jeudi 16 juillet 2015

ENTRACTE - DEON MEYER

ENTRACTE

Dans le roman "Lemmer l'invisible", Deon Meyer délaisse les personnages "récurrents" qu'il utilise dans ses quatre premiers livres, en majorité issus de la Brigade des Vols et Homicides du Cap.

La page de remerciements en fin de bouquin nous apprend que l'auteur l'a écrit pour apporter un écho et rendre hommage au travail des protecteurs de la nature et des animaux, en particulier ceux qui oeuvrent pour la rééducation des animaux blessés par le braconnage, fléau endémique entretenu par le trafic d'ivoire, d'animaux vivants ou morts.

Pendant qu'il écrivait "Le pic du diable", Meyer a fait plusieurs randonnées à moto dans la province du Limpopo située au nord-est du pays, une région frontalière avec le Mozambique, le Zimbabwe et le Botswana. La moto, une BMW R1150 GS, est abondamment mise en avant dans "L'âme du chasseur" lors de la cavale de Thobela Mpayipheli.

C'est à l'occasion de ces voyages qu'il visite un centre de rééducation pour oiseaux rapaces. Les nombreuses pages consacrées à la défense des animaux, au statut des parcs animaliers sont très documentées et extrêmement précises. Meyer a voulu ainsi mettre en avant le travail, le dévouement et l'abnégation de ceux qui s'impliquent corps et âme pour cette cause. 

Jusqu'alors, il nous avait baladé durant les quatre premiers romans. En effet, le protagoniste principal, le "héros" auquel le lecteur pourrait s'identifier, se reconnaître, celui qui tour à tour subit ou mène l'histoire change d'un roman à l'autre.

Dans "Jusqu'au Dernier" c'est Mat Joubert qui tire l'histoire. Son prénom est orthographié ainsi dans ce livre mais se voit ajouter un deuxième t dès les suivants, jouant sur l'ambiguïté entre le diminutif supposé de Matthew et la signification exacte du "prénom" Mat. Dans le roman suivant, il n'est plus qu'un second rôle, important tout de même mais éclipsé par Zatopek van Heerden dans "Les Soldats de l'Aube". Joubert, promu chef, est encore présent dans "Le pic du Diable", peut-être pour "lancer" la carrière de Benny Griessel, déjà présent comme second rôle dans le premier bouquin de Deon Meyer (vous me suivez toujours?).

Zatopek van Heerden, héros du deuxième roman, apparaît encore un peu dans le suivant, "L'âme du Chasseur", en tant que consultant en criminologie. Il introduit, contraint et forcé par les évènements, le garde du corps Thobela Mpayipheli qui sera le personnage principal du troisième ainsi que l'un des trois protagonistes du quatrième, "Le Pic du Diable". 

Benny Griessel, second rôle dans "Jusqu'au Dernier", partage les feux de la rampe avec Thobela Et Christine van Rooyen dans "Le Pic du Diable". Le traitement du personnage, son développement, indiquent que l'auteur, après avoir testé plusieurs personnages semble avoir jeté son dévolu sur lui (oui! bon! c'est l'idée mais peut-être faussée par le fait que la bibliographie postérieure consacre Griessel comme "flic" de Deon Meyer!).

D'autres protagonistes reviennent comme seconds rôles, dans l'entourage professionnel principalement mais aussi privé du personnage principal (surtout Griessel).
Les patrons successifs de la brigade criminelle font évidemment partie de cette nébuleuse: Willie Theal fait figure de mentor, de régulateur mais n'est évoqué qu'au passé car le premier roman débute par la prise de fonction de son successeur Bart de Wit qui comme son nom ne l'indique pas est noir.
Il reste en fonction pendant les trois premiers bouquins avant de céder sa place à Mat Joubert dans "Le Pic du Diable".

Dans une enquête pour meurtre, il y a le passage obligé par la morgue. Si certains auteurs s'en tiennent à la lecture d'un rapport médico-légal lu par un personnage pour mettre un autre au courant, Deon Meyer personnalise le médecin-légiste en chef Philip Pagel qui, en plus d'être le type le plus intelligent et le plus cultivé, se lie d'amitié avec les anciens que sont Joubert et Griessel (surtout lui!).

"Les Soldats de l'Aube" raconte l'apprentissage du boulot d'inspecteur à la criminelle de Van Heerden par Willem Nagel, un flic à l'ancienne, préférant l'intuition aux techniques modernes, retors, mal-aimé mais respecté pour son taux record de résolutions d'enquêtes criminelles. Dans ce même livre, l'avocat Kemp aide Van Heerden à sortir de cellule de dégrisement. Il est à nouveau cité dans le cinquième roman "Lemmer l'Invisible" mais sans que l'on apprenne quel est son prénom avant "A la Trace" (ou alors j'ai loupé quelque chose mais de toute façon ce n'est pas très important).

Orlando Arendse, caïd de la drogue et autres trafics, apparaît dans "Les Soldats de l'Aube" pour filer un coup de main à Van Heerden en lui louant les services de ses hommes de main comme gardes du corps. Thobela Mpayipheli aura plus tard besoin d'un petit service de la part d'Orlando dans "L'âme du Chasseur" mais son influence dans le crime organisé a décliné. C'est à la retraite, peinard, qu'Orlando revient dans "Le Pic du Diable".

Comme pour Kemp jusqu'à "A la Trace", pas de prénom pour Doc Barkhuisen. Ce n'est pas vraiment un mentor pour Benny Griessel à l'instar de Willem Nagel pour Van Heerden mais plutôt un parrain, bien que l'acceptation implicite de ce rôle par l'un et l'autre se fasse en dehors du tralala habituel propre aux Alcooliques Anonymes.

"Lemmer l'Invisible" pourrait être considéré comme un roman de transition mais la force du récit et l'épaisseur du personnage Martin Fitzroy Lemmer en font un bouquin aussi prenant que les précédents. On se prend à penser que Meyer, malgré ses flics très borderline, parfois outerline, ai eu envie de délaisser l'angle police officielle et de s'attaquer à un "héros" encore plus marqué par la vie que ses flics (enfance cahotique et violente, meurtre d'un homme, prison).

Il est notable que dans les premiers romans, l'alcoolisme de certains fait partie intégrante de l'histoire alors que Lemmer ne boit pas une goutte d'alcool.
Enfin, et ça ne doit pas être évident, la plupart des personnes intervenant ou subissant l'action sont décrites par leur couleur de peau, du noir au blanc en passant par le métis et le rouge-rosé suite aux coups de soleil! Deon Meyer nous laisse de temps en temps dans l'ignorance, exposant néanmoins fréquemment cette thématique très sensible et excessivement compliquée dans la nouvelle Afrique du Sud (mais pas que là-bas malheureusement!). 


samedi 11 juillet 2015

LEMMER L'INVISIBLE

Lemmer l'invisible

Onsigbar - Human and Rousseau - 2007

Lemmer l'invisible - Seuil - 2007

L'histoire

Lemmer est un garde du corps chargé d'escorter une riche cliente du Cap vers le parc Kruger afin qu'elle puisse retrouver son frère disparu il y a presque vingt ans. Elle a cru le reconnaître aux informations télévisées. Est-ce bien lui? Pourquoi aurait-il abattu froidement trois braconniers et un sangouma (un guérisseur)?
Lemmer va devoir jouer avec l'hostilité des policiers sur place, la dangerosité mortelle du black mamba glissé dans sa chambre et les velléités meurtrières de mercenaires armés. Lemmer qui, à son corps défendant, se retrouve embringué dans une histoire dont l'origine est un évènement de portée internationale survenu plus de trente ans en arrière.

Les personnages

MARTIN FITZROY LEMMER a quarante-deux ans. Il est né au Cap. Son père Gerhardus Lodewicus Lemmer est afrikaner alors que sa mère, née Beverly Ann Simmons est anglaise. Lemmer doit ses prénoms qu'il n'affectionne pas particulièrement à son grand-père maternel.
"Ma mère était une manipulatrice et une femme facile, mon père était lâche et violent."

A l'âge de neuf ans, son père commence à le battre chaque fois que sa femme le trompe. Elle quitte le domicile conjugal quand il a treize ans. Son père continue les roustes: "pour t'endurcir, pour que tu puisses t'en sortir dans ce monde de merde". Il inscrit son fils à des cours de karaté. Au début, Lemmer ne comprend pas ce sport de combat où il est interdit de porter les coups.
Il commence à prendre goût à la violence, provoque des bagarres à l'école et tabasse son père pour la première fois l'année de son bac.

Son maître de karaté est policier. Il propose à Lemmer d'intégrer l'école de police à Pretoria. Repéré là-bas, il est recruté comme garde du corps en 1986. Lemmer passe un an à assurer la protection du ministre des transports mais celui-ci prend sa retraite et se suicide peu après avoir appris qu'il était atteint d'un cancer en phase terminale. Il est ensuite affecté à la sécurité du ministre de l'agriculture pendant huit ans puis du ministre de l'éducation pendant un an.

L'extrait: le ministre des transports page 355

"- Umuntu ngumuntu ngabantu. Vous savez ce que ça signifie?
 - Non, monsieur.
 - C'est du zoulou. C'est de là que vient le mot "ubuntu". Il veut dire beaucoup de choses. On ne peut être humain qu'à travers les autres. Nous faisons partie d'un tout,d'un groupe plus vaste. Inextricable. Le groupe est l'individu. Ce qui veut dire qu'on est jamais seuls, mais aussi que, quand on fait mal à quelqu'un, on se fait mal à soi-même. 
Ça signifie la solidarité, le respect, l'amour fraternel, la compassion et l'empathie.
Voilà ce que doit chercher l'homme blanc en Afrique. S'il ne trouve pas, il restera pour toujours un étranger dans ce pays."

Les personnages

Durant l'été 1987, Lemmer rencontre Mona. Elle est employée dans un salon de coiffure; il veut se rafraîchir la coupe de cheveux et ça tilte entre eux.
MONA DE MUCLENEUK est une femme au corps plantureux qui mesure quatre centimètres de plus que lui. Ils vont rester neuf ans ensemble. Lemmer doit s'absenter de temps à autre pour son travail mais le jour où il annonce à Mona qu'il doit passer six mois au Cap, elle lui dit qu'il peut sortir avec une autre femme pendant ce temps-là parce qu'elle ne tiendra pas sans sexe aussi longtemps.

En 1998 la discrimination positive induit une augmentation du nombre de gardes noirs. Il se voit proposer une indemnité de licenciement ou un transfert. Avec l'argent, Lemmer achète un appartement à Seapoint et devient professeur de karaté dans un Virgin Active, une chaîne de salles de sport.

A la sortie d'un cours,il prend la défense d'un jeune adolescent roumain qui suit ses cours mais qui se fait emmerder par quatre jeunes blancs. Après avoir été suivi et percuté par leur voiture alors qu'il rentrait chez lui, la bagarre éclate et le plus grand (1,95m) et le plus baraqué reste sur le carreau. Il meurt après quatre jours de coma. Lemmer a aussi pris soin des trois autres qui imploraient sa clémence malgré les dents et les os brisés.

L'extrait: Lemmer page 265

"Et l'autre truc. Celui dont je n'avais parlé ni à Kemp, l'avocat, ni au juge ni à personne. Combien ça avait été bon. Ces moments, ces minutes où je m'étais laissé aller, où j'avais pu donner ces coups de pied et frapper, où j'avais pu faire mal, casser et bliksem, je m'étais senti à ma place. Quand j'avais tué Vincent et tabassé les trois autres jusqu'à ce qu'ils implorent ma pitié, tout s'était mis en place. Je m'étais senti en harmonie avec l'univers, comblé, bon et juste. C'est une chose terrible. Ça enivre. On ne peut plus s'en passer. Et c'est d'une douceur affreuse."


Lemmer écope de six de prison pour homicide involontaire mais grâce aux remises de peine pour bonne conduite sort au bout de quatre ans de la prison de Brandvei.
Avec ses économies Lemmer achète une vieille maison presque centenaire à Loxton, province du Cap nord. Il faut six heures de voiture pour rallier la ville du Cap.

Au commencement, il passe son vingt-cinq décembre à abattre le mur entre la cuisine et la salle de bains quand sa patronne JEANETTE LOUW l'envoie en mission. Elle l'a embauché deux mois après sa sortie de prison. Patronne de Body Armour, une agence de sécurité et de protection pour personnalités, elle a la cinquantaine, des longs cheveux teints en blond, fume des gauloises, est lesbienne avec une nette préférence pour les femmes hétérosexuelles récemment divorcées et qui souffrent.

Body Armour vise les diplomates, consuls, conseillers économiques d'ambassades et, de fil en aiguille acquiert une clientèle internationale et jet-set, protégeant lors de leur séjour au Cap Colin Farrell, Oprah Winfrey, Robbie Williams et Samuel L. Jackson. Sean Connery a refusé la protection en déclarant:"Vous me prenez pour une lopette!"

Lemmer est donc sous le régime de la liberté conditionnelle et n'a pas le droit de porter une arme. Il ne boit pas d'alcool mais du jus de raisin rouge gazéifié. Sportif, il court cinquante kilomètres par semaine et fait cinquante tractions, cinquante abdos et cinquante pompes matin et soir.

La narration subjective (c'est Lemmer qui décrit ses actions) est employé par Deon Meyer dans ce roman, ce qui lui permet d'instiller des vérités peut-être semblables à ses convictions propres par le biais des "Lois de Lemmer": la première loi commande "de ne pas s'impliquer car les gens mentent", la seconde découle de la première, "ne faire confiance à personne".
Ces guides comportementaux personnels, liés à la vie et à l'expérience propre sont augmentés le "Lois de Lemmer" plus universelles telle celle sur les riches afrikaners: "Si un afrikaner peut en mettre plein la vue, alors il le fera."
Pour conclure avec ces Lois, il faut citer celle qui dit:"Celui qui éprouve le besoin de dire "je ne suis pas raciste mais..." en est un."

La mission de Lemmer dans ce roman est de protéger une cliente nommée EMMA LE ROUX. Elle s'est fait recommander Body Armour par CAREL VAN ZYL qui a déjà fait plusieurs fois appel à cette agence. Il a embauché Emma après l'obtention de son diplôme comme responsable du marketing.

Elle est née en 1972. Elle est mince et menue, ses cheveux noirs sont coupés très courts, a de grands yeux sombres et des oreilles effilées: "On aurait dit une nymphe tout droit sortie d'un conte pour enfants". Ses parents sont morts dans un accident de voiture.

Son frère JACOBUS DANIEL LE ROUX est né en 1966 mais disparaît en 1986 alors qu'elle est âgée de quatorze ans. Jacobus s'est engagé dans la toute nouvelle unité de Conservation de la Nature et de l'Environnement de l'armée à Bloemfontein en 1985. puis il rejoint l'Unité des Services de l'Environnement du parc Kruger pour essayer de mettre un terme au braconnage des éléphants et à la contrebande de l'ivoire.

Les missions de reconnaissance se font en binôme dans lequel le blanc est le leader et porte la radio alors que le noir est le pisteur et porte les rations. Ils sont armés de fusils et ont l'autorisation d'ouvrir le feu sur les braconniers: "Leur faire comprendre que c'était la guerre, parce que l'Afrique ne pouvait pas se permettre de perdre mille éléphants par semaine." (page 425)

Jacobus tue son premier braconnier en février 1986. Il affirmera à Lemmer qu'il en a tué six autres durant cette année. En octobre, leur mission est supposée se terminer dans plusieurs jours quand Jacobus et son pisteur noir VINCENT MASHEGO, dit "Pego", un mapulana, tombent sur un campement occupé non pas par des braconniers noirs mais par des blancs en tenue militaire.

Pego est capturé,et torturé avant que Jacobus n'arrive à le libérer. Leur radio émettant sur la même bande que les "braconniers", celui qui semble être le chef de la bande lui ordonne se rendre, donnant l'adresse de ses parents, une précision assortie de menaces de mort à leur encontre. Jacobus décide de sauver Pego, blessé par balle au genou pendant sa capture. Ils réussissent à passer au Mozambique.
Recueilli par une tribu, il se retape et passe au Swaziland.

Jacobus tente de rentrer en contact avec sa famille mais tombe sur la même voix que celle du campement, menaçant de manière encore plus précise les membres de sa famille.
Il trouve un emploi d'ouvrier agricole à la réserve de Mlawula mais quelques mois plus tard, craignant d'avoir été reconnu, est à nouveau obligé de s'enfuir et de se cacher.

Survivant tant bien que mal au gré de petits boulots, il voit une ouverture en 1992, année de la légalisation de l'ANC en Afrique du Sud. Deux ans plus tard, avec l'argent qu'il a mis de côté, Jacobus se fait refaire le visage, passe la frontière pour rentrer au pays. il essaie de rentrer en contact avec ses parents. Sa mère reconnaît sa voix au téléphone mais le lendemain, alors qu'il rappelle la maison familiale, c'est un policier qui décroche et lui annonce la mort de ses parents.

Guerre civile en Mozambique

Pour mieux ancrer la fiction dans une réalité historique, Deon Meyer mêle la Grande Histoire à la sienne.

Le dix-neuf octobre 1986, l'avion du président du Mozambique s'écrase près de Mbuzini, à cent-trente kilomètres de l'endroit où Jacobus et Pego ont repéré le campement des boers. Cachés dans une crevasse, ils entendent des soldats à leur recherche poser une balise V.O.R. (pour Very high frequency Omnidirectionnal Range), un système de radio-navigation qui va faire dévier l'avion présidentiel et provoquer son crash. Il n'y aura qu'une dizaine de survivants mais Samora Machel y reste.

Samora Machel, président du Mozambique depuis le vingt-cinq juin 1975 et l'indépendance du pays, est la figure emblématique de la lutte contre l'opposant portugais.
Vasco De Gama débarque pour la première fois sur la côte orientale en 1498. Plus tard, des comptoirs sont installés par les Portugais.

Déjà au dix-neuvième siècle, ses ancêtres s'étaient battus contre eux. Samora, infirmier, a vu les terres de ses parents confisquées, a connu la faim et a vu son frère mourir. La lutte armée du FRELIMO, ouvertement communiste, lui permettra d'en devenir le commandant en chef en 1970 avant d'être nommé premier président du Mozambique. Son mouvement de lutte devient le parti unique et la politique menée ouvertement marxiste.

Cela provoque une guerre civile ainsi que la faillite économique du pays, faillite facilitée par le blocus imposé par l"Afrique du Sud, pays pourtant privilégié en ce qui concerne les échanges économiques avec les pays voisins. Les soutiens passés aux rebelles Rhodésiens et Africains du Sud comptent également dans cette inimitié, accentuée quand ces pays arment un mouvement contre-révolutionnaire nommé RENOMA. Cette guerre civile s'achève dans les années 90, laissant le pays exsangue, une nation classée parmi les plus pauvres du monde.

Le parc Kruger

Kruger ou Krüger ou Krueger signifie "tavernier" en bas-saxon et "potier" en haut-allemand.

Le parc Kruger est le plus grand parc national d'Afrique du Sud, d'une superficie de près de 19000 kilomètres carrés égale à celle du Pays de Galles ou d'Israël. Situé dans le nord-est du pays dans l'est du Transvaal, il est bordé à l'ouest par la province du Limpopo et au sud par celle de Mpumalanga, à l'est par le Mozambique et au nord par le Zimbabwe.
Il fait aujourd'hui partie du parc transfrontalier du Limpopo, ayant été regroupé avec le parc national Gonarezhou au Zimbabwe et le parc national Limpopo au Mozambique.

Le parc doit son nom au cinquième président de la république sud-africaine du Transvaal après la première guerre des Boers de 1880-1881. Kruger est élu président en 1883 et se rend plusieurs fois à Londres pour obtenir l'indépendance de l'Etat du Transvaal. Mais les diamants et l'or découverts dans cette région attirent les colons britanniques. Le refus de leur accorder les mêmes droits civiques provoque la deuxième guerre des Boers de 1899 à 1902. Kruger aura donc commencé et terminé sa fonction présidentielle par une guerre.

Kruger a été élevé au sein de l'église réformée néerlandaise (très rigoriste, merci Calvin) et lisait la bible deux fois par jour, croyant littéralement tout ce qui y était écrit et en déduisit que la terre était plate.

L'enquête 

première partie

Lemmer rencontre Emma Le Roux qu'il est chargé de protéger. Elle s'est fait attaquer chez elle par trois hommes cagoulés et n'a du son salut qu'à sa fuite et à un voisin armé d'un fusil de chasse.
Aucun mobile apparent.

Emma raconte à Lemmer l'histoire de son frère Jacobus qui a disparu et est présumé mort depuis plus de vingt ans mais qu'elle a cru reconnaître à la télé dans un flash-info une semaine avant la tentative d'agression. Lemmer apprend aussi qu'Emma possède une petite fortune héritée de ses parents décédés dans un accident de la route.

Ils prennent l'avion au Cap pour se rapprocher du parc Kruger et s'installent dans la réserve naturelle de Mahlolobe car Emma veut vérifier qui est l'homme qu'elle a vu à la télé. Pendant la nuit, un black mamba est introduit dans la chambre d'Emma. Lemmer le tue non sans mal.
L'inspecteur chargé de l'affaire criminelle ne reconnaît pas Jacobus. Le suspect qu'Emma a vu aux infos s'appelle Jacobus De Villiers et aurait tué trois braconniers et un sangouma.

Ils se rendent au camp de rééducation pour animaux de Mogale, là où travaillait De Villiers mais personne ne reconnaît Jacobus Le Roux. A leur départ du camp ils sont pris en filature. Lemmer neutralise facilement les suiveurs. Ce sont des policiers. Le doute subsiste pour Emma qui s'accroche à quelques maigres coïncidences alors que tous ceux qui ont connu Cobie De Villiers ne croient pas qu'il s'agisse de son frère.

Emma désespère quand Frank Wolhuter, le directeur du camp de rééducation l'appelle pour lui dire qu'en fouillant dans les affaires de Cobie, il a probablement trouvé la preuve que les deux Jacobus n'en faisaient qu'un. Quand ils se rendent au camp, c'est pour apprendre que le directeur du camp de Mogale a été retrouvé mort déchiqueté dans l'enclos des lions. La police conclut à un accident.

Le mobile de Jacobus De Villiers est peut-être aussi lié aux velléités conjointes des tribus autochtones déplacées lors de l'installation des Boers au dix-neuvième siècle et des promoteurs immobiliers en vue de récupérer des terrains aux abords du parc pour pouvoir construire hôtels, golfs et autres attrape-touristes en mal d'aventures et de dépaysement.

Avant de rentrer au Cap, Emma et Lemmer retournent au camp pour rencontrer un ranger ex-collègue de Jacobus qui pourrait peut-être retrouver les documents de Wolhuter à son propos. Une lettre anonyme a été laissée à l'hôtel à l'attention d'Emma, l'enjoignant de rentrer chez elle. A peine sortis du camp ils se font attaquer et tirer dessus par trois hommes cagoulés dont un sniper qui touche Emma à la poitrine. Dans leur fuite, Lemmer se démet l'épaule. Ils se cachent in-extremis dans un petit village puis sont amenés à l'hôpital. Emma est dans le coma. La chirurgienne lui accorde une chance sur trois de survie.

Lemmer se rétablit, demande et obtient des renforts: deux invisibles, une voiture, de l"argent et des armes.

Deuxième partie

A l'hôpital, Lemmer est sollicité par le corps médical pour tenir compagnie à Emma et lui parler. Les comateux n'entendent presque pas et ne se souviennent pas de ce qu'on leur dit mais peut permettre des fois d'améliorer l'échelle de Glasgow.
Il va lui raconter sa vie, restant auprès d'elle de nombreuses heures, culpabilisant de n"avoir pas pris Emma au sérieux dans ses recherches au début et d'avoir sous-estimé les menaces et dangers potentiels.

Les renforts sont arrivés, "livrés par Jeanette Louw en personne. Sur le parking de l'hôpital, alors que Lemmer et sa patronne discutent, il remarque une Jeep dont les deux occupants lui paraissant louches mais la voiture démarre en trombe et disparaît. Lemmer a eu le temps avant l'arrivée de Jeanette de retourner sur les lieux de la fusillade qui a laissé Emma sur le carreau.
Ayant repéré et fouillé l'endroit où le sniper a tiré sur Emma il trouve une douille. Avec l'immatriculation de la Jeep, cela peut donner des indices tangibles et exploitables.

Profitant du coup de foudre du chef ranger Dick "le clone d'Orlando Bloom" pour Emma, Lemmer se fait raconter dans le détail tous les incidents ayant pour origine la défense de la nature et de la cause animale. Ces évènements sont reliés entre eux parce que des lettres d'avertissement puis des menaces signées d'un mystérieux HB ont été envoyées en amont. Et c'est durant le dernier incident que Cobie de Villiers aurait été formellement reconnu par plusieurs témoins.

Lemmer cherche à savoir qui a donné le petit mot pour Emma au gardien, à l'hôtel. Edwin est retrouvé par la police mort et torturé chez lui. L'inspecteur Jack Phatuidi l'accuse du crime. L'immatriculation de la Jeep est fausse.

Troisième partie

Jour de Nouvel An. Lemmer commence à fomenter un plan pour attirer ceux qui ont blessé Emma et certainement tué Edwin. Il loue une ferme isolée en assez mauvais état mais habitable. Une fois installé, Lemmer téléphone à Donnie Branca, employé du centre de rééducation, puis à Jack Phatuidi en leur faisant croire qu'il a compris pal mal de choses. Ensuite, Il met en place sa surveillance à proximité de la ferme, persuadé que le ou les "écoterroristes" responsables du coma d'Emma, de la mort de Wolhuter et Edwin vont vouloir l'éliminer.

Quand arrivent Branca et Moller, Lemmer les neutralise. Leurs explications concernant les "péripéties" vécues par Emma et lui débouchent sur la révélation que Cobie de Villiers les a contacté trois jours plus tôt et a affirmé ne pas connaître Emma, "sa soeur". Cette nouvelle sème le doute dans l'esprit de Lemmer.

Il écarte Branca comme meurtrier mais a des doutes sur Stefan Moller, ce millionnaire dont la fortune a des origines inconnues et qui rachète des terrains pour en faire non pas un parc touristique mais un gigantesque enclos privé où la nature pourra reprendre ses droits sans aucune intervention humaine autre que la réintroduction et la préservation d'espèces animales et végétales. Cobie a travaillé chez lui.

Se rappelant un détail vu lors de sa visite en compagnie d'Emma, Lemmer percute et se rend chez Moller. Au cours de la fouille des lieux, Cobie de Villiers le surprend et le désarme, une lutte s'engage et Lemmer parvient à neutraliser et ligoter Cobie qui essaie de s'enfuir un peu plus tard dans la nuit avant d'être à nouveau rattrapé et maîtrisé. Lemmer menace Jacobus de l'amener à l'hôpital pour voir Emma, celui-ci craque et avoue être son frère et se sentir responsable de la mort de ses parents.

Lemmer se remet en surveillance à côté de la ferme. Cette maison qu'il a louée est située sur "le lieu d'une grande bataille" appelé Motlasedi.
Au dix-neuvième siècle, les Mapulanas sont attaqués par les Swazis. Se réfugiant dans la montagne, ils en bloquent tous les accès sauf un sentier. Les Swazis surs d'eux et de leur supériorité montent à l'assaut mais les Mapulanas les déciment en envoyant des rochers rouler jusqu'au bas de la pente, achevant le travail à la lance et autres armes blanches.

L'embuscade a réussi. Quatre morts et deux blessés. Lemmer arrive à soutirer le nom du commanditaire qui a causé les blessures d'Emma. Après un entretien avec celui-ci Lemmer craque et lui met un pain dans la figure.
Jeanette Louw lui sauve la mise en récupérant l'enregistrement vidéo de leur entretien pendant lequel ce PDG d'une société d'avionique privée, ayant de juteux contrats avec le gouvernement, sur de lui et de son fait,a raconté et exposé tous les tenants et aboutissants de l'histoire, assumant même, au nom de la sûreté de l'Etat la mort de Samora Machel.

Emma sort du coma après que Jacobus lui ait rendu visite et parlé. Lemmer montre à quelqu'un les aveux du PDG enregistrés par les caméras de surveillance.
Quelques jours plus tard, un car-jacking tourne mal. Les deux occupants du véhicule, le PDG et son DRH sont retrouvés morts d'une balle en pleine tête.

 L'extrait: Lemmer page 245

"Quand j'étais en prison, j'ai lu et étudié pour tenter de comprendre ce qui m'arrivait. Ça n'a servi à rien. On est ce qu'on est. Les réponses ne sont pas dans les livres. Elles sont en nous.
Mais il y a des choses dans les livres qui m'ont fait réfléchir. Comme le désir de faire partie d'un tout. Même si on sait qu'on ne peut pas vraiment...
C'est comme ça qu'on est. Si on fait partie de la même famille, si on appartient à la même tribu, si on a quelque chose en commun, alors on se reconnaît. L'ordre et la paix règnent. Mais, en ville, nous ne sommes rien les uns pour les autres. C'est chacun pour soi."





mercredi 1 juillet 2015

LE PIC DU DIABLE

Le pic du diable

Devil's Peak - Deon Meyer - Hodder and Staughton - 2002

Le pic du diable - Seuil - 2002


L'histoire

Thobela Mpayipheli est maudit. Il a perdu sa compagne lors des évènements survenus dans "l'Âme du Chasseur". Alors qu'il fait le plein dans une station-service, des braqueurs provoquent une fusillade qui laisse Pakamile sur le carreau, le fils de sa défunte compagne qu'il a réussi à adopter au bout de démarches administratives très fastidieuses.
La vengeance et une soif de justice vont transformer Thobela en une machine à tuer tous ceux qui abusent, maltraitent, violent ou tuent des enfants.

Les personnages

Le roman est construit en quatre parties dont chacune porte le nom d'un protagoniste. Les trois premières parties concernent dans l'ordre CHRISTINE puis BENNY puis THOBELA. La quatrième, beaucoup plus courte que les trois autres est titrée CARLA, la fille de Benny.

Deon Meyer narre les agissements simultanés des trois personnages principaux. Ainsi, dans la première partie (Christine), celle-ci raconte sa vie mouvementée à un pasteur pendant que Thobela entame sa quête de vengeance alors que Benny essaie de lutter contre l'alcool.

On connaît déjà tout de la vie de THOBELA MPAYIPHELI dit "P'tit" du temps où il travaillait pour ORLANDO ARENDSE, un caïd de la drogue aujourd'hui retraité qui lui donne néanmoins un coup de main dans cette histoire. Thobela a réussi à obtenir la garde officielle de Pakamile au bout d'un labyrinthe administratif particulièrement tortueux. Pakamile est alors âgé de huit ans.

Du côté policiers on retrouve BENNY GRIESSEL, second rôle dans "Jusqu'au Dernier". Il a quarante-trois ans, marié depuis dix-sept ans avec Anna avec qui il a eu deux enfants: Carla, dix-huit ans et Fritz, seize ans.
"Il avait des cheveux ébouriffés. Et un regard très doux, mais qui vous transperçait jusqu'au tréfonds".
Il a joué de la basse dans des groupes de rock quand il était adolescent puis dans l'orchestre de danse de la police.

L'alcoolisme de Benny est le fil rouge de son aventure intérieure durant toute l'histoire. Hospitalisé, en sevrage et en manque, il rencontre DOC BARKHUISEN "un homme plutôt âgé, petit et voûté, presque chauve et à lunettes". Cet ancien médecin libéral a presque soixante-dix ans et a tout perdu à cause de son alcoolisme, à tel point qu'il est obligé de continuer à travailler malgré son âge. Barkhuisen va soigner Griessel à l'hôpital puis le parrainer durant son abstinence.

Les remous politiques successifs auxquels s'ajoute la discrimination positive ont décimés les rangs de la Brigade Criminelle. Des anciens chevronnés ne restent plus que Benny et MAT JOUBERT. WILLIE THEAL, premier patron de ces deux-là est à la retraite et soigne un cancer du poumon.
Joubert est son chef direct en tant que surintendant commandant en second, sous les ordres du surintendant ESAU MTIMKULU, patron de la Brigade Criminelle.

Autre ancien, le médecin-légiste en chef PHILIP PAGEL, un homme érudit qui écoute uniquement Beethoven à fond dans son bureau. Il surnomme Benny "Nikita" car il pense que le jeune Khroutchev devait avoir la même tête.

Tous les autres membres de la brigade sont plus jeunes et ne rentrent pas dans les petits papiers de Griessel: "Voilà l'équipe qui devait protéger André Marais et mettre la main sur un tueur en série: un alcoolique, un branleur et un mec qui bâclait le boulot".(page 201)

Avant de se voir confier l'affaire du"justicier à l'assegaï" qui était au départ l'enquête de BUSHY BEZUIDENHOUT, Benny résout celle du tueur en série (trois victimes) puis les étrangle avec le fil d'une bouilloire électrique.

Sa vie familiale est bouleversée par son alcoolisme. Sa femme le fout dehors, le défiant de rester sobre six mois s'il veut retrouver sa famille. Doc Barkhuisen lui trouve un appartement que Benny meuble avec du matériel d'occasion dégoté chez un prêteur sur gages qu'il a déjà coffré dans le passé pour recel de cambriolage. Une voisine assez âgée, très gentille lui fait des petits plats tout prêts en échange d'un service: trouver celui qui lui vole son journal dans la boite à lettres tous les jours.

Griessel revoit ses enfants une journée, essayant de mettre à plat sa situation à leur égard, renouant le contact avec son fils Fritz. Ils se découvrent une passion commune pour la musique actuelle ou plus ancienne d'Afrique du Sud et pour l'instrument de musique qu'on appelle guitare basse.

Dans sa sobriété retrouvée, de nombreuses pensées se libèrent, des questionnements auparavant noyés dans l'alcool émergent, faisant apparaître le doute, un doute dans lequel s'immisce la jalousie envers sa femme Anna qui s'autorise des sorties en soirée depuis qu'elle a mis Benny à la porte. 

Extrait: Benny Griessel page 259

" La question est: où est-ce qu'on met la limite? Est-ce qu'on tue tous ceux qui ne peuvent pas être réinsérés? Les psychopathes? Les drogués qui piquent des téléphones portables...
Bon sang, Prof, même les psychiatres n'arrivent pas à se mettre d'accord sur qui on peut réinsérer et personne n'a le même point de vue au tribunal... Et tout ce battage autour de la peine de mort... D'un seul coup, tout le monde veut qu'on la remette en vigueur.
Entre vous et moi, je ne suis pas contre la peine de mort par définition. J'ai mis au trou des connards qui la méritaient amplement. Mais il y a une chose que je dois admettre: ça n'a jamais été dissuasif. On tuait tout autant avant, quand on était pendu ou grillé à la chaise électrique."

Les personnages


Le personnage CHRISTINE Van ROOYEN n'est pas dans l'action (quoique!) mais dans le souvenir ou plutôt dans la confession quand elle raconte toute l'histoire de sa vie à un pasteur de paroisse.
Elle est blonde aux yeux verts, mignonne voire sexy, mais pas assez pour être prise pour un mannequin. Son père, militaire de carrière, est déjà décédé au moment de l'histoire, sa mère a un peu travaillé avant d'élever sa fille ainsi que son fils Gherard, plus jeune que Christine de deux ans.

Pour expliquer comment elle en est arrivé là, c'est surtout son histoire sexuelle qu'elle révèle au pasteur. Son père, assez souvent absent car en mission, revient un jour et décrète que la famille doit changer de paroisse et de confession. Il devient ultra rigoriste, un fanatique qui à l'heure de l'éveil des sens de sa fille va tout faire pour l'écarter du sexe, de la concupiscence et des garçons.

Mais à l'âge de quatorze ans, déjà désirable et se sachant désirée, elle va prendre conscience de ce pouvoir de séduction sur les hommes et en jouer. les premières expériences restent dans la limite virginale: baisers fougueux (avec la langue), pelotage et léchage de seins. Christine perd sa virginité à seize ans et très vite elle expérimente son pouvoir avec des hommes plus âgés en couchant avec un professeur puis avec un ami de son père.

Christine intègre l'université de Bloemfontein pour suivre des études de kinésithérapie mais n'est pas vraiment brillante, plutôt passable. Son budget étant limité, elle commence à travailler comme serveuse en extra pour des réceptions. C'est lors de l'une d'entre elles, sur un terrain de golf qu'elle rencontre Viljoen: "Petit, à peine une demie-tête de plus qu'elle. Il donne des cours de golf". Et tombe amoureuse ainsi qu'enceinte.

Trois mois plus tard Viljoen se suicide. Christine déménage au Cap avec sa petite fille Sonia. Ses problèmes financiers causés par des petits boulots peu rémunérateurs la font accepter des passes, occasionnelles au début. Elle rencontre une "collègue" qui lui apprend les ficelles du métier et commence à travailler à plein temps, ce qui la met suffisamment à l'aise niveau pognon.

Elle se forge une double personnalité issue de sa prise de conscience du pouvoir sexuel qu'elle exerce.
D'un côté Christine est la maman de Sonia, celle qui doit tout faire pour bien élever sa fille et de l'autre elle est Bibi l'escort-girl, passant par les petites annonces et recevant les clients dans un appartement loué pour cela. Dès ses premières expériences, elle avait constaté le pouvoir qu'elle exerçait sur les hommes et c'est grâce à un certain détachement, une distanciation ("ce n'est pas moi mais une autre, je ne fais qu'assister et non subir") qu'elle "supporte les relations sexuelles tarifées ou non.

Christine prend des nouvelles de sa mère une fois par trimestre, celle-ci lui apprend la mort de son père alors qu'elle vit au Cap depuis près de deux ans. Sa culpabilité issue de ses relations très tendues avec son père l'amène à s'auto-mutiler.
Pendant un séjour dans la maison familiale qui est la première occasion pour sa mère de voir sa petite fille, Christine décide d'arrêter la prostitution, ayant de plus en plus de mal à mentir à presque tout le monde à propos de son "travail", sa mère et d'autres croyant qu'elle est infirmière, une fonction qui justifie les horaires un peu inhabituels mais elle déchante au bout de deux mois, revient au tapin et fait la connaissance de CARLOS SANGRENEGRA.

L'extrait: Christine/Bibi/Conchita page 192

"Elle avait l'impression que cette générosité était typiquement sud-américaine, mais elle n'avait jamais eu de client latino-américain avant. Des Allemands et des Anglais, des Irlandais (généralement saouls), des Américains, des Hollandais (toujours en train de se plaindre) et des Scandinaves (sans doute les meilleurs amants de tous). Mais Carlos était une première. Un Colombien."

Carlos Sangrenegra est donc colombien. et trafiquant de drogue. Sa famille a commencé par la contrebande de marchandises, puis le trafic de marijuana avant que la jeune génération ne passe à la cocaïne, récupérant les parts de marché laissées par l'élimination des grosses têtes des cartels de Cali et Medellin. Il est le cadet de trois frères dont l'aîné Javier a repris les rênes du business.
Le second est un tueur patenté surnommé "El Muerte". Et Carlos ne doit sa position ainsi que sa délocalisation qu'au fait qu'il fait partie de la famille mais qu'il aime beaucoup trop les filles trop jeunes.

Carlos appelle Bibi "Conchita" (ça fait un peu cliché!). Si au début de leurs relations tarifées tout se passe très bien, très vite il devient possessif, proposant beaucoup d'argent, une maison pour qu'elle soit uniquement à lui. Mais quand Carlos envoie ses gardes du corps intimider et tabasser quelques clients de Bibi pour les dissuader de revenir et qu'il découvre qu'elle est maman d'une ravissante fillette de trois ans, elle prend peur et va ourdir un plan pour se sortir de là.

Artemis

Les médias s'emparent de l'affaire du "justicier à l'assegai". Deon Meyer, ancien journaliste au"Die Volksblad" à Bloemfontein, utilise l'influence du quatrième pouvoir dans ses romans, montre qu'un article de journal couplé à des infos radio et télé peut modifier la perception des faits, accentuer certains traits pour faire changer d'opinion les foules, des groupes de personnes ou des dirigeants politiques, administratifs, policiers ou économiques, encore que pour ce dernier, vu les liens qui unissent les médias à certains groupes, on peut douter de l'impartialité voire de la probité de certains.
En tout cas, le besoin de gros titres et surtout de renouvellement remplace le titre-choc "tueur ou justicier à l'assegai par Artemis.

Dans la mythologie grecque Artemis est la fille de Zeus et de Leto. Apollon, son frère, naît le lendemain, Artemis assistant à la délivrance de sa mère dans la souffrance.
Ces souffrances lui inspirent une grande aversion pour le mariage et l'enfantement. Elle demande à Zeus le privilège de rester vierge comme sa soeur Athena.

Artemis vivant principalement dans la forêt, est la déesse chasseresse, protectrice des enfants qui punissait l'injustice avec des flèches d'argent. En tant que soeur d'Apollon, le dieu rayonnant de Delos ou dieu solaire, elle est la déesse lunaire Selene.

Artemis protège les pas des hommes dans les sentiers escarpés, dans les défilés et dans les carrefours indécis et trompeurs.

Orion, un jeune chasseur, fait néanmoins craquer Artemis mais Apollon défie sa soeur de pouvoir tirer sur une cible mouvante très loin dans un lac, en l'occurrence Orion en train de se baigner. Artemis le tue d'une de ses flèches.
Pour lui éviter la vie éternelle en enfer, Artemis convainc Zeus de l'envoyer dans le ciel accompagné de quelques nymphes, les compagnes habituelles de la déesse.

L'enquête

Première partie: Christine

Une jeune femme rend visite à un pasteur pour lui raconter son histoire. Le carton qu'elle a amené avec elle contient quelque chose qui va aiguiser l'attention du prêtre à qui elle va raconter comment elle est devenue escort-girl.

Thobela et Pakamile vont faire le plein dans une station-service alors que des braqueurs sont en train de s'enfuir. Coups de feu. Pakamile ne bouge plus.
Les braqueurs sont très vite arrêtés. Thobela passe au commissariat pour les identifier. L'affaire paraît limpide mais au tribunal la défense le décrédibilise en rappelant son passé criminel pour mettre en doute son témoignage. Au soir de cette journée de procès, les deux jeunes accusés s'échappent de leur cellule après avoir soudoyé un gardien. Thobela fait de même pour se procurer leurs dossiers criminels.

Benny Griessel est réveillé par sa femme qui le met à la porte avec ses valises, lui donnant six mois pour arrêter de boire. Plus tard dans la matinée, sur une scène de crime, il constate la mort d'une femme d'une quarantaine d'années étranglée avec le fil électrique d'une bouilloire. Pas d'effraction. Le modus Operandi semble indiquer que le tueur en est à sa troisième victime.

Thobela va chez un artisan acheter une sagaie à manche court, un assegai "pour aller chasser". Sa recherche des braqueurs tourne court mais sa quête prend une tournure différente quand il apprend aux informations qu'un violeur de bébé à été libéré pour vice de procédure (le fait d'abuser d'un bébé vient de la croyance imbécile qu'on peut guérir du sida ainsi). Deux affaires avec mort d'enfant, deux fois les coupables avérés s'en sortent: page 106 "Si les enfants ne peuvent compter sur le système judiciaire pour les protéger, vers qui peuvent-ils se tourner?"

Benny arrive au commissariat avec ses valises. Il se fait surprendre par Mat Joubert alors qu'il sirote du bourbon dans son bureau à onze heures du matin. Grosse engueulade. Griessel se rend un peu plus tard à une réunion des Alcooliques Anonymes. Il utilise l'appartement de la victime étranglée pour se laver et se changer.

Christine, racontant son parcours personnel au pasteur, avoue craindre pour sa vie.
Thobela tue le violeur. Benny Griessel, appelé en renfort sur la scène du crime défaille, vomit et est aussitôt conduit aux urgences en pleine crise de manque alcoolique. Le médecin traitant est lui-même un alcoolique sobre. il lui trouve un appartement. Au moment de sa sortie de l'hôpital, Benny capte une conversation anodine qui le fait trouver un indice, le point commun aux trois meurtres perpétrés au câble électrique.

Les médias tirent à boulets rouges sur la police, coupable à leur avis d'avoir exécuté le violeur. Ils ignorent encore qu'un témoin a assisté à la scène. Thobela va dans un café internet pour consulter les archives en ligne des journaux à propos de toutes les agressions sur enfants. Il assassine un directeur de garderie d'enfants accusé de viols d'enfants, d'attouchements et de détention de pornographie enfantine.

La manière de tuer est identique à la première fois: un coup d'assegai transperce le torse à hauteur du plexus solaire et Thobela laisse la possibilité à sa proie de se défendre à l'arme blanche.

Griessel a compris que le "tueur au fil électrique" charme ses proies dans un centre commercial. Une opération est montée pour appâter le tueur grâce à une policière en civil "faisant ses courses de fin de semaine".
un imprévu dans "l'affaire Woolworth" la presque virer au désastre quand la policière est blessée, le suspect récupérant son arme de service et blesse l'inspecteur Cliffy Mketsu. Griessel arrive à le maîtriser mais se lâche et casse la gueule à coup de crosse de Z88 de celui qui a tiré sur son partenaire.

Les médias commencent à relier les meurtres de Thobela, le justicier des bourreaux d'enfants.

Deuxième partie: Benny

un conciliabule à l'hôpital où a été admis Cliffy permet d'accorder les versions des flics concernant le "tabassage" du suspect. Celui-ci a avoué ses crimes, ajoutant une étoile au palmarès déjà éloquent de Griessel.

L'extrait: Benny Griessel page 395

"Quelque part, surgi de l'époque d'avant l'alcoolisme un souvenir remonta, quelque chose qu'il avait deviné tout seul. S'il était un bon flic, c'est parce qu'il comprenait les autres à travers lui. Il savait utiliser ses propres faiblesses, ses instincts et ses peurs parce qu'il les connaissait. Il pouvait les exagérer, les amplifier comme s'il tournait un bouton de volume imaginaire, jusqu'au point où ils poussaient les autres à commettre un meurtre ou un viol, à mentir ou à voler. Alors qu'il était assis là, il comprit que c'était une des raisons qui l'avaient poussé à boire."

Les choses s"arrangent avec Anna qui permet à Benny de voir ses enfants le dimanche. Il commence à organiser sa vie de "célibataire", à meubler son appartement quand Mat Joubert l'enjoint de venir sur une scène de crime. La femme retrouvée morte transpercée d'un coup de lame avait tué à coup de queue de billard la fille de sa concubine âgée de cinq ans. Thobela a pourtant hésité à franchir le pas dans ce cas-là car jusqu'à présent il n'avait tué que des hommes.

Benny se voit confier l'affaire. Le médecin légiste Pagel lui confirme après autopsie et examens ses premières impressions: c'est la même arme qui a servi à tuer les deux précédentes victimes.
Thobela a choisi un assegai court. La lame mesure cinquante à soixante centimètres de long sur sept centimètres dans sa plus grande largeur. Elle est effilée comme un rasoir sur les deux côtés et sur toute la longueur. Les blessures infligées sont aussi graves qu'avec une baïonnette.

Les médias s'en donnent à coeur-joie. un sondage d'opinion indique que soixante-quinze pour cent des gens pensent que l'homme à l'assegai est un héros.
Griessel se voit allouer des personnels supplémentaires en plus des inspecteurs de la criminelle. Il veut piéger le tueur en faisant passer un article dans les journaux. Son instinct lui a fait comprendre que la victime du troisième meurtre de Thobela n'était pas coupable de la mort de la fillette et que le justicier a tué la mauvaise personne, de quoi retourner l'opinion publique pour que des témoins apparaissent et que des langues se délient.

Les deux histoires parallèles de Christine et Benny se rencontrent quand elle appelle la police pour signaler qu'elle a été violée par Carlos qui a enlevé sa fille Sonia, précisant qu'il est colombien et trafiquant de cocaïne. C'est le jackpot pour les policiers en ce qui concerne la saisie de drogues, d'armes et d'argent mais la petite Sonia reste introuvable. Les deux jeunes braqueurs qui avaient provoqué la mort de Pakamile sont arrêtés lors d'un braquage.

Benny, malgré l'importance des charges contre Carlos, veut se servit de lui comme appât pour capturer l'homme à l'assegai. Les embrouilles entre services de police obligent Benny à remplacer les policiers chargés de la protection de Christine. Ils couchent ensemble. Mais dès le lendemain, malgré tous les policiers surveillant le domicile de Carlos, un employé d'entretien de piscines parvient à pénétrer chez lui et le tue.

Le coup de l'appât ayant foiré, Benny est dessaisi de l'enquête et rétrogradé au rang de second de Mat Joubert. L'étau se resserre avec l'identification de Thobela. Les Stups et la DEA américaine l'informent que le deuxième frère de Carlos, Cesar "El Muerte" Sangrenegra arrive en Afrique du Sud pour venger l'honneur de sa famille et que Benny est la cible.

Sa femme l'appelle affolée parce que sa fille n'est pas rentrée à la maison. Presque en même temps Christine fausse compagnie aux policiers chargés de sa protection. N'étant plus premier sur l'affaire, Joubert l'envoie à Port Elizabeth pour vérifier quelques informations. Arrivé là-bas il reçoit un appel d'un homme qui dit détenir sa fille Carla qui ne lui sera rendue que s'il capture l'homme à l'assegai et vienne le lui livrer. Benny a trois jours.

Troisième partie: Thobela

La cavale prend fin. Thobela sait désormais qu'il est connu, recherché et qu'il a failli tomber dans un piège. Li rentre chez lui mais Griessel l'attend avec un Z88 à la main. Il veut le livrer à Sangrenegra pour récupérer sa fille. Thobela lui propose son aide, prêt à se sacrifier. Enfin, le récit que fait Christine au pasteur s'achève et les zones d'ombres qui l'entouraient s'estompent tout à coup.

Quatrième partie: Carla

Si Carla Griessel a pu servir de monnaie d'échange entre "El Muerte" et "l'homme à l'assegai", c'est parce que des flics corrompus ont collaboré avec les trafiquants. Christine retourne s'installer là où elle a grandi avec sa fille Sonia.












   



dimanche 21 juin 2015

L'ÂME DU CHASSEUR

l'âme du chasseur

The heart of the hunter - Deon Meyer - Little, Brown and Company - 2002

Edition française - Seuil - 2005


L'histoire

Thobela Mpayipheli s'est casé. A la colle avec Miriam et Pakamile. Le passé refait surface quand la fille d'un vieil ami vient lui demander de livrer un disque dur à un maître-chanteur anonyme qui dit tenir son père en otage.
Problème: le lieu de livraison est à Lusaka, en Zambie et le délai est de soixante-douze heures.
Problème: le chasseur devient une proie, un gibier recherché par une unité d'élite du gouvernement.
Et problème majeur: aucun des acteurs de cette chasse à l'homme ne semble connaître le pourquoi du comment ni même envisager le fin mot de l'histoire.

L'extrait: Van Heerden page 192

"Je ne crois pas qu'un homme puisse changer fondamentalement. Le mieux qu'on puisse faire, c'est de reconnaître la part de bien et de mal qui est en nous. Et de L'accepter. Parce qu'elle existe. Au moins en puissance.
on vit dans un monde où le bien est glorifié et le mal méconnu. On peut changer de point de vue, pas de nature.

Le personnage principal

THOBELA MPAYIPHELI a quarante ans au moment des faits (né en 1962). "C'est un noir imposant, grand et costaud": un mètre quatre-vingt-quinze pour cent à cent-vingt kilos.
Il est originaire du Ciskei, là ou autrefois les Xhosas régnaient en maîtres.
Thobela signifie "bien élevé" ou "respectueux" et Mpayipheli veut dire "celui qui combat sans cesse" ou guerrier.

A l'âge de quatorze ans, Thobela part plusieurs mois avec son oncle Senzeni et revient transfiguré par la haine et la violence. Il quitte définitivement le foyer familial en 1979. Un peu plus tard, son oncle est arrêté par la police secrète, battu à mort puis abandonné au bord d'une route.

Thobela rejoint la Lutte, nom donné au combat de l'ANC en exil jusqu'à la normalisation de 1991. Le MK ou "Umkhonto we Sizwe" est le bras armé de L'ANC (pour faire court). Il est envoyé en URSS pour suivre une formation militaire juste à côté de L'Afghanistan mais provoque de sérieux soucis en tuant presque un colosse soviétique qui l'avait défié au combat à mains nues.

Mais c'est en RDA que Thobela va devenir une machine à tuer. Formé à Odessa par Otto Müller pour devenir un des dix opérateurs chargés d'éliminer les agents du camp d'en face, il va se révéler comme étant un tireur d'élite hors pair capable de toucher une cible à plus de trois mille mètres. " P'tit savait manier les armes...un tireur d'élite comme j'ai jamais vu. Il était grand et fort et vraiment teigneux."

Son nom de code est "Umzingeli", le chasseur. Il va mener à bien ses dix-sept contrats en Europe et aux Etats-Unis dont celui sur un tueur de légende de la CIA. La chute du mur de Berlin le fait déménager à Paris où, ses ressources financières étant taries, il trouve un boulot d'homme à tout faire dans une boulangerie de Montmartre. Il en profite pour apprendre le français.

De retour au pays, désabusé comme pas mal d'autres combattants de l'ombre issus de L'ANC n'ayant pas trouvé leur place dans le nouvel organigramme de la nation arc-en-ciel, Thobela va travailler plus de six ans pour ORLANDO ARENDSE en tant qu'encaisseur chargé de récolter l'argent chez les dealers et menacer ceux qui auraient du mal à payer leur dû.

L'extrait: Orlando Arendse page 252

"C'était un guerrier. un combattant. Il y a trois cents ans, il aurait mené la charge contre ses ennemis, armé d'une lance et d'un bouclier, il aurait été celui qui atteint les lignes adverses quand ses camarades tombent autour de lui, celui qui continue de frapper jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que sang, sueur et dévastation."

C'est pendant "Les Soldats de L'Aube" que Thobela "P'tit" Mpayipheli apparaît, loué à Van Heerden par Orlando Arendse pour protéger sa mère et ses proches. A l'issue d'une fusillade où ils sont tous deux blessés, "P'tit" décide de se ranger et d'arrêter la violence. Avec l'argent récupéré à la fin de l'histoire, il achète une ferme et huit cent hectares de terrain près de l'endroit où il est né et a grandi.

Il vit de petits boulots, travaille comme factotum chez un concessionnaire BMW appelé Mother City Motorrad. Thobela se déplace d'ailleurs en moto une petite Honda Benly 200cm cube sous-dimensionnée par rapport à son gabarit. pour accomplir son "road-trip" il emprunte une BMW R1150 GS.

Les seconds rôles

Au début, c'est Jonathan "Johnny" Kleintjes qui semble être le déclencheur. Exilé en 1972 après des études de mathématiques appliquées à l'université du Cap, il intègre les rangs des combattants étrangers entraînés par les allemands de l'Est en RDA dès 1976 où il se spécialise dans le renseignement.

Kleintjes met sur pied les réseaux de L'ANC à Londres, Lusaka et Quibaxe en Angola. Avant 1992, il est responsable du réseau informatique des services de renseignements du MK/ANC. Après la réunification, on le charge d'intégrer les systèmes informatiques et les bases de données de la Lutte à ceux du régime. 

Il prend sa retraite en 1997 après la mort de sa femme atteinte d'un cancer. Sa fille Monica a eu un accident qui l'a privée de ses deux jambes. C'est elle qui contacte Thobela après que son père lui ait confié qu'il était la seule personne en qui il avait entièrement confiance.

JANINA MENTZ est aussi un déclencheur dans cette histoire mais pas de la même façon.
"Fille unique, elle a grandi à la campagne, brillé à l'université puis elle s'était lancé dans la politique où elle avait gravi les échelons du parti parce qu'elle était blanche et afrikaner. Elle s'était aussi mariée et avait divorcé en cours de route." Son QI est de 147, elle a deux filles: Lien a quinze ans, Lisette étant plus jeune.

Elle a monté un service de renseignements haut de gamme doublé d'une Unité de Réaction, un groupe de soldats d'élite équivalent au Swat américain ou au GIGN français, a mi-chemin entre groupe anti-terroriste et groupe d'intervention. Janina dirige une quarantaine de personnes et n'a d'ordres à recevoir et de comptes à rendre qu'a son directeur, lui-même directement sous tutelle du ministre concerné.

Mentz a recruté personnellement tous les membres de cette équipe dont TIGER MAZIBUKO, capitaine et chef de l'Unité de Réaction mise en place il y a de ça treize mois déjà mais qui pour l'instant n'a pas encore eu la moindre petite escarmouche à se mettre sous la dent; autant dire qu'ils remuent dans les brancards. C'est d'autant plus vrai pour Tiger qui veut, par ses actions, son engagement et son dévouement racheter la lâcheté de son père, ancien de la lutte qui, capturé et torturé, a livré les noms de tous ses camarades de combat. Il va transformer la recherche du "malabar à moto" en une chasse à l'homme très personnelle.

ALISON HEALY est une journaliste, chroniqueuse judiciaire au "Cape Times". C'est "...une femme bien en chair, toute en rondeurs moelleuses..." qui, grâce à une fuite policière, écrit le premier article concernant la recherche assidue d'un Xhosa sur une BMW volée. Ses sources lui viennent principalement de Nic, le policier chargé des relations publiques avec qui elle a eu une aventure longue de seize mois et qui ne cesse pas de la relancer mais sa rencontre avec Van Heerden va provoquer une attirance réciproque et passage à l'acte, Zatopek étant devenu, après "les Soldats de L'Aube", professeur de psychologie à l'université du Cap.

L'extrait: Thobela page 449

"Tu sais ce qu'est la vie? Un lent processus de désillusion. Elle te libère de tes illusions sur les autres. Au début, tu fais confiance à tout le monde, tu te découvres des modèles et tu te bats pour leur ressembler et ensuite, les uns après les autres, ils te déçoivent et ça fait mal, c'est un chemin douloureux... mais maintenant je sais.
C'est parce qu'avec chaque espoir qui meurt un peu plus en toi, avec chaque nouvelle désillusion, chaque fois que quelqu'un te déçois, tu te déçois toi-même.

L'enquête

Si on prend le terme presque à la lettre, on peut dire qu'il y a plusieurs enquêtes conjointes mais que l'action principale est une chasse à l'homme. Il y a enquête quand la police, pressée par les médias, réactive les recherches concernant le cambriolage, il y a une enquête de la part du service de Janina Mentz pour connaître un peu plus précisément qui est le grain de sable appelé Thobela qui s'est glissé dans les rouages.

Une conjonction d'évènements apparemment sans liens les uns avec les autres va amener Mpayipheli à rendre service à un vieil "ami", la fille de celui-ci ayant reçu un coup de téléphone lui ordonnant de ramener un disque dur contenant des informations confidentielles à Lusaka en Zambie. Mais ce vieil ami est surveillé par les renseignements qui ont aussi mis sur écoute sa fille Monica, celle-là même qui va solliciter l'aide de Thobela.

Alors quand l'occasion de l'appréhender en douceur à l'aéroport se solde par la neutralisation des agents et la fuite du suspect (c'est d'ailleurs sa fuite qui le rend suspect), c'est une chasse à l'homme qui se met en place. Déséquilibrée car Thobela ne sait rien de ce qu'il doit convoyer alors que Janina Mentz, responsable de toute l'opération, a à sa disposition toutes les ressources militaires et informatiques et qu'elle seule a l'air de savoir ce que le puzzle représentera une fois terminé.

Thobela emprunte une moto chez le concessionnaire où il travaille pour rallier la frontière au nord.
Pendant qu'il essaie de dompter tant bien que mal son engin mécanique et d'improviser son itinéraire en fonction des barrages policiers et militaires, le nom de code d'un personnage important de la lutte zouloue pour l'indépendance apparaît. Or parmi les nouveaux les nouveaux gouvernants du pays siègent plusieurs anciens membres de cette organisation jugée encore plus extrémiste que l'ANC de Mandela. Et cet "Inkululelo" est-il réellement une taupe jouant double voire triple jeu avec les américains, les sud-africains et les russes.

Les investigations demandées par Janina Mentz concernant l'identité du Xhosa à la BMW n'aboutissent pas immédiatement mais au gré des révélations, le doute subsiste quant à sa "conversion" vers le bien après tant d'années de crimes et de violence. Elle ne comprend pas la vraie nature de sa fuite en avant, de sa loyauté sans faille envers un ancien ami qu'il n'a plus vu depuis des années. D'autant plus qu'elle se sent entièrement responsable de ce qui arrive car elle a organisé le double jeu de Johnny Kleintjes sans rien savoir de son amitié ni de l'existence de Thobela Mpayipheli.

Le retournement du vieil agent conjugué à la mort de Miriam dans les locaux de l'Unité de Renseignements va redistribuer les cartes et modifier les enjeux. L'agent responsable de la fuite qui a causé la mort de celle-ci est immédiatement congédié. Il a compris la vraie nature de cette chasse à l'homme et parce qu'il n'a pas pu sauver la mère, va essayer de sauver le fils en l'amenant au journal où travaille Alison Healy.

Pendant ce temps, à Lusaka, le cadavre de Johnny Kleintjes est découvert dans une chambre d'hôtel par une équipe de Janina Mentz. Tout se précipite. Thobela a pris en otage uyn hélicoptère et ses six occupants de l'UR pour passer la frontière. Janina lance Tiger Mazibuko à ses trousses , en pays étranger, sans couverture légale, pour l'éliminer. Mais la médiatisation de l'affaire due en grande partie à la pugnacité d'Alison Healy aidée de Van Heerden va faire capoter l'affaire.









jeudi 11 juin 2015

LES SOLDATS DE L'AUBE

Les soldats de l'aube

Dead at Daybreak - Deon Meyer - Hodder and Stoughton - 2000

Edition française - Seuil - 2003

L'histoire

Zatopek Van Heerden est un ancien flic des Vols et Homicides. Au bout du rouleau. Alors quand un ami avocat vient le sortir de cellule après une bagarre dans un bar et lui demande un petit service en échange, il est loin de se douter que le testament qu'il doit retrouver en moins de huit jours pour le compte d'une avocate est le fruit empoisonné d'une affaire vieille de plus de vingt mêlant des militaires et la CIA dans des opérations anti-guérilla.

Mais quel est le rapport entre un cambriolage avec tortures au chalumeau et exécution au fusil d'assaut M16 et le testament d'un négociant en antiquités menant une vie bien paisible?
Sept jours de délai, sept jours pour remonter loin dans son passé afin d'essayer de comprendre qui est-il réellement.

L'extrait: page 230

"Il s'en était remis. Il avait fait ce qu'il fallait pour s'en sortir. Et s'était retrouvé du bon côté de la vie lorsque deux, presque trois ans plus tard, la douleur étant contenue, seule lui était restée la connaissance de soi. La connaissance de soi et ce qui en découlait: rien ni personne ne comptait, l'humanité n'était faite que de brutes et d'êtres primitifs qui passaient leur temps à manipuler les autres et, sous les apparences d'un comportement civilisé, ne faisaient jamais que lutter pour survivre... Tout le monde était mauvais. Mais les trois-quart des gens n'avaient pas l'occasion de s'en apercevoir.
Et voilà que sa mère voulait qu'il fasse ce qu'il fallait. Survivre, c'était ça qu'il fallait faire. S'assurer que personne n'allait faire chier."

Le personnage principal

ZATOPEK van HEERDEN a trente-huit ans. Vu le prénom, les gens l'appellent plutôt par son nom de famille ou par le diminutif "Zet" pour les intimes. il doit ce prénom à son père, Emile Van Heerden, qui admirait le coureur de fond tchécoslovaque triple médaillé en or aux JO de Helsinki en 1952.

Son père est mineur, travaillant à l'extraction du diamant brut mais sera emporté par un éboulement alors que Zatopek est âgé de six ans: un peu râpé pour la figure et présence paternelle!
Sa mère, artiste peintre renommée dont les tableaux se vendent un peu partout dans le monde, a éduqué son fils dans l'amour des belles choses telles que la musique classique et Mozart en particulier.

Il possède une Toyota Corolla et habite une petite maison sise non loin du domaine plus vaste où réside sa mère qui, parallèlement à son activité artistique, s'occupe d'un élevage de chevaux. De temps en temps Zet, très bon cuisinier, mijote un petit repas pour un dîner en tête à tête avec sa mère.

La description des scènes de sexe est assez explicite chez Deon Meyer. Dans ce roman, pour bien comprendre l'état d'esprit de Van Heerden, le récit de son enquête sur le testament alterne avec des chapitres flash-back où Zatopek s'adresse au lecteur pour lui raconter sa vie. Et l'on apprend tout de sa découverte des mystères puis des plaisirs de l'amour et du sexe révélés avec pas mal de détails, des évènements marquants modifiant sa vie qui sont liés à sa découverte du sexe.

Lors de cette période pré-adolescente aux hormones en folie, il fantasme particulièrement sur sa voisine, une femme mariée d'une trentaine d'années qu'il a surpris et épié alors qu'elle se masturbait dans son jardin tout en prenant un bain de soleil. Sa mort horrible et cruelle sera un élément déclencheur majeur dans sa décision de rentrer dans la police.

Van Heerden passe deux ans en uniforme et en profite pour suivre des cours du soir, non pour devenir inspecteur (la promotion habituelle) mais pour le concours de criminologie et sciences de la police.
Il effectuera même un stage à Quantico, Virginie, USA.

Étant devenu chercheur universitaire, il reprends une vieille affaire pour en tirer un mémoire de thèse, découvre des indices non exploités auparavant qui le mènent en Australie ou il débusque, aidé par les flics du cru, un tueur en série (37 victimes) appelé "L'assassin au Scotch crêpé". il devient connu aussi bien en Australie qu'en Afrique du Sud où WILLIE THEAL, patron des Vols et Homicides l'enjoint de rallier ses rangs et de bosser à la criminelle.

Van Heerden va donc rencontrer et travailler avec TONY "Nougat" O'GRADY et MAT JOUBERT, deux inspecteurs qu'il retrouve dans ce livre lors de l'enquête du testament. Étant piètre tireur, il ne supporte pas les scènes de crime, vomissant chaque fois, ce qui lui vaut des petites piques de la part de ses collègues.

Petites piques qui ne sont que caresses comparées aux torrents d'ironie et de condescendance doublée de pure méchanceté dont l'abreuve son mentor à la criminelle, WILLEM NAGEL. C'est le meilleur professionnellement mais humainement il est détestable: il est plein de flatuosités ( il pète tout le temps et partout), sexiste, raciste, coureur de jupons, vantard et m'as-tu-vu.

Et pour Zatopek, ce qui va provoquer sa profonde déprime et sa démission de chez les flics est à mettre sur le compte de sa sexualité et de son attirance pour la gente féminine. Nagel est marié mais garde jalousement sa femme à la maison, lui interdisant de travailler et vérifiant souvent par téléphone qu'elle n'est pas sortie de la maison.

Lors de leur rencontre, c'est le coup de foudre réciproque et l'histoire d'amour durera jusqu'à la mort de Nagel alors qu'ils essaient d'interpeller "le tueur au ruban rouge", un homme suspecté du meurtre de dix-sept prostituées. Pendant la fusillade, son inaptitude au tir l'a empêché de pouvoir défendre son collègue. Van Heerden en nourrira une rancoeur féroce à l'égard de tout membre du corps médical car à l'hôpital, l'urgence fait passer le tueur en premier sur le billard: il en réchappera, pas Nagel.

Les seconds rôles

Zet Van Heerden a travaillé plusieurs années au département des Vols et Homicides; il a donc rencontré et côtoyé nombre de flics déjà cités dans "Jusqu'au dernier".
Le capitaine Mat Joubert, "héros" du précédent roman, intervient assez activement pour soutenir l'action de la police et pour défendre "Nougat" O'Grady qui a eu la responsabilité de l'enquête sur le cambriolage suivi de tortures puis de meurtre. Joubert évoque aussi son mariage proche avec MARGARET WALLACE, La femme d'une victime du tueur au Mauser rencontrée dans "Jusqu'au dernier".

BART De WIT et Willie Theal, actuel et ancien chef du service des homicides sont plus discrètement cités. C'est aussi le cas de KEMP, dont on ne connaît pas le prénom et dont on se dit qu'il pourrait bien être celui qui tire les ficelles de cette affaire. Kemp, avocat et ami qui lui demande de contacter une avocate, ancienne collègue passée dans le privé: "Il était grand, fort et bien propre sur lui dans sa veste sport."

Cette avocate, HOPE BENEKE, trente ans, plutôt jolie, va avoir des rapports assez particuliers avec Van Heerden, une relation empreinte de défiance et de réserve au début qui évoluera positivement quand les évènements marquants qu'ils subiront les lieront dans l'adversité et la violence.

Comme Zatopek ne peut compter sur l'aide de la police, ses anciens collègues soucieux de garder un peu d'avance dans son enquête, il est obligé de faire appel à ORLANDO ARENDSE, parrain des gangs du Cap, pour obtenir des armes, une protection rapprochée ainsi que des tuyaux concernant le blanchiment d'argent et le trafic de diamants.

C'est ainsi que THOBELA MPAYIPHELI dit "P'tit" devient dans la dernière partie du livre son compagnon d'enquête et son bras armé. C'est un homme de main employé par Orlando après que la réconciliation nationale ait amnistié tous les anciens "terroristes" de l'ANC. En Effet, "P'tit" s'est enrôlé très jeune dans la Lutte, apprenant le tir et les tactiques en URSS dans des camps militaires soviétiques proches de l'Afghanistan.

Deon Meyer cite quelques unes des nombreuses ethnies/tribus qui composent l'Afrique du Sud et alentours: les deux plus importantes en nombre sont les Zoulous et les Xhosas. Nelson Mandela, Miriam Makeba, Desmond Tutu entre autres sont d'origine Xhosa. Il cite aussi les Tswanas, les Sothos, les Vendas, les Sepedis et les Tshivendas.

Ceci pour bien faire comprendre au lecteur la complexité des rapports non seulement entre les blancs et les noirs mais également la subtilité des différences à l'intérieur d'une même "couleur". Et quand on ajoute les immigrés venus de plus haut en Afrique ou de plus loin du côté de l'océan Indien ou de l'Asie, venus pour certains depuis plusieurs générations, des fois avant même avant l'instauration de la loi d'apartheid. Pour couronner le tout L'Afrique du Sud compte onze langues officielles et trois capitales: Pretoria est la capitale administrative, Le Cap est la capitale législative et Bloemfontein la capitale judiciaire.

L'enquête

Dans les deux premiers romans, l'auteur double l'intérêt du lecteur (pour l'embrouiller), grâce à deux enquêtes conjointes dans "Jusqu'au dernier" et deux histoires distinctes, l'une étant la prequel de l'histoire contemporaine racontée. Similitude aussi avec la personnalité troublée, presque au bout du rouleau du personnage principal rongé par le doute et la culpabilité.

Le chapitrage des évènements contemporains est un compte à rebours journalier.

Jeudi 6 juillet: septième jour


Van Heerden émerge au petit matin dans une cellule après une soirée dans un bar qui a dégénéré en bagarre. Kemp, son ami et avocat vient le récupérer sans charges retenues contre lui en échange d'un "petit service" à rendre à une ex-collègue.
Sa cliente doit retrouver un testament dérobé il y a dix mois lors d'un cambriolage suivi du meurtre du maître des lieux d'une balle de M16  dans la nuque après avoir été torturé à la lampe à souder.

Vendredi 7 juillet: sixième jour

Zatopek commence à fouiller dans le passé de la victime, s"embrouille avec l'avocate Hope Beneke, lâche l'affaire mais un indice va le faire revenir sur sa décision: la victime avait une fausse identité, certainement à cause d'un passé à oublier, à effacer.

Samedi 8 juillet: cinquième jour

Van Heerden continue de lutter contre ses démons, partagé entre l'envie dévorante de trouver la vérité et le découragement. Il termine la journée en cassant la gueule d'un médecin alors qu'il était invité à une réception. Il ne faut pas dire du mal de Mozart devant lui.

Dimanche 9 juillet: quatrième jour

Malgré le bordel créé par Van Heerden, un compromis est trouvé et un article paraît dans les principaux journaux pour essayer de joindre des personnes qui auraient connu la victime avant son changement d'identité.

Lundi 10 juillet: troisième jour

La diffusion dans les médias de l'avis de recherche permet une avancée dans l'enquête: l'identité véritable de la victime, reconnue dans l'avis par sa mère mais aussi par un inconnu qui a l'air de savoir très précisément ce qui s'est passé et ce qui risque de se passer.
Les flics s'en mêlent, Joubert, O'Grady et De Wit reprochant à leur ex-collègue de les avoir traînés dans la boue à cause des articles de presse très critiques quant à l'efficacité de la police dans cette histoire.

Mardi 11 juillet: deuxième jour

L'affaire commence à avoir des implications politico-militaires. Une injonction du tribunal oblige Beneke et Van Heerden d'arrêter leurs recherches et de livrer tous les documents en leur possession. Pendant le transfert au poste de police , ils sont attaqués et le major qui l'accompagnait meurt dans "l'accident".

Mercredi 12 juillet: premier jour

Un consensus négocié entre Van Heerden, les forces de police et le renseignement militaire lui permet de continuer tout en se limitant à la recherche du testament. Ayant été menacé dans l'accident, il s'organise pour protéger ses proches.

Jeudi 13 juillet: jour J

Un appel anonyme révèle l'endroit où est supposé se trouver l'homme qui à menacé Van Heerden en lui mettant un pistolet sur la tempe lors de l'accident, personnage-clé supposé de l'affaire. Mais l'armée le grille sur ce coup-là, l'homme est déjà mort, une mort qui n'est qu'une diversion permettant d'amoindrir la protection rapprochée dont bénéficient ses proches quand la maison de Joan Van Heerden est prise d'assaut par quatre hommes armés.  
Trois d'entre eux sont tués, un quatrième grièvement blessé à coup de bêche. un autre cadavre est découvert par Van Heerden, décidé à jouer franc-jeu, ou presque, avec ses anciens collègues flics pour griller les hommes du renseignement militaire.






lundi 1 juin 2015

JUSQU'AU DERNIER

Jusqu'Au Dernier

Dead before dying - Deon Meyer - Hodder and Stoughton 1999

Edition française - Seuil 2002


L'histoire


Dans son salon, Mat Joubert pense à la mort. Un deuil personnel survenu un peu plus de deux ans auparavant le mine, comme la mort dont il est le témoin quotidien, celui qui annonce la mauvaise nouvelle aux proches du ou de la défunte, celui qui va essayer de trouver qui a commis cela, étant inspecteur à la criminelle du Cap.
Ça ne s'arrange pas avec la nomination à la tête du service des Vols et Homicides d'un noir, Bart De Wit, qui plus est ex-membre de l'ANC. Et en plus, la fille de ses voisins s'entiche de lui au point de lui faire des propositions sans équivoque aucune.
Côté travail, ça ne chôme pas: attaques de banques à main armée, sans violence, mais surtout une série de meurtres commis avec un pistolet Mauser plus que centenaire.

L'extrait: Mat Joubert page 409 




"On ne vit que dans sa tête à soi. Comme des prisonniers. Même quand on a les yeux tournés vers le dehors, c'est juste là-dedans qu'on vit, à l'intérieur de son crâne. De fait,on ne sait rien. On vit avec d'autres gens, tous les jours, et on croit les connaître parce qu'on les voit. Et on croit aussi qu'ils vous reconnaissent parce qu'ils vous voient. Mais personne ne sait rien."


Le personnage principal

MARCUS ANDRES TOBIAS JOUBERT, dit Mat Joubert, est flic à la Brigade des Vols et Homicides, capitaine à l'âge de trente-quatre ans bien qu'ayant commencé sa carrière au plus bas de l'échelle comme flic en uniforme dans la rue. Ses deux parents sont morts. Son père est un ancien flic haut-gradé raciste et macho. Son arme de service est un pistolet Vektor Z 88, l'arme de poing qui équipe la police sud-africaine depuis les années 1990. Cette arme est une copie sous licence du Beretta 92F dont la capacité est de quinze balles de 9mm Parabellum.
Sa description physique n'apparaît qu'à mi-livre quand un témoin voit arriver "un costaud aux cheveux bien trop longs et trop sales pour qu'il puisse s'agir d'un inspecteur". Son apparence, son laisser-aller sont entretenus par ses quinze kilos en trop, un taux de cholestérol super élevé du en grande partie à sa source principale de nourriture chez KFC.

Joubert est également fumeur, Winston puis Benson and Hedges Special Mild quand il se met à la natation, sport qu'il avait pratiqué plus jeune par opposition à son père: "Le rugby c'est pour les hommes, la natation c'est pour les fillettes."

Au rayon alcool, Mat boit de la bière Castle principalement, une lager commercialisée en Afrique du Sud, en Tanzanie et au Kenya. Quand il commence à suivre un régime alimentaire, il décide d'abord d'arrêter de fumer avant de se raviser et de décréter un rationnement draconien: trois cigarettes par jour agrémentées d'un petit whisky, ce breuvage remplaçant la bière.

Joubert aime lire, principalement de la science-fiction, et se tient au courant via son libraire attitré des nouveautés sorties dans ce domaine. Il socialise quand même avec ses voisins à l'occasion de barbecues. C'est d'ailleurs à l'occasion de l'un d'eux, au début du roman, chez son voisin entrepreneur de pompes funèbres (croque mort quoi!) qu'il se fait draguer outrageusement par la fille de celui-ci.
Malgré ses réticences, le presque hasard et l'assiduité zélée de l'adolescente vont le faire craquer... ou presque.

Mais le problème de Mat Joubert, c'est la perte de sa femme Lara, flic comme lui, rencontrée lors d'un dîner arrangé par un collègue. Lors d'une mission d'infiltration pour les Stups, sa couverture est grillée et elle est exécutée. Le malaise qui transparaît dès le début du livre est un sentiment de culpabilité lié au drame mais qui ne sera révélé que plus tard, conjugué au quotidien sordide de tout inspecteur de la criminelle, son accumulation de cadavres, de scènes de crime.

Inconsolable depuis plus de deux ans, il n'a pas eu de relations sexuelles avec une autre femme avant de se faire "attaquer" par sa jeune voisine. Cette "aventure" réveille paradoxalement sa libido bien qu'il cherche à contenir ses pulsions, contexte et différence d'âge oblige. Ses séances obligatoires chez la psychologue Hannah Nortier le troublent également sexuellement alors que l'approche patient-docteur reste très formelle, Mat refusant de parler de l'évènement déclencheur.
Il aura aussi à subir les avances d'une criminologue renommée, spécialiste des serial-killers, à l'occasion d'une entrevue concernant les meurtres au Mauser.


Les seconds rôles

L'arrière-plan politique et social de l'Afrique du Sud n'est pas qu'une toile de fond pittoresque mais un état des lieux changeant, comme le rapport de forces entre anciens dominants (afrikaners, blancs) et dominés (ethnies de couleur et immigrés). Les postes-clés dans l'administration ne sont plus uniquement tenus par des blancs. Mat Joubert voit arriver un nouveau chef de service, noir, ancien de l'ANC: BART de WIT.

Il est petit, maigre, des cheveux noirs peu fournis sur le devant et à l'arrière de la tête. Son nez a la forme d'un bec d'oiseau et la grosse veine à la frontière du nez et de la joue lui valent des surnoms peu gratifiants derrière son dos. De plus, sa voix est nasillarde et suraiguë. Il est marié et a deux enfants.

Le chef de service de Mat est GERBRAND VOS, capitaine, qui selon les standards du chef De Wit affiche quinze kilos en trop.

Le meilleur pour la fin: BENNY GRIESSEL. Taille moyenne, visage slave et nez cassé. Séparé de sa famille, il aimerait bien se remettre avec sa femme et ses deux enfants déjà adolescents.
Légèrement raciste, plus par ignorance que par conviction, il affiche sept ans à la criminelle pour un grade de sergent-inspecteur aux résultats plus que corrects malgré un alcoolisme qui le dessert. Il arrive chez Mat au plus mauvais moment, bourré, dépressif et suicidaire. Joubert le place illico dans un centre de désintoxication. Lors de sa première visite, Mat trouve Benny sanglé sur son lit, en plein délire, criant de douleur et proie à de terribles hallucinations.Plus tard, quand les crises auront cessé, Mat remettra Benny sur les rails en lui confiant la responsabilité de l'enquête sur les attaques de banques, l'affaire "Monsieur Mon Coeur".


Les Enquêtes

Pour faire riche et embrouiller un peu le lecteur, Deon Meyer propose deux enquêtes dans ce roman,
tant bien même qu'au début on peut se laisser tenter de relier les deux affaires, aiguillé en cela par les doutes des inspecteurs conjugués aux suppositions et aux questions des médias.
Comme les meurtres sont nettement plus spectaculaires que les braquages, médiatiquement parlant, c'est l'inspecteur "vedette" Joubert qui s'en charge, menant conjointement les deux affaires jusqu'à ce que sa conviction profonde que les enquêtes ne sont pas liées entre elles et que la forme physique renaissante de Griessel lui permette d'imposer et de mettre devant le fait accompli ses supérieurs les capacités de Benny à résoudre l'affaire "Monsieur Mon Coeur".

Cette affaire est appelée ainsi car dans le modus operandi, un homme seul entre dans une banque, toujours la même compagnie,se dirige vers le guichet, là ou se trouve généralement une jeune employée et très poliment, sans menaces autres que de se servir du pistolet caché dans sa veste, demandant même quel parfum porte la jeune fille, se fait remplir un sac de billets et s'en va.

Lors de la troisième attaque, déguisé en sosie d'Elvis, il échoue car il effraie la caissière en évoquant le fait qu'il pourrait être le tueur au Mauser. Plus tard, fâché qu'on puisse le confondre avec celui-ci, il braque une banque d'une compagnie différente en laissant un message à l'attention de Joubert qu'il a vu à la télé lors d'une conférence de presse.

L'enquête du tueur au Mauser débute quand un homme est retrouvé mort à côté de sa voiture dans le parking d'un Holiday Inn, une balle en pleine face et une deuxième dans le crâne pour l'achever. Le calibre des douilles retrouvées près du corps laisse au départ à penser qu'il pourrait s'agir d'un meurtre à connotation politique.

Quelques jours plus tard un autre homme est tué selon la même méthode devant chez lui. L'analyse balistique oriente les inspecteurs sur la piste d'un Tokarev russe avant d'aboutir au Mauser, un gros pistolet vieux de plus d'un siècle, chargeur situé sous le canon devant le pontet de détente, une arme utilisée par les boers principalement.

Un changement intervient lors du troisième meurtre car le Mauser s'enraye et le deuxième tir est effectué avec un Smith and Wesson 22LR Escort, une arme de femme. Un autre petit "détail" intrigant lors du quatrième meurtre va accélérer et réorienter l'enquête: le deuxième coup de feu atteint le pénis de la victime. Le cinquième homme tué selon le M.O. habituel n'apporte rien de plus à Joubert qui a déjà compris quels étaient les liens enfouis dans les souvenirs et la culpabilité qui unissaient ces victimes.


Le Mauser "Broomhandle"

Le Mauser est dit "Broomhandle" (manche à balai) quand la crosse du pistolet est prolongée par une crosse en bois pour pouvoir tirer comme avec un fusil.
C'est un Mauser de type C96 (Construktion 96) fabriqué par Mauser en Allemagne à partir de 1896 jusqu'en 1937.
Le modèle original utilise des munitions de calibre 7,63. Des modifications et améliorations ultérieures permettront d'utiliser le calibre 9mm Parabellum, la version chinoise du 45 ACP et des modèles plus rares comme le 9mm Mauser Export et 8mm Gasser. La portée efficace est de 150 à 200m maximum.
Winston Churchill l'appréciait tout particulièrement, comme Lawrence d'Arabie d'ailleurs.
Durant la guerre civile russe, les commissaires bolcheviks en possédaient pratiquement tous un en signe de leadership.
C'est le pistolet qui a servi de modèle au flingue de Han Solo dans Star Wars. On en voit aussi dans les histoires de Hugo Pratt quand le héros Corto Maltese se rend en Russie.

vendredi 20 septembre 2013

Harry Bosch 8/8

Musique

Harry écoute surtout de la musique chez lui, dans sa voiture (une fois qu'il en a acheté une pour plus de commodités) et plus récemment dans son  I-Pod. Après l'armée, il cesse d'écouter du rock, " musique trop pleine d'énergie et de mort" qui lui rappelle ses années de guerre au Vietnam et devient fan de jazz, un peu iconoclaste car il n'écoute que des CD (ce qui est un sacrilège pour les puristes de la sainte église du jaazzz!!).

Dans le premier roman "Black Echo", Billy Meadows, ancien "rat de tunnel" comme Bosch met "Purple Haze" de Jimmy Hendrix après avoir fumé un gros joint juste avant de descendre dans un tunnel. C'est une des rares citations concernant un musicien ou un groupe de rock dans l'ensemble de l'oeuvre de Connelly.

Et c'est donc le jazz, et plus particulièrement le saxophone qui ont les faveurs de Harry.

Dans le premier roman ("Black Echo" pour ceux qui auraient loupé les épisodes précédents), Coltrane dans "Soul Eyes", Sonny Rollins interprétant "Falling In Love With Jazz", l'alto de Wayne Shorter pour "502 Blues" ou encore Frank Morgan puis Branford Marsalis montre assez clairement quel jazz aime Bosch. Frank Morgan est l'artiste le plus cité, apparaissant dans pas moins de six romans, du premier (je me répète) jusqu'au très récent "The Drop" avec une double citation du morceau "Lullaby", tiré de l'album "Mood Indigo" dans "Black Ice" et dans "Angels Flight".

Chez lui, le champ musical est un peu plus large, passant de Clifford Brown à Tom Waits et son "Blue Valentine" dans  "The Last Coyote".

Art Pepper est sans doute dans l'esprit de Bosch (et de Connelly) au même niveau que Frank Morgan, cité dans "A Darkness More Than Night" avec le morceau "Straight Life" mais surtout dans "Lost Light" où le lecteur multi-CD est chargé de cinq disques où Art Pepper joue l'accompagnateur avec Jack Sheldon dans "You'd Be So Nice To Come Home To" de Cole Porter et deux duos avec Lee Konitz dans "The Shadow Of Your Smile" et "High Jingo",une expression traduite en langage de flic  chez Harry par "patate chaude".

Bien plus tard, dans "The Blackbox", cinq CD sont toujours dans le lecteur multi CD: Frank Morgan, Art Pepper, Ron Carter, George Cables et Thelonious Monk. Sa fille lui offre pour son anniversaire un coffret 6 CD d'Art Pepper en concert édité par sa femme après sa mort.
En bon aficionado, Bosch va s'essayer à l'instrument (le saxophone pour ceux et celles qui auraient perdus le fil) à la suite d'une rencontre fortuite avec Quentin McKinzie dans "Lost Light". Il avait vu le jazzman accompagner Bob Hope lors d'un concert pour les forces armées au Vietnam en 1969 et avait retrouvé et rapporté le saxo volé au musicien qui, mis en maison de retraite, lui délivre un cours une fois par semaine.

Chet Baker, que Harry a vu en concert à L.A. en 1982 ("The Drop") passe en musique de fond dans un bar, jouant "My Funny Valentine" et "Cool Burnin" dans "Lost Light". Le roman suivant, "The Narrows" décrit Bosch fouillant la voiture de Terry McCaleb et trouvant une preuve d'achat d'un livre enregistré sur cassette de Bill Moody intitulé "Looking For Chet Baker".

Les bars sont les seuls endroits avec la voiture et la maison où Bosch écoute ou entend de la musique (et c'est déjà pas mal). "Concrete Blonde" fait écouter en musique de fond Cab Calloway et son " Everybody That Comes To My Place Has To Eat" dans un bistrot. Dans le roman suivant, un quintet en live interprète "Do Nothing Till You Hear From Me" et What A Wonderful World".

A Las Vegas, ambiance plus rock dans un club de strip-tease avec Eddie Money pour "Two Tickets To Paradise" et Warren Zevon: "Lawyers, Guns & Money". Rock encore dans "Echo Park" ou l'emblèmatique "I Fought The Law" version The Clash passe au bar "Chez Nat". Dans "The Scarecrow", le tueur écoute les Doors dans son I-pod ou deux morceaux passent en boucle: "Changelin" et Riders On The Storm".

Bosch délaisse le jazz dans "The Narrows" quand il essaie de résoudre le mystère de la mort de Terry McCaleb. Dans la discothèque de ce dernier il extrait et écoute Lucinda Williams et son "World Without Tears" sur le Following Sea, le bateau de Terry.
Country encore avec l'évocation dans "The Closers" d'un ancien de la brigade des homicides qui appelait tout le monde Roy car son partenaire adorait Roy Acuff pour certains ou que Roy Rogers était l'incarnation du flic chevalier blanc qui vole au secours des victimes. Dans le même roman Bosch s'écoute "For All We Know" à la maison.

Lors de sa brève aventure avec Julia Brasher ("City Of Bones"), jazzophile comme lui, les classiques de Bill Evans  ainsi que le "Kind Of Blue" de Miles Davis sont joués dans l'appartement de celle-ci, un "Kind of Blue" qui revient dans "Echo Park"  où il écoute Monk et Coltrane en concert au Carnegie Hall en 1969.

Ron Carter est aussi apprécié; Bosch  écoute le morceau "Seven Steps To Heaven" dans "Nine Dragons". Il figure aussi dans "The Overlook" quand Harry écoute un import japonais dans sa voiture.

Enfin, côté artistes contemporains pas trop connus, plusieurs musiciens plus jeunes, nettement moins connus ont l'honneur de la citation chez Connelly. Tomas Stanko, un jeune trompettiste polonais tourne dans le lecteur de la voiture de Bosch ("The Overlook").
Dans "The Black Box", Harry se fait conseiller par un collègue un disque de Danny Grissett: "Form" avec Seamus Blake au ténor. il parle de Grace Kelly (nom d'artiste de Grace Chung, pas la princesse revenue de chez les zombies) une jeune altoïste qui joue avec Phil Woods et Lee Konitz mais son collègue réplique avec le disque de Gary Smuljan "The Form" et plus tard du bassiste Michael Formanek dans "The Rub And Spare Change".