lundi 26 décembre 2011

Bob Wills (8)

"Brain Cloudy Blues"

Les Tiffany Transcriptions laissent le temps aux Texas Playboys d'honorer leur contrat avec Columbia. En septembre 1946, trois jours permettent d'enregistrer 17 titres. Bob Wills n'ayant pas pu trouver des musiciens pour les cuivres, ce sera l'une des rares sessions sans cette section. Art Satherley, l'anglais émigré qui produit les enregistrements de Wills depuis son arrivée à la Columbia tire sa révérence.

Parmi les titres gravés, "Cotton Eyed joe", un tube qui reste populaire au Texas de nombreuses années (Hank Williams l'incluait dans son show radio "Health & Happiness") avant d'être à nouveau numéro 1 dans les années 90, passé à la moulinette techno-dance par un trio scandinave. De petites perles confirment si besoin était le talent de chanteur de Tommy Duncan, arrivé à maturité: "Milk Cow Blues" de Kokomo Arnold (Johnny Lee Wills en fera une meilleure version, plus "habitée" et Elvis Presley en accélérera le tempo dans son "Milk Cow Blues Boogie en 1956) et "Brain Cloudy Blues" dont les yodels sont un hommage direct à Jimmie Rodgers.

La dernière séance pour Columbia a lieu à Chicago, Illinois. Les morceaux enregistrés alors sont plus western, le swing étant presque passé de mode. De plus, avec Fred Rose comme producteur, un des personnages les plus influents dans la country-music, l'orientation est presque naturelle. Rose est un compositeur dans la ligne Tin Pan Alley qui s'est tourné vers la country, a fondé avec Roy Acuff une compagnie destinée à découvrir de nouveaux talents dont un certain Hank Williams en 1946.

L'une des raisons de cette dernière séance était que Bob Wills, s'en remettant encore et toujours à son "sens des affaires", s'était fait promettre un bonus exceptionnel s'il signait pour la MGM mais le bonus finira dans les poches du prétendu "ami" qui avait arrangé le transfert, laissant Wills sous contrat avec une maison de disques qui venait également de signer Hank Williams dont la carrière commençait à décoller. l'autre raison qui le fait changer de compagnie était la jalousie éprouvée à l'égard de Spade Cooley, autre artiste Columbia, qu'il disait être favorisé par rapport à lui-même.

Le western-swing laisse la place à un style plus honky-tonk, ce terme étant apparu à la fin du 19ème siècle dans les journaux américains pour désigner un bar populaire, mal famé où la clientèle essentiellement masculine, à l'exception des prostituées, passait son temps à se bourrer la gueule, que ce soit à l'alcool ou aux poings.

La première séance d'enregistrement pour MGM a lieu deux semaines après la dernière de Columbia. Les titres sont orientés western-ballads, "Keeper Of My Heart" et "Thorn In My Heart" mettant une fois de plus les qualités vocales de Duncan. Wills adapte à sa main la chanson de Cindy Walker "Don't Be Ashamed Of Your Age", Bubbles In My Beer" et le "Crazy Rythm" de Lee J. Pockriss.
L'orchestre est sensiblement le même si ce n'est la présence au banjo d'Ocie Stockard; membre originel des Musical Brownies de Milton Brown.

Mais sans la présence d'un producteur audacieux comme Satherley, sachant lui laisser expérimenter certaines choses tout en gardant le contrôle, Wills et les Texas Playboys ne livrent plus de morceaux novateurs, inventifs, se contentant d'appliquer des recettes qui, si elles ont fait leurs preuves de par le passé, apparaissent à présent un peu has-been.

L'alcoolisme de Bob Wills a toujours été, depuis son plus jeune âge, le problème majeur; côté vie personnelle, ses divorces successifs avant sa rencontre avec Betty Anderson ajoutés à des choix financiers assez déplorables vont l'empêcher d'arrêter de tourner, les concerts et autres ballroom-parties lui permettant de se renflouer et de payer ses traites dues à des choix et des opérations immobilières lamentables.

Si le fait de vouloir garantir une aisance immobilière pour lui et sa famille était fondé, ses opérations visant à investir dans des locaux dévolus à des concerts furent des échecs cinglants, le laissant sur la paille plus d'une fois. l'exemple le plus marquant, qui par un hasard malheureux lui fait rejoindre la grande Histoire, est l'achat du Bob Wills Ranch House Ballroom à Dallas, Texas en 1950.

Des employés peu scrupuleux qui le volaient presque ouvertement et son aveuglement du à de très larges quantités d'alcool conduisent l'entreprise à la banqueroute, laquelle entreprise sera rachetée et gérée par un certain jack Ruby qui connaîtra la "célébrité" dans les années 60 en assassinant Lee Harvey Oswald.

La popularité de Bob Wills, dès le début des années 30, n'empêcha nullement les pontes du Grand Ole Opry de lui interdire de se produire là-bas pour "alcoolisme et atteinte aux bonnes moeurs (il était divorcé!!)".

Et si l'union de façade qu'affichaient les Texas Playboys ont maintenu Wills en haut de l'affiche pas mal de temps, les dissensions, jalousies, problèmes d'égo et engueulades vont finir par avoir la peau de Tommy Duncan, lui qui, de par sa position dans l'orchestre en tant que chanteur, se prenait pour le leader des Playboys.

En septembre 1948, après une engueulade au sujet de l'alcoolisme de Bob, de son absentéisme lors de certains concerts imputable à la bibine bien sur, Wills vire le seul membre originel restant des Playboys avec lui-même après quinze ans de bons et loyaux services. Duncan s'en ira fonder les Western All-Stars, un orchestre composé en majorité d'anciens de chez Wills tels que Noel Boggs, jimmy Wyble, Millard Kelso ou Ocie Stockard. Ses disques enregistrés pour le label Capitol ne rencontreront pas le succès escompté malgré leur qualité musicale intrinsèque. Duncan et Wills ne se retrouveront que bien plus tard, à la fin des années 50.

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