et dont la date de naissance et de décès est fluctuante selon les sources, vivait au XVème siècle. Une autre explication qui peut d'ailleurs rejoindre la première citée plus haut nous dit que les "voix des villes", recueils de chansons populaires, auraient pu se muer, toujours sous la plume de Basselin en vaudeville.


A la fin du XVIIème siècle ces airs populaires dont les paroles sont adaptées, modifiées selon l'histoire et l'endroit, viennent s'insérer dans des trames théâtrales. C'est alors avec des auteurs comme D'Orgeval, Lesage ou encore Fuzelier que cette forme de spectacle va virer vers un proto-opéra comique.


Le vaudeville français connait une éclipse fin XVIIIème, concurrencé par l'opéra comique plus noble pour revenir sous la Révolution avec la création en 1792 du Théâtre du Vaudeville.


A ce point, la musique n'occupe plus qu'une légère partie du spectacle: couplets chantés comme respiration du texte, support d'interlude ou entracte. Les pièces sont néanmoins toujours entrecoupées de passages musicaux jusque vers 1860 et la disparition des couplets chantés.


Des auteurs créent des stéréotypes des personnages récurrents (Mme Angot, Mr Dumollet...) et le succès public et populaire fera du vaudeville un genre très prisé sous le Premier Empire puis sous la Restauration. Augustin Eugène Scribe est l'auteur le plus en vogue à cette époque, n'écrivant pas pour autant que des vaudevilles.


On arrive à l'âge d'or du vaudeville français avec tout d'abord Eugène Labiche qui dans sa pièce "Un chapeau de paille d'Italie" accélère le tempo, grossit les situations comiques, les quiproquos (répétitions, méprises...). Eugene Hennequin et surtout Georges Feydeau donneront, avec Labiche, ses lettres de noblesses au genre en formatant les pièces en 3 actes. C'est la forme de vaudeville encore connue et jouée aujourd'hui bien que l'appellation ait été changée en théâtre de boulevard, genre qui allait prendre le pas sur le vaudeville faute d'auteurs aussi talentueux que Feydeau après sa mort.

Si, de fait, le fond et la forme ne changent pas vraiment, la mue du vaudeville en théâtre de boulevard est due, pour partie, à la localisation géographique des salles de théâtre parisiennes situées en majorité sur les grands boulevards parisiens.

L'influence du vaudeville conjuguée aux Singspiele autrichiens permettra la naissance du genre au Danemark avec le travail du comédien Overkou et de l'universitaire philosophe hégelien J.L. Heiberg qui dans la première moitié du XIXème siècle adapteront des pièces françaises ou autrichiennes (ils écrivent quelques essais sur le genre ainsi que des pièces originales).

Plus haut dans le nord de l'Europe, le genre essaime grace à August Blanche en Suède. De jeunes auteurs norvégiens tels que Ibsen ou Bergen s'intéressent également au vaudeville en étudiant de près la production de Scribe.

De l'autre côté de l'Atlantique, en Amérique du nord, le vaudeville américain va se développer à partir des années 1820-1830, surtout aux confins de la civilisation dans les petites villes du Sud ainsi que vers l'ouest "sauvage".

Non structuré, mélangeant le cirque (acrobaties, clowns, jongleurs...), le théâtre populaire (chants et danses) ainsi que le théâtre "classique" (passages de pièces de Shakespeare ) ce nouveau type de spectacle est une alternative à ceux trop guindés, réservés à l'élite, et aux ménestrels blackface sujets à controverse (voir ménestrel dans ce blog).

En 1865 le New York City Opera House ouvre ses portes et propose du vaudeville sans toutefois utiliser l'appellation qui sera adoptée par Mr Sargent en 1871 pour son spectacle Sargent's Great Vaudeville Company. En effet ce terme sous-tend moeurs légères, exotisme et raffinement. Un ancien Mr Loyal du cirque américain, Tony Pastor, devient en 1885 manager du N.Y. Opera House et programme des spectacles familiaux pour les classes moyennes. Exit les thèmes raciaux propre au blackface et bienvenue aux considérations qui "parlent" au public telles que l'antagonisme entre urbains et ruraux, entre américains de souches et immigrants; l'irlandais remplace le noir comme sujet mal dégrossi, idiot, à l'accent prononcé.

Mais ces spectacles sont néanmoins très rigoureux en matière de moeurs: sans érotisme appuyé, langage châtié et interdiction de vente d'alcool dans le théâtre. Plusieurs imitateurs profiteront du succès immédiat de Pastor, aidés en cela par le soutien des Eglises et ligues de vertu qui avaient attaqués les ménestrels blackface avec force depuis leur émergence.

Dans la dernière décennie du XIXème siècle les théâtres fixes et itinérants se comptent par centaines et programment ce qui est devenu un terme générique: le vaudeville. Benjamin Franklin Keith ouvre le théatre Bijou à Boston et impose ce qui sera la "norme" pour bon nombre d'édifices ultérieurs avec des protections anti-incendies, des décors somptueux copiés sur les palais royaux européens avec tapis de luxe, matériaux nobles tels le stuc et le marbre, escaliers majestueux. L'association de Keith avec Edward Albee se révèle si fructueuse qu'en 1914 il est l'un de ceux qu'il faut connaitre dans le mileu artistique pour espérer travailler. On recense 25000 artistes ou musiciens professionnels travaillant en moyenne 45 semaines par an. Et non content de vendre, d'organiser des spectacles et de gérer la carrière des artistes (il a fondé l'United Booking Artists) Keith crée également le merchandising artistique avec des boutiques dans les théâtres, vendant programmes, partitions, photos d'artistes, reproductions de bijoux portés par les actrices, cartes postales, papier et enveloppes à en-tête du théâtre...

Le vaudeville américain déclinera avec l'arrivée du cinéma même si dans les premiers temps des films sont tournés en studio reprenant décors, trame et déroulement du vaudeville. Projetés dans les salles de cinéma, ils ont pour vocation d'attirer le spectateur vers le vrai vaudeville. Mais le cinéma s'inspirera longtemps de ce qui avait fait le succès du vaudeville à travers ses comédies, ses drames et ses westerns.


"Il me souvient d'avoir joué dans un cinéma-théâtre de la banlieue de Jacksonville (Floride). C'était une salle en longueur, sombre et étroite, remplie de chaises pliantes caca d'oie... Ce n'était pas une vraie salle de spectacle mais un ancien magasin de meubles... Naturellement, pas de scène. Il y avait toutefois une longue plate-forme étroite, pas plus large qu'un échafaudage de peintre en bâtiment... Si le show comprenait des ballets, des acrobaties ou quoique ce soit de dangereux, il y avait un bref entracte pour permettre aux éxécutants de travailler sur le plancher de la salle... Le programme se constituait de quatre parties... mais en réalité il n'y en avait que deux. Le taulier gonflait le programme en comptant pour une partie le piano mécanique et pour une autre la projection d'un vieux bout de film, le plus rayé et le plus sautillant qui ait jamais esquinté la vue de tout un public. Les représentations avaient lieu toutes les heures à partir de midi, et jusqu'à minuit si la recette l'exigeait."


Groucho Marx

"Groucho Marx and Other Short Stories and Tall Tales"

"Crises et Grouchotements" éditions Point Virgule

vendredi 27 août 2010

Le banjo

Ceux qu'on ne peut omettre de mentionner: la folk music


Du côté de la folk-music c'est bien entendu la famille Seeger qui tient le haut du pavé. Le père, comme Art Satheley et Ralph Peer avant lui, parcourt le Sud Est avec sa famille, parallèlement aux Lomax père et fils, et enregistre un maximum de songsters grâce à son studio mobile, ce qui lui permet, en plus de son travail ethno-musicologique, de faire découvrir de vrais talents qui seraient restés méconnus sans lui. Cette somme d'enegistrements est archivée et éditée par la Bibliothèque du Congrès et Folkways créée en 1940 par Moses Asch.

Du coté des Seeger ce sont les enfants qui, par atavisme, ont pratiqué le banjo, appris au contact des nombreux musiciens qu'ils rencontraient. Peggy Seeger (honneur aux dames!) la cadette de la famille a surtout écrit pour le banjo au Royaume Uni après sa rencontre avec le musicien Ecossais Ewan McCall qui pratiquait les ballades traditionnelles de son pays.

Mike Seeger a fondé dans les années 60 les New Lost City Ramblers qui furent un des très bons groupes de folk revival de cette décennie. Le plus connu des Seeger est Pete, demi-frère de Peggy et Mike qui était déjà adolescent à leur naissance. Tout petit il apprend le banjo-ténor et l'ukulele mais le flash survient lors du festival de danses et musiques d'Asheville organisé par Lamar Bascom Lunsford, banjoiste éclairé qui lui donne d'ailleurs quelques conseils à propos de l'instrument.

Pete Seeger interrompt ses études à Harvard au milieu des années 30 et va mener une existence de vagabond (hobo), dessinant et vendant ses peintures pour survivre. Il va surtout, au contact des paysans, des montagnards et des travailleurs se forger un répertoire extrêmement vaste de chants de travail, de ballades, blues, spirituals, berceuses, bref tout ce qui était chanté et dansé.

Dans les années 40 il publie une méthode de banjo, joue dans des concerts dont la moitié des cachets est reversée à des associations anti-ségrégationnistes ainsi que la totalité des royalties de son interprétation de "We Shall Overcome". Il est également dans les années 40 (de 40 à 48) fondateur du groupe Almanac Singers avec Jesse Lomax, Lee Hays, Sis Cunningham et Woody Guthrie.

Après la dissolution du groupe, il fonde avec Lee Hays les Weavers qui durent jusqu'en 1962 et qui commettront quelques tubes comme "If i Had a Hammer" (Claude François leur dit merci!).

Pete Seeger, comme les groupes précités, est sur la liste rouge du trop célèbre sénateur McCarthy et sera condamné en 1961 à un an de prison pour activités anti-américaines, peine qui sera annulée, qui le bannira néanmoins des médias, networks télé et radio. Trois biographies lui sont consacrées de son vivant chose unique pour un banjoiste.


Conclusion:


"N'importe quel imbécile peut se révéler compliqué, tandis qu'il faut du génie pour atteindre à la simplicité" Pete Seeger.

Si je n'ai pas trop poussé et détaillé les différences et subtilités techniques que le profane (que je suis) a bien du mal à discerner c'est parce qu'il vaut mieux, pour ceux qui veulent pousser plus loin ainsi que pour les pratiquants de l'instrument, s'adonner à la lecture de vrais livres sur le sujet. Il existe d'assez nombreux écrits qui sont bien plus précis, avec beaucoup de pages et des images dedans.

En effet, le banjo, de par son origine artisanale DIY (do it yourself) a donné lieu à beaucoup de dérivations telles que la banjeaurine, la giraffe-banjo, la mandoline banjo et tous les mariages possibles avec des instruments à cordes.

Ce précis d'outillage a été confectionné avec la lecture en long, en large, en travers, en diagonale et même à l'envers du l'excellent livre de Nicolas Bardinet, banjoiste émérite et auteur de "une Histoire du Banjo" paru aux éditions Outre Mesure.

Concernant la discographie, quelques anthologies parues chez Frémeaux et Associés valent vraiment le coup en particulier "Folksongs, Old Country Music 1926-1944" et aussi "Banjo, an American Five Strings History 1901-1956". Côté bluegrass, attaquez directement avec la B.O. du film "Delivrance" et procurez vous l'incontournable "Will the Circle Be Unbroken" du Nitty Gritty Dirt Band pour commencer. Bill Monroe et les Bluegrass Boys sont aussi sortis chez Frémeaux et Associés. A noter que quelques groupes actuels un peu partout dans le monde perpétuent cette musique, du Japon à la Russie en passant par la Suède (les Rockridge Brothers).

Bref, soyez curieux, bougez vous, n'attendez pas qu'on vous ramène systématiquement la gamelle devant la gueule car le jour où elle sera merdeuse...