lundi 19 décembre 2011

Bob Wills (7)

"Texas Playboy Rag"

Les Texas Playboys réenregistrent en studio à Los Angeles fin janvier 1945 après avoir gravé quelques titres pour le Armed Forces Radio Service Transcription entre octobre 1943 et décembre 1944 (les V-Discs, réservés aux radios émettant pour les forces armées, le V signifiant Victory). Le line-up de cette formation comprend entre autres Noel Boggs, steel-guitariste ayant joué pour Hank Penny et qui intégrera l'orchestre de Spade Cooley pour y rester une dizaine d'années, Jimmy Wyble à la guitare, Tommy Duncan de retour et, chose nouvelle, une chanteuse: Laura Lee Owens.

C'est durant cette période que Bob Wills, au grand dam des pontes du Grand Ole Opry, imposera la batterie de Monte Mountjoy car cet instrument était interdit, tabou dans la country-music, ayant une connotation trop musique nègre dans un milieu très largement conservateur pour ne pas dire raciste et ségrégationniste (cf article antérieur).

L'enregistrement pour Columbia fin janvier 1945 nécessite plusieurs jours mais permet à Wills d'ajouter à sa liste quelques classiques en devenir tels que "Roly Poly" écrit par Fred Rose mais transformé par les Texas Playboys en un mélange de fiddle-tune et de New-Orleans alors qu'Alex Brashear à la trompette est le seul cuivre du groupe. Au programme figurent aussi "Texas Playboy Rag" qui met en valeur la dextérité de Noel Boggs. Le violoniste Joe Holley, repéré en 1941 dans un studio d'enregistrement à Fort Worth, fait ses classes en "ligue mineure" dans l'orchestre du petit frère Johnny Lee Wills à Tulsa avant d'intégrer la formation de Bob aux côtés de Jesse Ashlock.

Bob Wills ayant signé un contrat de management pour les concerts avec MCA en 1944, l'argent n'est pas vraiment un problème pour celui qui, déjà au début de sa carrière, savait ou croyait savoir placer ses sous et innover en matière de promotion artistique sans se douter que l'après-guerre allait donner un coup d'accélérateur dans tous les domaines, laissant inexorablement sur le côté ceux qui refusaient la nouveauté.

Tout roule alors, la guerre est finie, Betty met au monde leur premier enfant nommé James Robert Wills II et Columbia réédite les anciens morceaux de Bob dont les disques se vendent jusqu'à épuisement des stocks; le public vient nombreux à ses concerts bien évidemment sold-out, concerts qui rapportent plus d'argent que les royalties générées par les ventes de disques.

De plus, et cela va causer jalousies et défiances de la part de ses proches et employés car Wills, en bon campagnard, exigeait toujours de se faire payer en liquide, refusant les chèques au grand désarroi de ses employeurs et des proches qui s'inquiétaient de le voir se balader avec d'énormes rouleaux de billets pouvant attirer la convoitise de gens mal intentionnés. Les dépenses quelquefois inconsidérées telles que l'achat d'un ranch près de Fresno ainsi que de troupeaux faisaient partie de ce que craignaient ceux qui auraient voulu qu'il mette la pédale douce sur ses investissements mais Wills, devenant très autoritaire avec son monde n'écoutait absolument personne s'enfermant dans une paranoïa aggravée par sa consommation d'alcool.

Après plus de trente ans sur les planches, il est tiraillé par l'idée de prendre sa retraite artistique, préférant rester près des siens en famille plutôt que de parcourir les Etats pour ses concerts bien que l'argent rentrant dans ses poches était toutefois très tentant.

En octobre 1945, 4 titres sont enregistrés à Hollywood dont "I'm Feelin' Bad" qui reflète bien quel est l'état d'esprit de Bob Wills à l'époque. Début 1946 et jusque fin 1947, les Texas Playboys vont enregistrer des émissions de radio (the Tiffany Transcriptions) destinées à être vendues et diffusées sur les ondes des stations de tous les Etats ou presque. 370 émissions sont ainsi mises en boite, commençant toutes par le "Texas Playboy Theme". La particularité de ces émissions était que l'enregistrement se faisait en prise directe dans les mêmes conditions qu'un concert, sans répétitions préalables ni même un conducteur précis, reproduisant l'ambiance (sans public) des "dances" qui ramenaient un public nombreux mais aussi beaucoup d'argent.

La formation des Texas Playboys voit passer de nombreux excellents musiciens tels que Billy "Tiny" Moore qui développe la mandoline amplifiée dans le western-swing et qui jouera pour de nombreux autres groupes ensuite tout en gérant un magasin de disques à Sacramento; profitant du revival des années 70 il enregistrera avec Merle Haggard et Commander Cody & His Lost Planet Airmen. Herb Remington joue de la steel-guitar, bercé et influencé par la musique hawaïenne dès son plus jeune age et rejoindra par la suite Hank Penny puis Dickie McBride.

Ainsi, avec le revenant Eldon Shamblin à la guitare électrique, le trio compose une section de cordes comparable à une section de cuivres. La famille n'est pas oubliée avec Jack Wills à la basse alors que Luke possède, à l'instar de Johnny Lee, son propre groupe.

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