lundi 12 décembre 2011

Bob Wills (6)

"Take Me Back To Tulsa"

En ces premières années des Fourties, Bob Wills et ses Texas Playboys vont enregistrer trois sessions (dont celle évoquée plus haut) avant l'arrêt complet de la production de disques dû au Petrillo Ban, une mesure prise après l'entrée en guerre des Etats-Unis afin de contribuer à l'effort de guerre, la matière première qui servait de support aux disques étant employée prioritairement par l'industrie militaire.

En 1941, à Dallas, Texas, treize morceaux sont enregistrés dont "Take Me Back To Tulsa", un morceau que Wills jouait déjà avec les Light Crust Doughboys intitulé "Take Me Back To Texas. "Twin Guitar Special" permet aux guitaristes leon McAuliffe et Eldon Shamblin de prouver, si besoin était, leur virtuosité grâce à un solo en duo d'une complexité assez rare pour ce style de musique.

Cinq mois plus tard c'est à Hollywood, Californie, que sont enregistrés "Please Don't Leave Me" écrit par Jesse Ashlock, "Dusty Skies" composé par Cindy Walker, pur morceau western qui figurera dans un film et "Cherokee Maiden" dont la reprise par Merle Haggard grimpera au sommets des charts en 1976.Eldon Shamblin fait d'ailleurs partie du groupe de Haggard, les Strangers lors de cette reprise. La collaboration Walker-Wills permettra aux Playboys d'enregistrer plusieurs dizaines de titres. Cindy Walker, débarquant à Hollywood au début des années 40 avait eu l'audace de proposer un de ses morceaux à Bing Crosby qui en avait fait un tube, propulsant son auteure au rang des top-songwriters.

L'attaque de Pearl Harbour le 7 décembre 1941 provoque des bouleversements à tous les échelons de la société américaine y compris dans l'industrie musicale. Outre l'interdiction d'enregistrer, de nombreux groupes voient certains membres partir, volontairement ou non, pour contribuer à mettre hors d'état de nuire "l'axe du mal". Les Texas Playboys verront partir leur chanteur Tommy Duncan qui s'enrôle dès le début du conflit pour servir comme instructeur militaire, le pianiste Al Stricklin rejoint Fort Worth pour y intégrer une unité de défense.

Leon McAuliffe rejoindra l'US Air-Force pour devenir "flight instructor" après la session du 14 juillet 1942, la dernière avant 1945. pour l'occasion, les parties vocales sont partagées, en l'absence de Duncan, entre McAuliffe, le nouveau guitariste Leon Huff et le trompettiste Danny Alguire. Le morceau "Miss Molly" chanté par McAuliffe figurera dans le film "Silver City Raiders" alors que "Home In San Antone" chanté par Alguire est crédité à un certain Floyd Jenkins, pseudo utilisé par Fred Rose, "le" Rose du duo Acuff/Rose dont il sera encore question plus loin Bob Wills prête sa voix au morceau"My confession" et un duo assez excitant de violons se fait entendre dans "Liberty".

1942 est l'année du sixième mariage de Bob Wills, son dernier car Betty Anderson restera à ses côtés jusqu'à la fin de sa vie. Après une lune de miel dans leur maison de Muleshoe, Texas, Wills,à l'instar d'autres membres du groupe déjà enrôlés dans l'armée selon différentes affectations, n'échappe pas à la conscription à quelques mois près car l'âge limite est fixé à 38 ans mais sa célébrité lui vaut d'être quand même appelé sous les drapeaux.

Après avoir fait ses classes à Fort Still, Oklahoma, Il est affecté à Camp Howse près de Gainsville, Texas où il restera tout le temps de son service. Son caractère hérité de ses jeunes années passées en roue libre sitôt parti de la maison familiale, son inaptitude à l'obéissance et son alcoolisme rendront son "séjour" militaire difficile, conflictuel. Un mauvais début dû à son retard dès l'incorporation lui valent l'hostilité des gradés, la luxueuse Cadillac dont il se sert pour ses déplacements provoque des inimitiés de la part de ses camarades incorporés.

De plus la condition physique de Bob, éprouvée par plusieurs décades de vie sur la route, d'excès d'alcool n'est pas raccord avec les exigences de la vie de soldat. Ainsi, le 27 juillet 1943, Wills est dégagé de ses obligations militaires.

A son retour à la vie civile, sachant que la majorité de son orchestre sert encore sous la bannière d'Oncle Sam, il décide de s'installer en Californie. Les quelques musiciens non enrôlés travaillent pour Johnny Lee Wills et la conjoncture économique, voire culturelle fait se terminer l'époque bénie des big-bands à l'exception notable de grands noms tels que Duke Ellington, Glenn Miller ou Benny Goodman.

Ce qui ne l'empêchera pas, fidèle à son instinct artistique et peut-être à son égo surdimensionné, de former en 1944 un orchestre de 22 musiciens, le plus grand de toute sa carrière, composé en partie d'anciens venus de chez Jimmy Dorsey ou Glenn Miller, même si cette formation ne dure que quelques mois, son public étant également plus friand de chansons où le violon, la guitare et le banjo se taillent la plus belle part.

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